Patrick Buisson, le sulfureux collaborateur de l’ancien chef de l’Etat, avait enregistré des réunions confidentielles à l’Elysée. Un scandale qui laisse la droite sous le choc.Quand il a découvert dans « Le Point » du 11 février que le sulfureux Patrick Buisson l’avait enregistré à son insu, Nicolas Sarkozy l’a convoqué à son bureau du 77, rue de Miromesnil.

Le patron de la chaîne Histoire, ex-directeur du journal d’extrême droite
« Minute », lui a juré les yeux dans les yeux que tout était faux et indiqué qu’il comptait porter plainte. Les yeux dans les yeux, Sarkozy l’a prévenu : « Si tout ça est vrai, on ne se verra plus. »

Sceptique, l’ancien président a attendu de voir si la plainte était déposée, ce qui aurait signé à ses yeux l’innocence de Buisson. En vain.

Quand il a appris que les bandes allaient fuiter dans la presse, l’ancien président, stupéfait, n’a pas voulu y croire. Dire qu’il avait défendu Buisson face à ceux qui, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, le sommaient de couper les ponts…

Souvent, il répétait qu’il lui devait sa victoire de 2007 (le ministère de l’Identité nationale, c’était lui) ou qu’il lui avait évité l’humiliation en 2012 (« si j’avais fait campagne au centre, je n’aurais pas été au second tour ! ») Face au tollé, Sarkozy préfère donc se taire. « Confucius disait que le silence est un véritable ami qui, lui, ne trahit jamais », résume son ami Brice Hortefeux.

Devant les députés UMP du Rhône qu’il recevait hier à déjeuner, le
« retraité » Sarkozy ne s’est donc pas étendu, préférant ironiser sur le PS qui va selon lui « prendre une casquette » aux municipales.


L’ex-président réfléchit à une riposte judiciaire

Redoute-t-il Buisson ? « Il le craint un peu », avoue un proche. Depuis 2012, il continuait à le voir, à lui téléphoner, mais il avait mis du champ depuis la publication dans « Valeurs actuelles » d’une conversation tenue avec des journalistes de l’hebdomadaire, en présence de Buisson. Dans la foulée, Sarkozy avait réuni ses collaborateurs, très hostiles à Buisson : « Je ne veux pas que vous entriez en guerre contre lui. Il n’est pas le gourou qu’on prétend.

Mais ce type est fou, incontrôlable. Il faut le ménager. » Pour autant, Sarkozy ne veut pas en rester là. Il ne veut pas d’un feuilleton et réfléchit à une riposte judiciaire pour empêcher la diffusion des bandes. Il veut tout savoir : qui les détenait, qui les a fait fuiter, pourquoi ? Mais il ne croit pas à une manoeuvre d’intimidation.

Buisson a d’ailleurs confié à ses rares amis qu’il n’avait pas eu l’intention de nuire, que ce n’était pour lui qu’une « matière de travail ». Mais la rupture, entre eux, est consommée. Sarkozystes comme anciens conseillers, dont certains figurent sur les bandes, sont pêle-mêle « indignés », « sidérés » et « révoltés ». « Une forme de viol », a dénoncé Henri Guaino, son ex-conseiller spécial à l’Elysée. Certains rêvent même de lui « casser la gueule »… Mais peu craignent un grand déballage ou des révélations chocs.

« Quand j’avais une chose très importante à dire à Sarko, je lui passais un coup de fil », raconte un ex-participant de ces réunions, où l’on parlait stratégie et communication.

Qui parie : « Pour la suite, il en tirera les leçons. »

06-03-2014/ Le Parisien.fr Article original

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