Après l’attaque imputée à Israël qui a tué lundi sept gardiens de la révolution iraniens, dont deux hauts gradés, Téhéran envisage une riposte ferme.

La République islamique a promis une réponse forte. Lundi, le commandant de la force al-Qods pour le Levant, Mohammad Reza Zahedi, a été éliminé avec son adjoint et d’autres responsables militaires par une frappe attribuée à Israël. Non seulement l’homme était l’un des plus importants maillons de « l’axe de la résistance », mais il a en outre été tué par des frappes de missiles ayant visé la section consulaire de l’ambassade iranienne à Damas. Comme lorsque les États-Unis ont pesé leur réponse à une attaque fin janvier qui avait causé la mort de trois soldats américains en Jordanie, l’Iran veut aujourd’hui rétablir un certain pouvoir de dissuasion tout en évitant d’être entraîné dans une guerre régionalisée qui mettrait en péril son régime. Selon des informations « le guide suprême Ali Khamenei a tranché : il y aura une riposte explicite et forte menée par les Iraniens eux-mêmes, mais qui ne serait pas synonyme d’une déclaration de guerre ». Car il est par ailleurs mis sous pression par un pan des gardiens de la révolution prêts à en découdre, tout comme par certains affiliés régionaux mécontents d’être bridés. Dans ce contexte, quelles options s’offrent à Téhéran ?

Frappes directes sur Israël et les intérêts américains de la région

C’est la réponse la plus radicale, la plus risquée, et donc la moins probable. Jusqu’à présent, l’Iran préfère se cacher derrière son réseau d’affiliés régionaux, usant du concept de « déni plausible » pour écarter sa responsabilité directe, affirmant qu’ils agissent de manière indépendante. La République islamique se livre certes à une guerre de l’ombre avec Israël depuis des décennies, mais sans admettre son implication. Une manière d’éviter des représailles sur son territoire, alors que le régime vise avant tout à assurer sa survie. Depuis le début de la guerre à Gaza, Téhéran clame par ailleurs à tout-va qu’il refuse de se laisser entraîner dans un conflit généralisé que souhaiterait provoquer Israël à travers ses frappes et assassinats ciblés de hauts responsables.

Au vu de la gravité de l’assassinat de lundi, le guide suprême iranien Ali Khamenei a déclaré que « le régime sioniste du mal sera puni des mains de nos braves hommes. Nous leur ferons regretter ce crime et les autres ». Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité de l’ONU lundi soir, l’Iran a ainsi indiqué qu’il enverrait une « réponse décisive » à l’attaque, tout en respectant les lois internationales, selon le Wall Street Journal.

Opérations indirectes

La République islamique pourrait plutôt pencher pour des frappes visant indirectement Israël et les États-Unis, comme cela avait déjà été le cas à la mi-janvier sur Erbil, où Téhéran a dit viser un centre du Mossad, le renseignement extérieur israélien. Les Iraniens pourraient également s’en prendre à des ressortissants de l’État hébreu en dehors de son territoire, ou encore à des institutions juives à travers le monde. Le 7 mars, la police péruvienne a arrêté un citoyen iranien soupçonné de faire partie de la force al-Qods des gardiens de la révolution qui aurait planifié l’assassinat d’un citoyen israélien dans le pays. En 1994, l’attentat le plus meurtrier jamais perpétré en Argentine avait été attribué à l’Iran, visant un centre juif à Buenos Aires, faisant 85 morts et près de 300 blessés. Fin 2022, le centre de réflexion israélien The Institute for National Securities Studies indiquait que plus d’une douzaine d’attaques planifiées par l’Iran contre des cibles juives ou israéliennes avaient été déjouées depuis l’assassinat imputé à Israël à Téhéran de Mohsen Fakhrizadeh, scientifique en chef du programme nucléaire iranien. Des attentats ont en outre été planifiés par des groupes affiliés à l’Iran, comme l’attaque contre un bus de touristes israéliens en Bulgarie en 2012 attribuée au Hezbollah.

Si Washington a fait savoir aux Iraniens qu’il n’était pas impliqué, ni même au courant de la frappe de lundi à Damas, le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian a déclaré que « l’Amérique devait être tenue pour responsable », en référence à son soutien indéfectible à l’État hébreu. Les avions de chasse utilisés pour envoyer les missiles sur le consulat ont été identifiés comme des F-35 américains, alors que la première puissance mondiale continue d’équiper son allié israélien en armes de pointe malgré le risque non avéré de violations du droit international humanitaire à Gaza. Les États-Unis pourraient ainsi être pris pour cible à travers des agents considérés comme collaborant avec Washington, des groupes régionaux qui défendent leurs intérêts comme en Syrie, ou encore des saisies de bateaux à l’instar du pétrolier St Nikolas le 11 janvier dernier en représailles de sa confiscation par Washington avec sa cargaison de brut iranien un an plus tôt. De telles mesures pourraient néanmoins compliquer les pourparlers qui se tiennent secrètement entre Washington et Téhéran, et avec Damas, pour discuter notamment des conditions de retrait des forces américaines de Syrie et d’Irak.

Activation de « l’axe de la résistance »

« L’axe de la résistance » mené par la République islamique joue depuis le début de la guerre à Gaza sur l’« unité des fronts », lui permettant de maintenir une pression de « soutien » sur Israël face à la guerre dans l’enclave palestinienne. Au risque de voir leurs rangs décimés au fur et à mesure que la guerre continue, les soutiens de l’Iran ne peuvent rester les bras croisés, alors que leur maison-mère a été quasi directement visée.

Au Liban, le Hezbollah et ses affiliés locaux pourraient intensifier leurs frappes visant le territoire israélien. Sans aller jusqu’à frapper des villes en profondeur sur le territoire israélien telles que Haïfa ou Tel-Aviv, de nouvelles cibles pourraient être dans le collimateur de la milice libanaise pour signifier que l’escalade répondra à l’escalade.

Restée en retrait du conflit à Gaza, la Syrie officielle ne devrait pas s’impliquer davantage à l’heure actuelle, alors que des discussions sont en cours avec les pays arabes mais aussi les États-Unis pour accélérer la réhabilitation du pays en échange de certaines concessions.

Alors que les attaques contre des intérêts américains dans la région s’étaient calmées ces dernières semaines, au lendemain de la frappe sur le consulat iranien, un drone visant la base d’al-Tanf en Syrie a été intercepté par les États-Unis sans faire de dégâts. Une première depuis mi-février.

Ces dernières semaines, la pression était également retombée en mer Rouge, mais les rebelles houthis du Yémen pourraient contribuer à la riposte en intensifiant leurs attaques sur des bateaux liés de près ou de loin à Israël et aux États-Unis, ou encore en lançant des frappes sur la pointe sud d’Israël, vers laquelle leurs projectiles ont jusqu’à présent tous été interceptés.

Eilat, la ville la plus au sud d’Israël, pourrait devenir une nouvelle cible de « l’axe de la résistance », alors qu’un drone en provenance de Syrie avait réussi à percer la défense aérienne israélienne en novembre 2023 pour s’écraser dans une école sans faire de victimes. La résistance islamique en Irak, qui revendique la plupart des attaques en provenance du pays depuis le 7 octobre, aurait également atteint pour la première fois une base navale d’Eilat lundi, selon le Washington Institute. À chacune de ses attaques, les Israéliens ont répliqué immédiatement en Syrie, visant lundi le consulat iranien dans ce que certains analystes considèrent comme une riposte à la dernière incursion aérienne sur Eilat.

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