Les yeux de Tsahal sur la Syrie : le nouveau système d’alerte en cas de (tentative de) représailles iraniennes

Ynet fournit un aperçu spécial et exclusif du système MSS avancé, ou système multisensoriel, déployé à travers la frontière nord-est d’Israël ; Comme chaque événement suspect est classé sur une échelle de 1 à 10, par un simple petit coup de leurs joysticks, les observateurs et boservatrices peuvent repérer les rebelles profondément dissimulés au fond du territoire syrien et décrire minutieusement jusqu’à l’arme qu’ils portent.

Le village syrien d’Al-Ahmadiyah se trouve sur la route entre le nouveau Quneitra, l’un des derniers symboles du régime du président syrien Bashar Assad, qui reste sur le Golan et la partie sud des hauteurs du Golan, contrôlée par les rebelles.

On peut apercevoir clairement la route, depuis le sommet de l’avant-poste israélien Hermonit, sur les pentes duquel se trouve la verdoyante Vallée des Larmes. Les soldats stationnés sur les positions de l’armée syrienne qui entourent Quneitra, ouvrent parfois le feu à la mitrailleuse sur les véhicules rebelles allant vers le sud, vers les villages qu’Assad a l’intention de reprendre.

Il y a seulement trois mois, aidé par des hélicoptères larguant des barils incendiaires, l’armée d’Assad a pu conquérir la région entourant la ville de Beit Jann sur le Mont Hermon syrien, à quelques kilomètres seulement du côté israélien de la montagne. L’objectif actuel d’Assad dans les hauteurs syriennes du Golan, est de couper la route d’approvisionnement passant par la route qu’on a mentionnée plus haut.

Un belvédère utilisant le système MSS et la vue qu'il offre au plus profond de la Syrie (Photo: Unité du porte-parole de la FID)

Un poste d’observation utilisant le système MSS et la vue qu’il offre au plus profond de la Syrie sur le déroulé des événements en cours (Photo: Unité du porte-parole de Tsahal)

On peut encore entendre, à l’occasion, les échos d’un obus de mortier atteignant sa cible, noyant les bruits bucoliques de la partie occidentale (israélienne) de la région. L’observation à partir de l’avant-poste Hermonit est facile, même sans jumelles et offre une vue complète du nuage de champignons (explosions) apparaissant immédiatement après, avant qu’il ne se dissipe dans les vents des Hauteurs.

Bientôt, cependant, les échos des explosions pourraient ne plus être confinés au côté syrien de la frontière.

Une attaque de vengeresse iranienne, à cause la frappe sur la base de drones, construite par la République islamique près de Homs – et attribuée à Israël – peut se présenter sous la forme d’une attaque antichar (Kornet, utilisé par le Hezbollah) contre les forces de Tsahal ou d’un tir de barrage de roquettes près de la frontière.

Les soldats ont la charge de discerner une telle attaque avant qu’elle ne se réalise et d’alerter en communiquant avec les vigies de la division du Golan. Pour mener à bien cette tâche capitale, ils ont été équipés de la plus sophistiquée des «armes»: un système multisensoriel (MSS), dont Ynet a été autorisé à donner le premier aperçu.

Belvédères observant le Golan syrien (Photo: Unité du porte-parole de la FID)

Postes de surveillance observant le Golan syrien (Photo: Unité du porte-parole de Tsahal)

 

Le MSS comprend une série de pôles munis de radars à la fine pointe de la technologie et de caméras perfectionnées capables de prendre des images dans les conditions diurnes et nocturnes, permettant aux postes d’observation de scanner et d’observer non seulement le Golan de l’autre côté de la frontière, mais aussi très profondément en Syrie – et tout cela d’un simple coup de leurs joysticks.

Le déploiement du premier MSS de l’armée sur le Golan syrien n’était pas une coïncidence. Le Hezbollah a joué le grand jeu pour s’offrir précisément le contrôle de cette région, il y a quatre ans, mais le groupe terroriste appuyé par l’Iran a été contrecarré dans cette entreprise par des actions offensives (élimination du général iranien AllahDadi et de Jihad Mughniyeh, l’héritier du commandement du Hezbollah)- à la fois ouvertes et secrètes – attribuées à Tsahal.

Depuis lors, les divers groupes rebelles de ce pays déchiré par la guerre – de l’État islamique aux successeurs d’Al-Qaïda ( Hay’at Tahrir al-Sham, ex-Al Nusra) en passant par l’Armée syrienne libre – ont repris la plus grande partie de la bande de terre proche de la frontière syrienne avec Israël.

Tandis qu’Assad se montre de plus en plus audacieux, à l’aune de sa victoire imminente, assistée par la Russie dans la guerre civile, le Golan syrien a toujours été plutôt en recul sur sa liste de priorités. Alors que les forces du régime ont même réussi à prendre la crête de l’Hermon syrien au cours des derniers mois, elles n’ont pas encore commencé de manœuvre significative vers le sud, vers les plaines en contrebas des hauteurs du Golan.

Les soldats effectuent des quarts de travail de quatre heures suivis de huit heures d'arrêt (Photo: Unité du porte-parole de la FID)

Les soldats effectuent des quarts de travail de quatre heures suivis de huit heures de pause (Photo: Unité du porte-parole de Tsahal)

 

Selon une estimation de Tsahal, le mouvement important entrepris par Assad pour reconquérir le Golan syrien sera mené simultanément ou après qu’il reprendra la grande communauté urbaine de Daraa près de la Jordanie, qui est également située non loin de la zone frontalière avec Israël.

Radars dans tout le secteur

D’une manière ou d’une autre, l’emprise du renseignement israélien sur le terrain devient de plus en plus ténue. Des dizaines de groupes armés que les forces de Tsahal n’ont jamais rencontrés auparavant, chacun avec une idéologie différente -qui n’est pas exactement sioniste!-, ont jalonné le terrain de leurs revendications, à plusieurs centaines de mètres de la frontière.

Ces groupes sont rejoints par les milices du régime, des «conseillers» iraniens et les agents de renseignements et de sécurité de l’armée d’Assad, sans que personne du côté israélien ne puisse deviner à quoi ressembleront les relations avec n’importe lequel d’eux une fois la guerre touchant inévitablement à sa fin.

Le Commandant du bataillon 595 des Aigles,  le Lt.-Col. Nir Megidish, qui supervise  le recueil de renseignements de combat pour la division Bashan, chargée de défendre le secteur, a déclaré: «Vous pouvez apercevoir des chars et des véhicules blindés circuler près de la frontière et distinguer à tout moment qui est suspect et qui ne l’est pas, qui est sur le point de pointer un canon sur vous et qui n’attaquera pas. « 

Lt.-Col. Megidish (R) parlant au journaliste Yedioth Ahronoth Ron Ben-Yishai (Photo: Eli Segal)

Lt.-Col. Megidish (R) parlant au journaliste Yedioth Ahronoth Ron Ben-Yishai (Photo: Eli Segal)

 

Megidish est devenu l’un des agents de terrain les plus titrés (décorés) de la région et a fêté sa quatrième année à ce poste et dans ce rôle sensible. Lors d’affectations antérieures, on l’a vu participer à la création du bataillon qui recueille des renseignements en temps réel, sur les événements en Syrie.

Il a ajouté : « Avec tout le chaos à Gaza en ce moment, ils doivent (l’armée) surtout faire face au Hamas, alors que la division de Galilée fait face au Hezbollah, alors que les rebelles sont armés de tanks sont positionnés près de la frontière, là où des familles sont en randonnée et que de fermiers israéliens labourent leurs terres, à quelques centaines de mètres de là, à peine. « 

« Le calme s’est maintenu au cours des trois dernières années, au moment même où les rebelles contrôlaient la plus grande partie de la frontière », fait-il remarquer.

De hauts responsables de Tsahal ont évoqué le moment où la guerre civile syrienne risquerait de déborder en Israël, tout au long de ces cinq dernières années, ce qui pourrait se produire probablement sous la forme d’une attaque terroriste à grande échelle, menée par un groupe s’infiltrant à travers la frontière.

 (Photo: Unité du porte-parole de la FID)

(Photo: Unité du porte-parole de Tsahal)

 

La plus grande crainte de l’armée se matérialise en un groupe de la brigade des martyrs de Yarmouk, qui a depuis changé son nom en Armée de Khalid ibn al-Walid. Le groupe est affilié à l’État islamique et contrôle le sud des hauteurs du Golan syrien méridional.

Des attaques terroristes ont toutefois été constatées à la frontière, dès le début de la guerre, avec pour conséquence des soldats blessés par l’explosion d’engins explosifs et, dans un autre cas, la mort d’un adolescent israélien frappé par une roquette antichar.

La «méga-attaque» redoutée n’a, quoi qu’il en soit pas encore eu lieu, et avec pour mission de la bloquer,  on trouvera les ordres transmis par le Lt.-Col. Megidish aux postes de guet du MSS – et, pour y parvenir plus complètement, l’armée semble avoir entrepris une sorte de révolution technologique.

« La clôture a été câblée avec différents types de radars et les caméras les plus avancées », poursuit Megidish. «La technologie MSS nous permet de traduire notre liste de priorités opérationnelles – que nous prédéfinissons, qui ou quoi nous devons suivre à la trace – dans la liste des missions que le vigie reçoit».

La vue que donne le MSS est incroyablement détaillée (Photo: Unité du porte-parole de la FID)

La perception que donne le MSS est incroyablement détaillée (Photo: Unité du porte-parole de Tsahal)

 

« Il y a de longues bandes de terre ouverte ici sur le Mont Hermon sans barrière qui agisse comme un obstacle physique, en raison de la topographie escarpée, ce qui rend le contrôle beaucoup plus difficile », a déclaré le responsable de l’IDF.

Les postes de surveillance peuvent repérer des combattants à des kilomètres de distance

Le MSS permet de classer toutes les détections suspectes – comme les mouvements irréguliers – sur une échelle de 1 à 10, selon une liste de critères automatiques incluant les alertes de renseignement, l’historique du secteur, la distance jusqu’à la clôture et le type d’objet qui a déclenché le mouvement (véhicules, personnes ou animaux).

Le système est si intelligent qu’il peut, en fait, recréer le chemin emprunté par un véhicule syrien près du village de Hader, par exemple, ce qui a fini par attirer l’attention des observateurs.

Les claviers des guetteurs sont à la fine pointe et minuscules, et leurs joysticks sont également plus faciles à contrôler. Un guetteur saute constamment d’un point à un autre – examinant un avant-poste syrien et zoomant sur une affiche d’Assad sur le mur de la guérite d’un soldat du régime, avec une bâche couvrant un véhicule blindé non loin de là.

 (Photo: Unité du porte-parole de la FID)

(Photo: Unité du porte-parole de Tsahal)

 

Flanquant le guetteur, on trouve le sélecteur, qui fouille et réexamine les points suspects pour décoder tous les mouvements irréguliers.

Le MSS leur permet de réaliser des actions en quelques secondes : dès qu’il faut déclencher le tir précis et direct de tanks, d’avions ou d’artillerie. «Les caméras que nous avons ici permettent aux vigies de repérer, non seulement, un combattant sur le toit d’un bâtiment situé à plusieurs kilomètres de là, mais aussi de noter exactement le type d’arme à feu dont il est bardé», conclut M. Megidish.

Il y a six mois, le secteur était au bord de l’explosion, les habitants de Majdal Shamas exigeant d’empêcher un massacre imminent mené par les rebelles, contre leurs frères résidant dans la ville syrienne-druze de Hader, près de la frontière.

Tsahal et les anciens du village des pentes de l’Hermon, ont craint de violentes émeutes qui risquaient de se propager en Syrie. Les matériaux documentés et recueillis dans les nouvelles salles d’observation des opérations, puis transmis au Commandement du Nord et aux chefs de la communauté druze, ont contribué à atténuer les tensions.

La documentation fournie par les guetteurs montrait que les rebelles n’avaient pas encore pris les faubourgs de la ville, et les avertissements transmis par Tsahal, que l’armée était prête à intervenir pour défendre les Druzes syriens ont suffi à mettre fin à la crise, sans provoquer d’escalade supplémentaire.

Les quartiers des guetteurs ressemblent plus à une chambre d'hôtel qu'à une caserne de l'armée (Photo: Unité du porte-parole de la FID)

Les quartiers des guetteurs ressemblent plus à une chambre d’hôtel qu’à une caserne de l’armée (Photo: Unité du porte-parole de Tsahal)

 

La motivation des soldats stationnés aux postes de guetteurs est élevée, disent leurs commandants, et il semble que Tsahal s’ingénie à laisser derrière lui des imbroglios qui ont eu lieu dans le passé, tels que désobéir aux ordres, abandonner les bases et de multiples plaintes lancées par des guetteurs en raison des conditions difficiles.

On en a, semble-t-il, tiré les leçons : le quart de travail de chaque surveillance ne dure que quatre heures, après quoi elle se repose pendant huit heures, tandis que certains guetteurs se tiennent prêts et restent en attente.

 (Photo: Unité du porte-parole de la FID)

(Photo: Unité du porte-parole de Tsahal)

 

Leur complexe résidentiel, érigé près de la salle des opérations, ne frappe pas l’attention comme s’agissant vraiment d’une caserne militaire. Les chambres sont spacieuses et attrayantes, chacune équipée d’une douche et d’une salle de bain, comme n’importe quel hôtel, ainsi que de luminaires et de prises de courant à proximité des lits et de casiers personnels pour chaque soldat.

Un menu spécial, composé de plats mijotés selon ce que les soldats ont les spécifié, est également proposé. On ira même acheter des craquelins de riz, pour la première fois dans l’histoire de l’armée, à la demande des vigies. Il est évident que l’armée fera un effort supplémentaire pour ces soldats, occupés à assurer la sécurité de la frontière nord d’Israël.

Première publication le 28/04 18:35

ynetnews.com

Adaptation : Marc Brzustowski

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3 Commentaires
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ermantier

Shalom,

Je déplore la parution de cette enquête sur un système de sécurité de TSAHAL. Même si vous pensez que celui-ci est connu des « amis d’Israel » il est inutile de fournir un foule de détails pouvant compléter leurs connaissances.
Désolé, mais certaines de vos informations sont dangereuses.

Cordial shalom

דוב קרבי dov kravi

Magnifique. Bravo à ces tatspitaniot et à ces soldats aux avant-postes du Golan.