Donnée battue dans les 12ème et 14ème arrondissements, Nathalie Kosciusko-Morizet pourrait perdre la Mairie de Paris, même si elle remportait la majorité des suffrages exprimés. Explications.Nathalie Kosciusko-Morizet affiche une légère avance sur sa rivale de gauche Anne Hidalgo au lendemain du premier tour des municipales.

Mais elle pourrait perdre la mairie de Paris, quand bien même elle aurait obtenu la majorité des suffrages exprimés.

Une spécificité due au mode de scrutin en vigueur à Paris -mais aussi à Marseille et à Lyon,
où l’élection est morcelée en deux étapes.

Premièrement, on élit des conseillers dans chacun des vingt arrondissements.

Puis dans un second temps, 163 élus sont désignés parmi eux pour siéger à Paris, et élire le nouveau maire.

● Une circonscription morcelée en vingt arrondissements

La commune de Paris n’est pas une circonscription unique. Elle est morcelée en secteurs électoraux, qui correspondent aux arrondissements. Les Parisiens ne votent donc pas pour une seule liste à l’échelle de la ville, mais pour des listes propres à chaque arrondissement, selon les règles en vigueur pour les communes de plus de 1000 habitants: dans chaque mairie d’arrondissement, la liste qui obtient la majorité absolue au premier tour, ou celle qui arrive en tête au second tour remporte la moitié des sièges.

Le reste est partagé à la proportionnelle entre toutes les listes qui ont obtenu 5% au moins, y compris celle arrivée en tête.

Par exemple, dans le XVIème arrondissement où Claude Goasguen a été réélu au premier tour avec 65% des voix, sa liste UMP-UDI-MODEM a remporté 13 des 26 sièges du Conseil d’arrondissement.

Le reste des sièges se répartira à la proportionnelle entre toutes les listes qui ont obtenu plus de 5% des voix, y compris celle de droite qui est arrivée en tête. Au final, la liste de Claude Goasguen devrait donc obtenir près de 19 sièges, quand celle du socialiste Thomas Lauret (13%), arrivé en seconde position, n’en obtiendra pas plus de trois. Il y a donc une forte prime majoritaire qui donne une avance confortable au vainqueur.

● Le 12ème et le 14ème, des arrondissements clés acquis à la gauche

Ce mode de scrutin donne un poids important aux arrondissements les plus peuplés, comme le XVème qui compte 36 conseillers d’arrondissements ou le XVIIIème qui en compte 30. Or, si ces deux arrondissements sont traditionnellement acquis respectivement à la droite et à la gauche, ce n’est pas le cas de tous.

Le XIIème et le XIVème arrondissement par exemple, qui comptent chacun 30 sièges, sont considérés comme des circonscriptions clé à gagner pour remporter la mairie de Paris. Or, les listes socialistes sont données en tête dans les deux.

● Un mode de scrutin controversé

Par ce mode de scrutin, le candidat qui a remporté le plus d’arrondissements est élu maire de Paris, même s’il n’a pas obtenu le plus grand nombre de suffrages au total.

Par exemple, Bertrand Delanoë a remporté la mairie en 2001 alors que la droite était majoritaire en nombre de voix. La même année, Gérard Collomb a été élu dans les mêmes conditions à Lyon. Ce mode de scrutin peut donc poser des problèmes de représentativité démocratique.

Par ailleurs, les conditions dans lesquelles ces règles ont été adoptées sont régulièrement critiquées. Elles ont été mises en place en 1982 par Gaston Defferre, alors ministre de l’Intérieur… et candidat à sa propre réélection à Marseille. Ce qui pose un problème de conflit d’intérêt.

Edouard de Mareschal/ Le Figaro.fr Article original

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