Jérôme Kerviel : prison, ou pas ?

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La cour de Cassation doit se prononcer dans la journée sur le pourvoi de l’ex-tradeur de la Société Générale qui pourrait passer les trois prochaines années de sa vie en prison.La cour de Cassation doit se prononcer mercredi sur le sort de Jérôme Kerviel, 37 ans, que la Société Générale accuse de lui avoir fait perdre près de 5 milliards d’euros.

L’ex-trader, qui clame son innocence, se défend en accusant son ancien employeur de mentir sur ses propres responsabilités dans cette histoire.

Si la cour rejette son pourvoi, tous les recours auront été épuisés et sa condamnation à 3 ans de prison ferme et 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts deviendra exécutoire.

En cas de rejet du pourvoi par la plus haute instance judiciaire française, Jérôme Kerviel, qui a effectué 41 jours de détention provisoire en 2008 (le solde de sa peine serait donc de 2 ans et 10 mois), sera incarcéré, sans doute dans un délai rapproché.

Il ne pourra pas bénéficier d’un aménagement de peine, qui n’est ouvert que pour les condamnations inférieures à deux ans d’emprisonnement pour les primo-délinquants.

Son incarcération ne sera pas immédiate mais interviendra dans les prochains mois.

Maître Patrice Spinosi, son avocat, plaide deux choses: le non enrichissement de Kerviel et «la faute volontaire» commise par la banque qui n’a pas respecté ses obligations légales et réglementaires, et a manqué à ses obligations de prudence.

Dans son avis écrit, l’avocat général près la Cour de cassation, Yves Le Baut a préconisé son rejet. À la défense, il rétorque qu’une «victime négligente n’est pas pour autant une victime consentante». Selon le magistrat, «on ne peut tirer pour conséquence du défaut de vigilance» de la banque «son adhésion à la commission des agissements qui lui ont porté préjudice».

La cour d’appel de Paris avait condamné Jérôme Kerviel pour abus de confiance, introduction frauduleuse de données (sur la base des centaines d’opérations fictives passées par l’ancien trader), et faux et usage de faux (en lien avec plusieurs courriers électroniques falsifiés).

La défense de Mr Di Falco et «l’attraction du néant»

Après le soutien d’Eva Joly (l’ex-juge d’instruction voit en Kerviel un «coupable idéal»), le bigouden de Pont-l’Abbé a reçu l’appui de Monseigneur Di Falco, le très médiatique évêque de Gap et d’Embrun.

Le 16 mars, lepoint.fr publiait une vidéo dans laquelle l’évêque prend fait et cause pour l’ex-trader de la Société Générale. «Le hasard a placé sur ma route (mais est-ce le hasard? Hasard est le nom que Dieu se donne quand il veut passer incognito) quelqu’un qui ne vous ai pas inconnu puisqu’il s’agit de Jérôme Kerviel, confie Monseigneur Di Falco.

Je me suis trouvé face à un homme détruit parce qu’il vit comme une injustice profonde le sort qui lui a été fait (…). Jérôme Kerviel ne peut accepter d’être le seul responsable et l’unique victime d’un système».

Et le prélat de lire un extrait de la lettre que l’ex-trader a écrite au Pape: «J’ai fait ce que la banque m’a appris à faire et je n’ai volé personne.

Les épreuves que je dois désormais affronter sont trop énormes pour que je puisse envisager de les surmonter. L’attraction du néant et d’une solution radicale grandit en moi au fur et à mesure que l’espoir me quitte».

En attendant, le breton continue de marcher. Après avoir rencontré le Pape à Rome en février dernier (parmi 200 autres personnes), il a décidé de rentrer à pieds à Paris. Soit une marche de 1400 km. Son avocat assure qu’il en parcourt 20 ou 30 par jour.

Sur son compte twitter reproduisant une guillotine, il apparaît barbu et chaussé d’une paire de Ray Ban, et se présente comme le «lampiste de la Société générale».

Il raconte, à coups de tweets, sa marche. Sous une photo, on peut ainsi lire: «pack de survie reçu. merci Jessica. Je mange des Dragibus à 1 heure du mat».

Sous une autre, montrant une route à la visibilité plus que réduite, il écrit: «Si je ne me prends pas un camion, j’aurais du bol».

Marcher sur l’autoroute ou twitter, il faut choisir.

Anne Jouan

19-03-2014/ Le Figaro.fr Article original

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