De la Libye à Israël. Shmuel TRIGANO

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L’intervention des puissances occidentales en Libye augure d’un nouvel ordre international aventureux et inquiétant. Jusqu’alors cet ordre était fondé sur la souveraineté nationale des Etats : l’ingérence dans les affaires d’un pays était synonyme de guerre. C’est bien le cas aujourd’hui en Libye, en fait. Mais cela ne l’est plus en droit. Et c’est là où cette politique montre son aventurisme.
Le discours des médias et de la classe politique invoque une « communauté internationale » qui serait garante du droit et de la morale pour justifier l’intervention mais c’est une fiction qui ne repose sur aucune réalité crédible. Cette « communauté » ne rassemble ni des juges, ni des moralistes mais des organisations et des fonctionnaires internationaux, des groupes de pression qui peuvent être aussi puissants que l’Organisation de la Conférence Islamique avec sa soixantaine d’Etats-membres. Ces acteurs n’ont rien de moral. Ils sont au service de leurs intérêts politiques et idéologiques et procèdent par majorité automatique. Il n’y a pas si longtemps la dictature libyenne présidait ainsi le Conseil des droits de l’homme. Il est toujours inquiétant de voir un Etat endosser les habits de la morale : l’instrumentalisation des valeurs n’est en général pas très loin.

Si la raison de l’intervention en Libye est purement humanitaire, pourquoi, en effet, cette sollicitude ne s’étend-elle pas la Syrie, au Yémen ? Pourquoi Khadafi et pas Gbagbo ? Pourquoi hier en Serbie et pas au Darfour alors qu’un terrible génocide y était perpétré ? Où commence et où s’arrête la condition de « peuple en danger » ? Est-ce un humanitarisme à géométrie variable, selon que le contrevenant soit puissant ou misérable ?

Si la raison de l’intervention n’est pas politique, que sait-on du pouvoir qui émerge à Benghazi ? Qui sont les membres du Conseil National de Transition ? On y trouve des rivaux de Khadafi et d’anciens membres de son gouvernement tyrannique. Il ne faut pas négliger le fait que, selon le renseignement américain, cette région de Benghazi a fourni aux forces d’Al Qaïda en Irak le plus haut taux per capita des pays arabes, en membres de cette organisation terroriste. De même, elle a connu plusieurs soulèvements contre Tripoli dans les années 1990, sous la houlette du chef djihadiste Abou Yahya Al Libi qui, en 2007, a rejoint Al Qaïda.

On voit à la lumière de ces quelques éléments que l’humanitaire, le droit d’ingérence s’empêtrent inéluctablement dans la nasse de la politique. « La coalition », comme on dit bizarrement n’a, à ce qu’elle déclare, aucun projet politique pour le lendemain. Sauvera-t-elle « un peuple en danger » ou le précipitera-t-elle dans une crise plus grave ? Déclenchera-t-elle un conflit régional ? Questions sans réponses.

La même désinvolture politique s’exerce à propos d’Israël. Pourquoi évoquer Israël ? Car le premier ministre, François Fillon, nous annonce que la prochaine étape de ce que Claude Guéant a défini comme une « croisade » sera Israël. En introduisant, le débat de l’Assemblée nationale sur l’intervention en Libye, il a déclaré, de façon purement irrationnelle, que « le conflit israélo-palestinien ne doit pas être le grand oublié de la transition politique arabe en cours ». On avait cru pourtant, au contraire, que les révoltes arabes désignaient la tyrannie comme leur principal problème et pas Israël … La si vertueuse Europe cherche-t-elle déjà à compenser sa politique erratique en Libye par une « croisade » contre Israël, oppresseur du « peuple palestinien en danger », comme le définissent les thuriféraires de la Palestine, en le négociant au meilleur prix auprès des Arabes ? L’obsession malsaine d’Israël qui semble hanter le leadership de l’Union Européenne ne fait qu’aggraver la violence.

Plus l’Europe cherche à expier l’abandon des Juifs durant la Shoa, plus elle s’enferre dans des contradictions fatales.

Shmuel Trigano

A partir d’une chronique du 25 mars 2011, sur Radio J

http://www.raison-garder.info/

1 COMMENT

  1. Certes certes, mais qui va pleurer Khadafi ?
    Et cette intervention, en réalité, se distingue par un certain concours de circonstances qui ont conduit à une intervention militaire – limitée – des autres situations de conflits internes et autres répressions. Elle est l’exception, fruit de ces circonstances, plutôt qu’une règle nouvelle. Parce qu’elle suit deux révolutions à peu près réussies, Tunisie et Egypte, qui ont fort embarrassé une France contradictoire et maladroite, il fallait donc se racheter dans un contexte de discrédit du pouvoir de Sarkozy. Parce que Bernard-Henri Lévy est allé chercher ces membres du Conseil national de transition, les a mené dans les bureaux elyséens, etc.
    Je ne comprends pas cette pente souverainiste de Shmuel Trigano, qui le rapproche au passage de tous ces charmants amis d’Israël comme JP Chevènement, JL Mélenchon et d’autres à droite. Pour ma part si c’était à refaire, oui, il faudrait le refaire et bien plus tôt en Bosnie et au Kosovo, oui, si les circonstances étaient réunies, il y aurait lieu d’intervenir au Soudan ou ailleurs. Les amis de la liberté et des droits de l’Homme, ceux-là qui poussent aux interventions, sauront faire la différence quand de mauvais esprits parleront d’Israël…

  2. Pour ce qui est des territoires libérés en 1967 , ceux ci sont des territoires qu’israel doit garder , le grand Israel est là.

    Connaissez vous aucun territoire ou autre terre rendus volontairement par des arabes.

    Judee et Samarie, les territoires en question, font partie du grand Israel, de la meme maniere que Tel Aviv et Jerusalem . Par exemple Hebron, les arables bien pensants veulent l’interdire aux juifs, pcq disent il ce serait une mosquée, alors qu’ils admettent que le patriarche Abraham, Ibrahim pour eux, a vecu là et y est entérré avec sa famille. Ils disent aussi et quand meme que Abraham est leur pere spirituel ou au moins ils le revendiquent pour dire qu’ils (les musulmans-arabes) en sont les descendants admettant quand meme que le meme Abraham est le patriarche des Juifs, et qu’il était juif. certains meme invoquent qu’ils (les arabes) sont les cousins des juifs.

    Donc nécéssairement Hebron, le tombeau des patriarches, toute la Judée et Samarie et tout le reste d’israel sont Juifs et devraient le rester et non pas etre abandonnés à des personnes de la rue, ou les politiques locales et éphémeres de la rue arabe en disposeraient pour des usages politiques et autres trés locaux…et néccesairement pas tres religieux…

    Bien sur ce serait plus facile de leur remettre et continuer notre vie sans; mais si on applique ce raisonnement ce serait aussi plus facile de leur donner tout Israel et essayer de retourner à Babylon et pleurer et chanter.”Si je t’oublie … ” Vous connaissez le reste.

    Jusqu’à recemment en Europe, Russie et les pays arabes nous avons du quitter souvant les pieds devant.

    Maintenant non sulement nous ne quitterons pas les pieds devant ou autrement mais ceux qui insistent pour que nous quittions devront peut etre eux le faire.la décision leur appartient.

    Salut.

    Eric.

  3. Ne vous inquietez pas professeur.

    Ce qui se passe dans les pays arabes ne peut pas etre pire que ce qu’il y a maintenant. En effet à date les arables n’ont jamais accepté Israel pcq en fait Israel était et est tres different d’eux et mettait en évidence leurs mals à propos. Nous connaissons tous les différences. Si au moins les différences s’amenuisent en politiques et autres choses, peut etre l’accepteront ont il plus, et qui sait peut etre meme qu’israel aimera ce qu’il vera. Cela prendra sans doute beaucoup de temps et n’arrivera peut etre pas, mais qu’y pouvons nous?

    De fait comme j’aime à le répéter, Israel est la meilleure chose qui soit arrivé au monde arabe.

    Ce qui se passe maintenant dans ce monde arable en est la preuve, ce n’est pas Israel qui l’a provoqué mais comment ne pas approuver de ces mouvements de liberté et autres courants s’ils sont sinceres ,

    Sans doute la meme sincerité va peut etre amnené la rue à réévaluer les bétises et mensonges qu’on lui a servi pendant presqu’un siecle sur Israel et va voir Israel d’un oeil plus positif. Un pays à émuler et non à combatre.

    Je veux l’esperer et si cela n’arrivait pas nous y verrons comme nous l’avons fait à date contre tous les problemes qu’ Israel a eu.

    Bonne journée à tous.

    Eric

  4. Bien évidemment, l’Occident et la France en tête vont essayer de faire payer à Israël les politiques aventureuses mises en œuvre en Libye. Et comme après la première guerre du Golfe il y eut le “conférence de Madrid” où Israël fut contraint de “passer à la caisse”, je parie qu’il y aura une “conférence de Paris” où on essayera d’obtenir qu’Israël renonce aux derniers territoires libérés en 1967. Et si les palestiniens lançaient comme il en est question une troisième intifada, les Nations Unies donneront à l’Occident un blanc seing pour intervenir contre Israël. Mais la, ce ne sera pas la même chanson qu’avec les troupes de Kadhafi. Qui s’y frotte s’y pique et Tsahal saura mettre en échec toute tentative d’imposer à Israël une solution par la force. Nous n’en sommes pas la heureusement.

  5. Comme toujours , une excellente analyse de Mr. Trigano , il est à souhaiter que sa faculté de discernement puisse faire des émules dans la branche journalistique qui en est généralement fortement dépourvue .
    Ephraïm Mol .

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