Ci-dessous les plaintes en cours et les accusations politiques : une plainte ou une enquête ne constitue pas une condamnation. Mais dans le cas de Rima Hassan il y a une Scandaleuse et étrange mansuétude judiciaire pour Rima Hassan.

Non seulement il y a une lmenteur inhabituelle dans son cas, mais aussi beaucoup trop de plaintes classées sans suite.

Rima Hassan : des centaines de tweets, des dizaines de plaintes et un procès pour « apologie du terrorisme »

La députée européenne de LFI doit être jugée en octobre pour un tweet citant l’un des auteurs de l’attentat de l’aéroport de Tel-Aviv en 1972. « Le Monde » retrace deux années et demie de polémiques et de procédures judiciaires associées à la principale figure de la cause palestinienne en France, entre provocations et appel à la haine accompagnés de menaces.

Ce sera « le procès du siècle de la liberté d’expression », a promis l’avocat de Rima Hassan, Mᵉ Vincent Brengarth. Ouvert le 7 juillet, il a été renvoyé aux 19 et 20 octobre par la 10ᵉ chambre correctionnelle de Paris. La députée européenne de La France insoumise (LFI) devra répondre du chef d’« apologie du terrorisme ». Elle risque jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende, et peut-être une peine d’inéligibilité ainsi qu’une inscription au fichier judiciaire des auteurs d’infractions terroristes, le Fijait.

En cause, un tweet du 26 mars citant Kozo Okamoto, ex-membre de l’Armée rouge japonaise et l’un des trois auteurs du massacre perpétré pour le compte du Front populaire de libération de la Palestine, le 30 mai 1972, à l’aéroport israélien de Lod-Tel-Aviv (26 morts, dont huit Israéliens, et 80 blessés) : « Kozo Okamoto : “J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir.” » Sous cette citation figurent un court texte biographique en anglais et une photographie de lui, porté en triomphe par des hommes en treillis et portant des keffiehs. Kozo Okamoto est mort le 23 juillet à Beyrouth, où il avait obtenu l’asile politique en 2000.

Qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de Rima Hassan pour qu’elle publie un tweet si indéfendable, tant moralement que juridiquement ?

(La haine mon cher Monsieur, la haine des Juifs, celle qui ronge un certain nombre d’arabes élevés et biberonnés dans la haine)

Rencontrée par Le Monde début juillet, l’eurodéputée élude et argumente : « Mes positions sur la lutte armée ont toujours été claires et fondées sur le droit international. » Puis souligne que « la phrase citée ne parle pas de l’attentat ». Elle a effacé son tweet quelques jours après sa publication.

Propos ambigus et virulents

Cela n’a pas empêché la justice, immédiatement alertée par les signalements du ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, et d’un député Rassemblement national, ainsi que par les plaintes de plusieurs organisations juives et de lutte contre l’antisémitisme, d’ouvrir une enquête. « Elle présente Kozo Okamoto comme une figure inspirante, établissant ainsi un lien entre le recours au terrorisme et la défense de la cause palestinienne, érigé en une forme de devoir », fustige l’une des plaignantes, l’avocate Déborah Journo, qui travaille pour plusieurs associations.

Rima Hassan n’est pas une inconnue au parquet de Paris. Mais, après deux années de signalements et de plaintes, d’investigations et d’interrogatoires sur des propos ambigus, virulents, voire franchement choquants – des procédures à chaque fois classées sans suite –, le ministère public change d’attitude.

Le pôle national de lutte contre la haine en ligne (PNLH), qui dépend du parquet de Paris, ouvre cette fois une enquête de flagrance. Un régime procédural mis en œuvre lorsque l’infraction est en cours ou vient de se produire et visant à assurer une réaction pénale rapide afin de mettre fin à la perturbation de l’ordre public et de conserver les preuves. Autre particularité de la flagrance : elle permet de placer un parlementaire en garde à vue sans avoir besoin d’obtenir une levée de son immunité. Jusqu’à présent, Rima Hassan avait toujours été entendue en audition libre.

Le choix de la flagrance

« J’ai toujours honoré mes convocations, déclare-t-elle. C’est pour ça que je n’ai pas compris la raison de cette garde à vue. » Mᵉ Brengarth conteste avec véhémence le choix de la flagrance dans le cadre d’une enquête pour apologie du terrorisme visant une publication sur les réseaux sociaux, effacée de surcroît. Il semble cependant que cette procédure, qui doit être déclenchée dans les vingt-quatre heures suivant la commission d’un délit ou d’un crime, ne soit pas si rare dans cette matière. « A partir de ce moment-là, il était clair que le parquet était décidé à purger le contentieux avec Rima Hassan une bonne fois pour toutes », estime Mᵉ Brengarth.

Le procès en apologie du terrorisme pour lequel la députée européenne a été renvoyée par le parquet est loin d’être le premier depuis le 7 octobre 2023 et l’attaque terroriste du mouvement terroriste palestinien Hamas qui a causé la mort de 1 200 civils et militaires israéliens et la prise en otage de près de 250 personnes, mais il sera particulièrement scruté en raison de la personnalité de la prévenue – la première à être une parlementaire et à disposer d’une envergure nationale.

L’affaire illustre la virulence et l’ampleur des dérapages antisémites – mais aussi antiarabes et antimusulmans dans le camp opposé – en France depuis le 7-Octobre, puis la guerre de défense menée par Israël dans la bande de Gaza, qui ont profondément meurtri la société française et divisé sa classe politique, entraînant une judiciarisation sans précédent de la parole publique.

Le cas Rima Hassan est à la confluence de plusieurs problématiques brûlantes à l’orée d’une campagne présidentielle qui s’annonce particulièrement âpre : quelles limites fixer à la liberté d’expression, quand ce sont les politiques qui portent les atteintes les plus graves au consensus ? La justice est-elle outillée pour juger de propos qui flirtent en permanence avec les limites ? Est-ce, enfin, à l’institution judiciaire de réguler des affrontements politiques qui dérapent de manière récurrente en prises à partie et dans lesquels chaque agresseur se présente aussi comme une victime ?

Fille de prétendus réfugiés palestiniens et juriste de formation, Rima Hassan, 34 ans, appartient à la jeunesse de la gauche radicale et décoloniale post-Oslo qui ne croit plus au processus de paix, ni à la solution des deux Etats, et qui défend la lutte armée, sans adhérer pour autant aux méthodes terroristes du Hamas ni à son projet islamiste.
Issue de la société civile, elle a importé en politique les codes de l’activisme militant et d’une jeunesse en prise avec les réseaux sociaux : sa communication est à flux tendu, réactive, agressive.

Nuancée et ouverte au dialogue en privé, la militante est adepte, dans ses posts, de l’apostrophe personnelle, des formules vengeresses (« on s’en souviendra », « ils paieront », « un jour, ils rendront des comptes ») et de l’attaque ad hominem. Une rhétorique qui fait écho à la théorie du « bruit et la fureur » prônée par Jean-Luc Mélenchon, le fondateur de LFI, et destinée à créer du dissensus et du chaos. Une approche qui fait également penser au conflit au Proche-Orient, où chaque agression est justifiée au nom de représailles.

Plus encore qu’aux tenants de l’extrême droite pro-Nétanyahou, Rima Hassan réserve ses flèches les plus acérées aux personnalités de gauche, bien souvent juives, qu’elle juge pro-israéliennes : Raphaël Glucksmann, Ariel Weil, Jérôme Guedj… Fréquemment accusée d’antisémitisme, elle s’estime au clair sur la distinction entre les engagements et les identités. Mais son antisionisme radical, qui l’entraîne à s’en prendre régulièrement à des personnalités juives défendant Israël, ne manque pas de susciter le malaise, tout comme son usage répété du mot « sioniste », qui peut parfois prêter à confusion avec l’identité juive.

Fin 2023 et avant son adhésion à LFI, Rima Hassan développe ses vues sur le 7 octobre 2023 dans une interview filmée par le média digital Le Crayon, qui en diffuse des extraits sur ses réseaux sociaux en janvier 2024. Un passage en particulier choque. Il s’agit d’un « vrai-faux » durant lequel le journaliste pose des questions à la jeune femme :

« Israël a le droit de se défendre ?, lui demande-t-il.

– Faux, répond-elle.

 Le Hamas mène une action légitime ?

– Vrai. »

Plus loin, elle répond « vrai » à l’affirmation « le Hamas est une organisation terroriste », mais ce passage n’est pas diffusé. Face à la polémique, Le Crayon retire les extraits de ses réseaux sociaux et ne diffusera jamais l’entretien en intégralité. Cette interview est à l’origine de la première plainte visant Rima Hassan pour apologie du terrorisme, déposée le 21 mars 2024 par l’Organisation juive européenne (OJE), peu après l’annonce par LFI de l’inscription de la militante en 7ᵉ position sur sa liste de candidats aux européennes de mai 2024. Le PNLH confie l’enquête de police à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), qui dépend de la police judiciaire de Paris.

Interrogée par Le Monde, la présidente de l’OJE, l’avocate Muriel Ouaknine-Melki, déclare : « Nous avons déposé cinq plaintes qui visent une douzaine de propos tenus par Mme Hassan. Notre but n’est pas de la cibler, mais de rappeler que l’expression publique, surtout lorsqu’elle émane de personnalités politiques, ne peut pas tout autoriser. Certains propos empreints de haine peuvent influencer des cerveaux plus jeunes, plus fragiles, et favoriser des passages à l’acte. » Me Journo, pour sa part, dit avoir déposé « une vingtaine de plaintes » au nom de son association, Actions Avocats, ainsi que pour le compte de l’Observatoire juif de France (OJF), Contre la haine, l’antisémitisme, le racisme ou le B’nai B’rith France.

Cinq interrogatoires en deux ans

Au cours de l’enquête préliminaire, des compléments de plainte sont déposés par l’OJE – pour un tweet : « From the river to the sea, on va libérer tous les Palestiniens (…) y compris ceux d’Israël » – et par d’autres associations, comme la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme ou l’OJF, parfois pour les mêmes propos, parfois pour d’autres.

Au fil des tweets et des meetings de Rima Hassan, plaintes et signalements d’élus ou de ministres s’accumulent. Parfois, ils se recoupent, mais pas toujours. Certains ciblent des propos qui ne relèvent pas de la justice, même s’ils peuvent choquer. Submergés, les magistrats du PNLH trient, regroupent les procédures par thématiques, tweets, dates…

Pendant ce temps, les policiers de la BRDP récupèrent les rushes de l’interview au Crayon (une heure trente d’enregistrement) et convoquent son rédacteur en chef. Ce dernier a droit à une leçon de déontologie : « Ne pensez-vous pas que publier uniquement le “vrai-faux” sans explications ultérieures peut, quelque part, manipuler l’opinion publique ? », lui fait remarquer un policier. Un officier de police judiciaire chargé d’étudier le compte X de Rima Hassan recense 4 353 posts et avoue qu’« ils sont impossibles à résumer ».

Elle est également convoquée et auditionnée le 30 avril 2024 au 1er district de la police judiciaire (DPJ), dans le 17ᵉ arrondissement de Paris. C’est le premier de ses cinq interrogatoires en deux ans : « J’ai passé en tout quarante-quatre heures à répondre à des officiers de police », calcule l’élue, qui transforme tout en matière à polémique. Un jour, au lendemain d’une audition à l’automne 2025, elle tweete : « Hier j’ai été auditionnée 11 h 30 au total sans pause et sans interruption. » Le lendemain, la capitaine de police rédige un procès-verbal agacé : « Lors de nos auditions, nous avons proposé plusieurs fois à Mme Hassan ainsi qu’à son conseil de faire une pause, mais ils ont refusé à chaque fois. »

Là où d’autres auraient tu ces auditions policières, par peur pour leur réputation, elle les annonce parfois sur X et en fait des happenings. Ce 30 avril 2024, c’est LFI qui appelle, sur le même réseau, ses militants à se rendre devant les locaux de la police judiciaire pour protester contre les convocations de Rima Hassan et de Mathilde Panot, députée (LFI) du Val-de-Marne. En pleine audition, l’officier de police évoque la manifestation qui se déroule à l’extérieur : « Quel est le but de ce rassemblement ? Vous souhaitez faire pression sur la justice ? » « Notre but, c’est de dire notre solidarité à toutes les personnes concernées par ces procédures et non pas de faire pression sur la justice », répond Rima Hassan.

Menaces anonymes

C’est aussi sur les réseaux sociaux que, quelques jours avant son audition libre, elle désigne l’OJE comme responsable de ses tourments judiciaires. Elle désigne sa présidente, Muriel Ouaknine-Melki, qu’elle accuse d’être au service du gouvernement israélien, et publie une photographie de la rencontre de cette dernière avec le président de l’Etat hébreu, Isaac Herzog, fin mars 2023. S’ensuit une campagne de menaces anonymes contre Mme Ouaknine-Melki, qui envoie un courrier au parquet de Paris pour l’informer qu’elle fait l’objet de « commentaires guerriers et menaçants » depuis le post de Rima Hassan. « Les vitres de ma voiture ont été brisées devant mon domicile », déclare la présidente de l’OJE.

Pour Rima Hassan, les harceleurs, ce sont les autres : « Ces procédures à répétition visent à m’épuiser, me faire perdre mon temps, m’empêcher de travailler. Mais je ne veux pas leur céder, j’ai un mandat à honorer. Ce qui m’empêche de dormir, c’est le génocide et l’impunité, pas leurs petites manœuvres. » Toutefois, elle reconnaît : « Ces associations ont réussi à convaincre les préfets d’interdire mes conférences en les bombardant de copies de leurs plaintes. » Rima Hassan cite également l’annulation de son autorisation de voyage au Canada, à la dernière minute, en mars 2026, à la suite de signalements d’associations pro-Israël. Mme Ouaknine-Melki, qui assure que son association ne reçoit aucune subvention publique ni en France ni de l’étranger, se défend de tout harcèlement judiciaire : « Lorsque le parquet classe sans suite, nous ne contestons pas sa décision, et nous ne nous constituons pas non plus partie civile comme nous pourrions le faire en saisissant un juge d’instruction. »

Au siège du 1er DPJ, le 30 avril 2024, Rima Hassan se décrit « sans profession », puis ajoute : « En campagne électorale. » L’interrogatoire ressemble parfois à un entretien journalistique, en plus comminatoire. « Est-ce que vous souhaitez appeler à la poursuite des actions du Hamas ? », lui est-il demandé. La candidate LFI assure : « Pour moi, il est inconcevable de me réjouir de la mort de civils israéliens. » A la question « reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés ? », Rima Hassan répond en ciblant une nouvelle fois l’OJE : « Je dénonce le fait que la justice ne fasse pas barrage à des lobbyistes qui travaillent pour des intérêts étrangers. » Son avocat termine en se plaignant de ne pas avoir « accès à la procédure », un accès fréquent, mais pas obligatoire en matière d’enquêtes préliminaires.

Parfois, les interrogatoires policiers prennent l’allure de remontrances ou de conseils. Le 19 novembre 2025, un officier de la BRDP la sermonne : « Vos publications, qui sont parfois trop courtes ou pas assez développées, volontairement ou involontairement d’ailleurs, peuvent être sujettes à une mauvaise interprétation par les personnes qui vous lisent. (…) Au vu de votre audience, réalisez-vous que votre tweet peut inciter à la haine des Israéliens, voire à commettre des violences contre eux ? »

Finalement, la procédure sur l’interview au Crayon est classée sans suite pour « infraction insuffisamment caractérisée », le 3 novembre 2025. L’avocat de l’OJE en sera informé par courrier du parquet. Me Brengarth, lui, n’est pas prévenu du classement sans suite, malgré ses relances. Il lui faudra attendre le 3 avril 2026.

Avalanche de plaintes

L’été 2024 est particulièrement chargé pour la nouvelle élue LFI au Parlement européen. Le 15 juillet, elle est visée par une plainte de l’association La France en partage pour un tweet du 12 juillet reprenant une citation des Damnés de la terre (1961), de Frantz Fanon (1925-1961) : « Pour le colonisé, la vie ne peut surgir que du cadavre en décomposition du colon. Fanon ». « Ce message haineux et incitant à la haine d’Israël et du juif a comptabilisé 5,3 millions de vues, 1 699 reposts, 2 088 citations, 7 471 j’aime, 831 signets », signale une autre plainte déposée par le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme.

Voici donc un policier de la BRDP contraint de lire l’ouvrage de Frantz Fanon pour retrouver le passage incriminé. Il cite dans son procès-verbal la préface de Jean-Paul Sartre (1905-1980) (« Car, dans un premier temps de la révolte, il faut tuer ») et conclut : « La suite de nos investigations n’amène aucun élément susceptible d’intéresser l’enquête en cours. » Un autre compile toutes les résolutions de l’ONU sur le conflit israélo-palestinien depuis 1948. Cette procédure, close le 24 décembre 2025, donne lieu à un classement sans suite. La vice-procureure de Paris informe les plaignants le 5 février 2026 : « S’agissant d’une citation littéraire et en l’absence de lien avec le 7 octobre 2023, les informations précitées n’apparaissent pas suffisamment caractérisées. »

Toujours à l’été 2024, deux incidents donnent lieu à une avalanche de plaintes. Le premier concerne une altercation en juillet avec François-Xavier Bellamy, chef de la délégation française au groupe majoritaire conservateur (PPE) du Parlement européen. Le second se déroule lors d’un voyage en Jordanie, à Amman, en août, durant lequel Rima Hassan participe à une manifestation propalestinienne où plusieurs personnes saluent la mémoire d’Ismaïl Haniyeh, le chef du Hamas tué peu auparavant dans une explosion attribuée à Israël, en scandant : « Ô Hamas, tu es le canon, nous sommes les balles. »

Dans la première affaire, François-Xavier Bellamy ayant fait échouer l’élection de Rima Hassan à un poste de vice-présidente de la sous-commission des droits humains du Parlement européen, elle tweete le 23 juillet 2024 : « @fxbellamy, la lâcheté qui vous anime ici est la même que celle qui est dans votre regard vide et fuyant quand je vous croise dans les couloirs du Parlement européen. Tremblez. Ce n’est que le début. » Le lendemain, nouveau tweet : « Pour le moment @fxbellamy et ses petits copains, proches du régime génocidaire israélien, dorment bien la nuit. Ça ne va pas durer. » Plus tard dans la journée, elle poste l’extrait du poème Carte d’identité, de l’écrivain palestinien Mahmoud Darwich (1941-2008), sur X : « Et je n’agresse personne/Mais si jamais on m’affame/Je mange la chair de mon spoliateur/Prends garde, prends garde ».

« La politique, c’est violent »

Soixante-dix-neuf députés français effectuent un signalement pour « menaces à l’encontre d’un élu ». François-Xavier Bellamy porte plainte. Auditionné par la police, il déclare que Rima Hassan « fixait une cible dans [son] dos » et ajoute : « Il s’est confirmé, depuis, que Mme Hassan était liée de manière manifeste à des acteurs étrangers liés à l’islamisme, au terrorisme ou à des gouvernements hostiles aux positions françaises. »

Auditionnée le 16 avril 2025, l’élue LFI répond : « La politique, c’est violent. Bellamy est violent à mon égard à travers ses tweets et ses agissements dans le cadre de cette commission. » Elle fait notamment référence à l’anagramme de son nom tweeté par l’assistant parlementaire de François-Xavier Bellamy : « Rima Hassan = Iran Hamas ». Dans son entretien au Monde, elle ajoute : « Je ne suis pas une politicienne, je suis dévouée à ma cause. Je ne peux pas être une ennemie sur les plateaux télé et faire de grands sourires quand la lumière s’éteint. »

Cette culture du clash, de la confrontation et de la vengeance, Rima Hassan la revendique : « Oui, je suis radicale, mais cette radicalité vient de la violence qui ne cesse de monter sur le terrain. Il m’arrive d’être maladroite et en colère, j’entends les critiques, mais ça fait bientôt trois ans que j’assiste au génocide de mon peuple sans action diplomatique sérieuse pour y mettre fin. C’est naturel d’être indignée, cela m’impacte personnellement, mais cette colère s’ancre dans un mouvement international. Ce que je porte, c’est avant tout une exigence politique : que nos principes de justice, de dignité et de droit soient réellement universels. »

Le 24 décembre 2025, cette procédure est close. Le parquet informe les plaignants le 4 février 2026 : « Les propos dénoncés, en dépit de leur caractère virulent, ne revêtent pas le degré de précision requis pour qualifier l’acte objet de la menace et n’exhortent pas à attenter à la vie de M. Bellamy. » Classement sans suite également pour la participation à la manifestation à Amman.

Classement sans suite encore pour un retweet « le 7 octobre, le régime israélien a tiré sur ses propres citoyens », accompagné d’un article du quotidien israélien Haaretz. Même sort pour les posts suivants, tous visés par des plaintes ou des signalements : « Israël est une monstruosité sans nom », « Toujours aucune sanction contre le régime génocidaire israélien. Il faut investir l’ambassade d’Israël pour être entendus ? », « La résistance armée du peuple palestinien est légitime (…) », « Des Palestiniens violés par des chiens de l’armée israélienne », « Si les Franco-Israéliens sont autorisés à servir dans l’armée israélienne (…), tout Franco-Palestinien doit pouvoir rejoindre la résistance armée palestinienne », « Aux sionistes qui me lisent, je veux leur dire que vous êtes pour nous ce que les nazis étaient pour vous ». Idem pour son tweet particulièrement odieux du 19 février 2025, jour où le Hamas remet les cadavres des deux enfants et de la mère de la famille Bibas, enlevés le 7 octobre : « Kfir, Ariel et Shiri Bibas ont été tués par une frappe israélienne. (…) Merci de le préciser. »

Treize procédures classées

Une interview sur Sud Radio, le 27 février 2025, donne lieu à un signalement de Bruno Retailleau, alors ministre de l’intérieur, de quarante députés et de David Lisnard, président de l’Association des maires de France. « Le Hamas a une action légitime du point de vue international », y déclare-t-elle. Classé sans suite. Même chose pour le signalement du préfet de police des Bouches-du-Rhône, en mars 2025, Pierre-Edouard Colliex, pour un post accusant la société Eurolinks de porter la responsabilité de massacres à Gaza en livrant des maillons pour munitions à Israël, accompagné de l’adresse et du numéro de téléphone de l’entreprise marseillaise. « Infraction insuffisamment caractérisée en l’absence d’exhortation au harcèlement », tranche le parquet.

A propos de ces classements sans suite, Me Déborah Journo, qui fait partie des plaignants pour le tweet citant Kozo Okamoto, estime qu’« ils illustrent les difficultés persistantes à qualifier et à poursuivre efficacement certaines formes d’apologie du terrorisme lorsqu’elles s’expriment sous couvert d’un contexte politique ». Jusqu’à ce fameux post, fin mars, on ne peut pas dire que Rima Hassan ait été particulièrement maltraitée par le parquet de Paris, ni que sa liberté d’expression ait été entravée.

Quand, le 2 avril, l’élue se rend dans les locaux du groupe de lutte antiterroriste – une unité chargée des délits « infraterroristes » sous l’autorité de la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire – afin d’être placée en garde à vue pour y être interrogée sur le « tweet Okamoto », l’information fuite en temps réel dans les médias. Tout comme les résultats de la fouille effectuée par les policiers détectant la présence de CBD et de ce que les enquêteurs prennent, par erreur, pour des traces de 3-MMC, une substance stupéfiante.

La garde à vue et l’interrogatoire sont émaillés de petits incidents : placement en geôle, refus de prise d’empreintes, de photographies et de test ADN, refus de signer le procès-verbal de fouille… Le soir même, le parquet annonce tout à la fois la levée de la garde à vue, le renvoi de Rima Hassan devant le tribunal correctionnel le 7 juillet pour apologie du terrorisme et le classement sans suite de treize procédures passées.

Lorsque le parquet lui communique le dossier qui lui vaut un procès, l’avocat Vincent Brengarth découvre avec stupéfaction que le parquet a lancé des réquisitions à Thalys, à Air France et à l’opérateur téléphonique de la ligne de Rima Hassan pour établir les déplacements heure par heure, voire minute par minute, de sa cliente depuis le début de l’année : « En quoi est-ce pertinent pour l’enquête sur le tweet mentionnant Okamoto ? », interroge-t-il. Des sources proches de l’enquête le justifient par le fait qu’elle aurait pu vouloir se soustraire à sa garde à vue.

Le lendemain, l’avocat et sa cliente sont attendus à la BRDP, où les treize classements sans suite leur sont communiqués. Puis l’élue enchaîne avec deux auditions pour de nouvelles plaintes : l’une concerne son tweet intitulé « one by one », qui reprend une citation d’un article expliquant que « le Hamas traque ses opposants à Gaza un par un » ; l’autre, un carrousel de photographies édité par une association étudiante féministe que Rima Hassan reposte et dont la dernière image porte la mention « Dissoudre Némésis à l’acide » – en référence au collectif identitaire fondé par Alice Cordier. Rima Hassan explique à l’enquêtrice avoir retweeté sans regarder puis, avertie de ce slogan, avoir demandé à l’association étudiante de le supprimer.

Le parquet a renvoyé ces deux affaires au tribunal le 16 septembre pour « apologie publique de crime ou délit » et « provocation publique et directe non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit ». Reste à savoir quel impact aura cette actualité judiciaire chargée sur la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon.

Le classement systématique sans suite de plusieurs dizaines de signalements sans jamais les analyser comme des faisceaux d’indices, qui désignent un ensemble d’éléments de preuve indirects qui, lorsqu’ils sont assemblés et pointent dans la même direction, permettent de présumer un fait ou une culpabilité. Bien au contraire la justice française fait preuve d’une grande mansuétude à l’égard des auteurs de crime antisémites.

Il y a donc là un double scandale,

Celui d’une personnalité politique, payer par les citoyens français, pour promouvoir un mouvement terroriste étranger auteurs de crimes barbares, et la complaisance du système judiciaire dans le cadre de crimes antisémites.

Ce système est beaucoup plus prompt à juger dans des délais très courts d’autres affaires, comme entre autres l’affaire Fillon et sait utiliser de manière alambiquée les faisceaux d’indices dans le cas de Sarkozy. Ne cherchez pas l’erreur, la France a un système juridique politisé. Ceci explique cela.

JForum.Fr & le Monde

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

0 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire