Coup de théâtre. La commission environnement du parlement européen a adopté , le 19 avril 2011, contre toute attente un amendement imposant l’étiquetage aux viandes abattues rituellement. Contre toute attente, puisque les députés n’ont pas suivi la consigne de vote négative du PPE (Parti populaire européen), dont fait partie l’UMP. Selon un communiqué du Parlement européen, la mention retenue est « Viande provenant d’animaux abattus sans étourdissement ». Il s’agissait d’une seconde lecture. Un vote en plénière est prévu au mois de juin, après plusieurs réunions fin avril et courant mai.
Selon les députés, les étiquettes des viandes devraient indiquer le lieu de naissance, d’élevage et d’abattement de l’animal. En outre, la viande provenant d’animaux abattus sans étourdissement (conformément à certaines traditions religieuses) devrait être étiquetée comme telle et la viande composée de morceaux reconstitués devrait porter la mention « morceaux de viande reconstitués ».
Les députés ont affiné les règles existantes afin que le consommateur ne soit pas induit en erreur par le conditionnement des denrées alimentaires. Ils ont également insisté pour que les denrées alimentaires n’aient pas l’apparence, du fait de l’étiquette, d’une autre denrée alimentaire. Selon eux, le remplacement d’un ingrédient par un autre doit être clairement indiqué sur l’étiquette. Les denrées alimentaires contenant de l’aspartame devraient porter l’étiquette « contient de l’aspartame (source de phénylalanine et pourrait ne pas convenir aux femmes enceint
C’est une victoire pour les associations animalistes qui, depuis des années, militent pour la fin de l’abattage rituel. Leur propagande, favorisé par le climat islamophobe qui s’est emparé de l’Europe, a payé. Pour autant, si ce vote était redouté par les instances religieuses, juives et musulmanes – pour des raisons différentes –, il va dans le bon sens : les industriels vont déchanter.
En les obligeant à plus de transparence, l’Union européenne devrait mettre un coup de frein à la généralisation du faux halal. Comme nous le disions en 2009 à un journaliste du Figaro, « l’industrie agro-alimentaire doit assumer ses choix : les étiquettes de ces articles devraient porter une mention spécifique pour ne pas cristalliser les ressentiments. » Ce devrait être chose faite. Nous ne pouvons que nous en réjouir.
A contrario, la filière juive va souffrir de cette mesure, tout comme certains organismes de certification musulmans qui ont entretenu, avec les industriels, une opacité sur la viande qu’ils certifient. Les juifs, parce que la plus grande part des carcasses de bête casher passe dans le circuit traditionnel, certains organismes de certifications musulmans parce qu’ils ont noué des partenariats économiques sur le laxisme et la permissivité à l’égard de pratiques islamiquement inacceptables. Enfin, ce vote est un camouflet pour l’UMP et Nicolas Sarkozy qui ont à plusieurs reprises assurer aux juifs de France que cet amendement ne passerait pas. Bruno Lemaire, pas plus tard que le 5 avril dernier, date du débat contre l’islam organisé par Jean-François Copé, martelait que l’abattage rituel serait protégé.
Si ce vote n’est pas définitif, et que rien ne dit qu’in fine la mesure sera vraiment adoptée, l’approbation d’un tel amendement sonne un coup de tonnerre.
Les détracteurs de l’abattage rituel, qu’il s’agisse des associations animalistes ou de l’extrême droite, n’hésitent pas à, sinon travestir la réalité, tout au moins à laisser croire que l’abattage sans étourdissement est cruel, tandis que l’abattage avec étourdissement serait inoffensif, indolore et confortable pour la bête. A les entendre, un steak non halal ou non casher pousserait dans les choux. C’est évidemment une vision simpliste, mais utile car elle sert à merveille les desseins, parfois peu avouables, des anti-abattage rituel. D’où la nécessité de rappeler quelques vérités.
L’un des moyens utilisés pour étourdir un bœuf n’est autre qu’un pistolet à tige perforante. Après avoir chargé l’outil (ou l’arme, selon le point de vue que l’on adopte), l’opérateur la pose sur le crâne de l’animal, puis appuie sur la gâchette. Une tige pénètre alors le crâne de la bête. Si d’aucuns évoquent pudiquement une méthode d’étourdissement, il s’agit parfois d’une mise à mort en bonne et due forme (à l’instar de l’électronarcose dans le cas de la volaille). Il est aussi des cas où l’étourdissement a mal été pratiqué. Il faut alors répéter l’opération au détriment du bien-être animal.

Voyons maintenant la suite en photos en commençant par l’instant qui suit immédiatement le tir. L’animal est toujours éveillé. L’opérateur vient de lui perforer le crâne. L’animal est tétanisé par la douleur, du sang s’écoule du trou, ainsi que de son museau.

Après dépeçage, on voit très clairement le trou en question.

Les bouchons rouges ci-dessous sont utilisés pour précisément boucher le trou causé par le pistolet. Son usage est obligatoire : la tige a traversé le crâne. Si l’on ne bouche pas cet orifice, la cervelle de l’animal peut couler et souiller le reste de la carcasse.

Un employé de l’abattoir vient de boucher l’orifice.

Le bouchon en gros plan.

La mise à mort n’est jamais un acte anodin. Le musulman doit d’ailleurs dire « bismillah » (au nom d’Allah) et se rappeler que la vie qu’il prend est une autorisation exceptionnelle et non une action banale, dénuée de sens. Abattre un animal ne se fait jamais sans douleur. Avec ou sans étourdissement, la bête souffre. C’est là une réalité qui ne fait pas les affaires des anti-abattage rituel, qui ont choisi la simplification à outrance pour mieux persuader l’opinion publique qu’ils tentent d’amener à leur cause.
Toute la propagande contre l’abattage rituel serait au fond ridicule si
1) elle n’occultait pas la problématique de la douleur de l’animal liée à l’hyper-industrialisation de la filière viande,
2) elle n’était pas, au-delà du combat légitime et noble de certaines associations animalistes, l’occasion pour l’extrême droite d’alimenter l’islamophobie et, de façon plus timorée, mais bien réelle, l’antisémitisme.
Depuis quelques mois, Brigitte Bardot, flanquée de plusieurs associations animalistes, multiplie les interventions médiatiques avec l’objectif de faire interdire l’abattage halal. Elle ne dit quasiment rien de l’abattage casher, qui pourtant pose plus de problèmes. Pas plus tard qu’avant-hier, lors de la visite d’un abattoir, un contrôleur juif nous confiait que l’abattage casher des bœufs était difficile, car on arrivait « difficilement à 30 % de bêtes acceptées » (dixit). Pour les agneaux, on monte à 80 % des bêtes abattues. Ajoutons que les rabbins qui procèdent au sacrifice veillent à ne pas trancher franchement la gorge de la bête pour des raisons religieuses (si la lame venait à toucher certaines parties, la bête serait considérée non casher) ; ce qui peut amener la bête à agoniser plusieurs minutes, contre quelques secondes quand le travail est bien fait. C’est là un problème soulevé depuis des années par la direction générale de l’alimentation (DGAL). Mais les associations animalistes, prolixe quand il s’agit du halal, sont quasi muettes lorsqu’il s’agit du casher.
Deux raisons à cela :
1) Ces associations n’ont aucun intérêt à s’en prendre à la filière casher. Stratégiquement, ce serait suicidaire. En France, on ne critique pas ouvertement ce qui peut poser problème autour du casher, même si l’on sait pertinemment qu’il y a des (gros) problèmes. Toutes ces associations animalistes qui tombent régulièrement à bras raccourcis sur les musulmans et leur mode de consommation savent pertinemment que discuter de l’abattage rituel implique que l’on discute aussi de l’abattage rituel casher. Ce qu’elles savent surtout, c’est que l’islamophobie est féconde, alors que l’antisémitisme est contre-productif. Dit autrement, attaquer les musulmans n’est pas risqué et ça paiera dans l’opinion publique plus qu’attaquer les juifs, même si musulmans et juifs sont concernés.
2) ces associations n’ont aucun intérêt à présenter clairement et en toute objectivité la réalité des abattoirs, sauf à risquer de convaincre l’opinion publique que non seulement l’abattage rituel n’est pas plus cruel que l’abattage traditionnel, mais qu’il est même, lorsqu’il est bien pratiqué, bien moins douloureux pour la bête. S’en tenir aux faits obligerait ces associations à se départir de leurs parti pris purement idéologiques. De fait, elles ne pourraient plus surfer sur le climat délétère entretenu depuis plusieurs mois autour de l’islam. Laisser croire que la viande halal est le résultat d’un massacre, qui plus est généralisé dans les abattoirs français, est actuellement bien plus fécond que d’être honnête sur la réalité des abattoirs français. A contrario, tenir les mêmes propos sur le casher serait, répétons-le, cohérent, mais suicidaire.
Manipulation et lâcheté sont ainsi les deux mamelles de la protection animale dans son combat contre le halal. Rappelons, à toutes fins utiles, que Brigitte Bardot, qui veut se présenter à l’élection présidentielle en 2012 pour faire payer à Nicolas Sarkozy son refus d’interdire l’abattage rituel, a été condamnée à plusieurs reprises pour ses propos racistes et islamophobes.
Mardi, nous étions en visite dans un abattoir. Nous avons pu assister à l’abattage d’une quinzaine de bovins de race différentes. Certains selon le rite halal, d’autres selon l’abattage conventionnel, avec étourdissement au moyen d’un pistolet. Dans les vidéos qui suivent, nous vous présentons l’arme avec laquelle on étourdit le bœuf. Nous en avons déjà fait état dans l’article Etourdir préalablement un bœuf, c’est lui fracasser le crâne. Ce que nous aimerions faire comprendre, c’est que lorsque les associations animalistes affirment qu’il faut absolument imposer l’étourdissement préalable, elles ne demandent rien de moins que l’on perfore le crâne du bœuf au moyen d’une tige perforante (ou qu’on lui écrase par un autre procédé).
AL KANZ.
NDLR – L’abattage rituel (par chéhittah) ne préjuge pas de ce que la bête soit reconnue « cacher » et les bêtes ainsi abattues sans étiquetage peuvent être écoulées sur le marché du non cacher comme les parties basses des animaux. Cet étiquetage va rendre plus difficile cette revente et risque de porter atteinte au marché de la viande cacher. C’est là un premier pas grave contre la cachroute d’autant que pour ce qui est du hallal les musulmans eux pourraient s’accommoder de la technique de l’étourdissement.
Cet article est tiré d’un site musulman. C’est pourquoi il est tendancieux à l’égard des juifs. Il n’en demeure pas moins que sur certains points quant à la réelle souffrance animale par le prétendu étourdissement, il montre bien la cruauté du procédé. Nous ne modifions pas les articles par respect pour leur auteurs, mais nous avertissons nos lecteurs.
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