Le parti populiste allemand d’extrême-droite Afd devrait faire une percée importante lors des élections régionales de dimanche dans l’un des Länder les plus pauvres de l’Allemagne, menaçant même de doubler le parti de la chancelière Angela Merkel.
Des sondages pré-électoraux effectué dans le Mecklembourg-Poméranie (le Länder d’Allemagne le moins peuplé et le moins industriel), prévoient une chute du parti social-démocrate au pouvoir (SPD), qui passerait de 35,6% à 28%), tandis que le parti d’extrême-droite verrait son score passer de 21 à 23%, un résultat identique à celui de la CDU.
Selon les sondages, la progression de l’Afd devrait par ailleurs se faire au détriment du parti néo-nazi (NPD) qui obtiendrait 3% des voix, contre 6% actuellement, et qui sortirait alors du seul parlement d’un Länder où il détient toujours des sièges.
Néanmoins, le co-dirigeant de l’Afd Jörg Meuthen a laissé entendre que si les deux parties rentrent au conseil régional, les élus du parti appuieraient les suggestions « sensibles » émises par le NPD.
« Les électeurs ne réalisent pas qu’ils votent pour un parti qui ne veut pas se démarquer du spectre de l’extrême droite », a déclaré le président du Conseil central des juifs en Allemagne Josef Schuster avant l’élection. Faisant écho aux préoccupations d’une grande partie de la population, il a qualifié la montée des intentions de vote pour l’Afd d' »effrayante »

Jens Büttner (dpa/AFP/File). « Des militants de l’Afd assistent à un meeting de campagne électorale pour les élections régionales, le 1er septembre 2016 »
Mais certains voient le probable succès de l’Afd différemment. Pour le docteur Jochen Staadt, expert de l’histoire de l’Allemagne de l’Est à l’Université libre de Berlin, l’adhésion à l’Afd est davantage un vote de protestation, qu’une victoire de l’idéologie de droite.
« Ces électeurs ne sont pas nazis, ils protestent contre la situation dans leur Etat. Ils sont déçus par les partis au pouvoir, et c’est là, la principale réussite de l’Afd : cette capacité à les rassembler et promettre qu’ils sont le meilleur parti pour les aider à sortir de cette situation », affirme-t-il
Pour plusieurs raisons, l’Allemagne de l’Est a toujours été un terrain fertile pour des idées d’extrême-droite: elle n’a pas la même tradition démocratique de l’Ouest, les étrangers y sont peu nombreux, l’économie y est poussive, et les départs de plus en plus nombreux des jeunes femmes encourageraient, selon aux études, un comportement agressif chez les jeunes hommes.
Imputer les problèmes au gouvernement est une tradition locale qui se développe au-delà de l’extrême-droite. Selon Staadt, quarante ans de régime communiste ont habitué les gens à avoir leur vie « façonnée » par les élites, à considérer ces-derniers comme les responsables de leurs malheurs.
« Vagues promesses de changement »
Mais dans les faits, les infrastructures du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale ont subi des améliorations significatives depuis la réunification, et la coalition au pouvoir a compensé son incapacité à attirer les grandes entreprises dans la région par le développement d’une industrie touristique en plein essor, qui a permis d’augmenter le revenu moyen des habitants lors de la dernière décennie. Et pourtant, la population ne semble pas donner à l’administration le crédit qui lui est due.
« Les gens pensent que ça ne va pas assez vite », explique Staadt. « Ils se comparent aux riches Etats allemands du Sud, ils se voient loi derrière, et critiquent le gouvernement pour cela, alors qu’en fait, leurs attentes ne sont pas réalistes. Si leur souhait est d’être au même niveau que la Bavière, personne ne sera en mesure de les satisfaire, et l’Afd joue avec ce levier ».
Mecklenburg-Vorpommern, comme d’autres Länder d’Allemagne de l’Est, devrait encore être à la traîne dans les années à venir, et n’atteindra pas le niveau moyen de la croissance allemande globale avant 2030, en raison de la fuite des cerveaux et des dépenses locales insuffisantes, selon une étude publiée récemment par le think-tank économique Ifo.
« L’Afd ne propose pas vraiment de plan pour inverser cette tendance », affirme Staadt, « mais il a pu susciter une adhésion, simplement avec de vagues promesses de changement. Ils disent +Notre gouvernement vous a trahi. Il vous a laissé derrière, et travaille pour des intérêts étrangers, au lieu du nôtre+. Ils critiquent l’UE, et jurent qu’ils feront en sorte que les partis politiques et les institutions écouteront davantage la voix du peuple », précise-t-il.
« Beaucoup de leurs électeurs ne tombent pas vraiment dans le panneau de ces vaines promesses », estime le chercheur, « mais ils veulent simplement donner un carton jaune au parti au pouvoir », ajoute-t-il.
« Dans le passé, les Allemands qui voulaient protester contre le gouvernement fédéral votaient pour le parti de gauche. Certains votaient également pour le NPD, juste parce qu’il était le parti le plus critiqué. Mais maintenant, tous les partis établis, les médias et les politiciens, sont furieux contre le Afd « , note Staadt, qui explique la montée du parti populiste au détriment du NPS. « C’est plus attrayant pour les gens mécontents ».
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