
Le plan américano-russe, approuvé par le Conseil de Sécurité de l’ONU, comme levier visant à activer le processus politique afin d’en finir avec la guerre syrienne qui dure depuis 5 ans ne peut, pour le moment, qu’aligner ses objectifs. Ce processus n’est pas en mesure de mettre un terme aux combats ni de chasser Assad du pouvoir; C’est l’inverse : les progrès dans les négociations sont lourdement dépendantes de la position des pièces sur l’échiquier, c’est-à-dire sur les champs de bataille du Nord, alors que l’éviction du dictateur syrien est une question qui s’évanouit.
Les limitations et les obstacles que rencontre le plan américano-russe approuvé par l’ONU sont résumées ici par les analystes de Debkafile :
1. Les points d’entente obtenus par l’Administration Obama et le Kremlin, au cours du dernier mois ont d’abord été conçus comme une mesure provisoire pour éviter que le fossé se creuse. Elle n’a jamais été destinée à mettre un terme réel à la guerre calamiteuse syrienne ni à évincer Assad, mais plutôt à fournir un prétexte permettant de rendre compte de l’expansion de l’opération terrestre russe tout en maquillant les déficiences militaires de l’Amérique dans le conflit syrien. Le prenant pour une carte blanche tendue par Washington, le Président Vladimir Poutine s’est senti en mesure d’annoncer samedi 19 décembre, que « les Forces armées russes n’ont pas employé toutes leurs capacités en Syrie et pourraient employer plus de moyens militaires au besoin ».
2. Le Président Obama a arrêté d’en appeler au départ d’Assad comme précondition à la fin de la guerre et observe silencieusement l’expansion de l’intervention militaire russe. Obama et Poutine ont, en fait, développé un arrangement grâce auquel Poutine pousse plus loin son intervention militaire et où Obama l’appuie en ce sens.
3. Presque sans qu’on le remarque, le 17 décembre, à la veille du vote du Conseil de Sécurité sur sa résolution pour la Syrie, la totalité des 12 avions de combat déployés le mois dernier sur la base turque d’Incirlik en vue de frappes aériennes en Syrie a été évacuée. Ceci se produit environ au même moment où la Russie a déployé en Syrie ses systèmes de missiles anti-aériens Buk-M2-SA-17 Grizzly. La présence de ces systèmes auraient mis les pilotes américains en danger si les Etats-Unis n’avaient pas mis fin aux frappes aériennes en Syrie. Le résultat de ces deux gestes, de toute évidence, coordonnés, c’est le retrait par les Etats-Unis de la plupart de leurs ressources militaires permettant de frapper les forces de l’Etat Islamique enSyrie et la transmission de ce théâtre de guerre à l’armée russe et à ses forces aériennes.
4. Dans une autre évolution en lien, vendredi 18 décembre, le BND, les services de renseignements allemands ont laissé fuiter la nouvelle qu’ils avaient renoué le contact avec les services de renseignements du régime Assad et que des agents allemands se rendaient désormais régulièrement en Syrie. L’importance de ce changement, est que Berlin ne se fonde plus sur les synthèses des renseignements américains en Syrie et, plutôt que de se tourner vers Moscou, préfère exploiter ses propres sources dans la capitale syrienne.
5. Washington et Moscou sont encore éloignés l’un de l’autre, concernant la forme exacte du gouvernement de transition mandaté par la résolution du Conseil de Sécurité.
L’Administration Obama veut qu’Assad confie les pouvoirs présidentiels à l’armée et tous les organismes qui ont trait à la sécurité et aux renseignements au gouvernement de transition, qui sera également chargé d’en appeler à des élections parlementaires et présidentielles auxquelles Assad se verra interdire de participer.
Poutine ne veut pas entendre parler d’un tel processus. Il insiste sur la mise en place d’un gouvernement de transition et d’attendre qu’il prouve qu’il peut fonctionner avant de se lancer dans toute discussion sur la distribution des pouvoirs et des juridictions.
Les deux présidents s’accordent sur le fait que la transition nécessitera au moins deux bonnes années, dépassant alors la fin de mandat de la présidence Obama d’environ un an et conférant ainsi la question à son successeur à la Maison Blanche.
6. Les Etats-Unis et la Russie ne sont pas d’accord sur le type d’organisations de l’opposition syrienne qui devraient être représentées au sein d’un gouvernement de transition ni quels portefeuilles ministériels leur confier. Sur ce point, autant Washington que Moscou sont à couteaux tirés avec les Emirats du Golfe, l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Emirats Arabes Unis, qui soutiennent certaines des organisations désignées comme terroristes par Moscou.
7. Mais il est très clair que l’administration Obama est prête à se laver les mains en ce qui concerne le mouvement des rebelles syriens et plus que tout, à abandonner le Président turc Tayyip Erdogan pour permettre aux Russes de mener librement leur mission.
Le samedi 19 décembre, Poutine a donné un nouveau tour de vis contre Erdogan, lorsqu’il a déclaré qu’il n’avait aucun problème avec le peuple turc, en ajoutant : « Comme en ce qui concerne le cercle dirigeant turc actuel, rien ni personne n’est éternel ».
En soutien à Moscou, Obama a, pendant ce temps, fait lourdement pression sur le président turc, lors d’une conversation téléphonique, pour qu’il retire les forces turques du Nord de l’Irak. Ankara a répliqué que les commentaires de Poutine n’avaient aucune valeur et a démenti avoir entendu une requête pareille de la part des Etats-Unis.
Ankara peut bien feindre l’ignorance, mais il doit réaliser maintenant que Moscou et Washington ont joint leurs forces pour pousser l’armée turque hors de toute implication dans le nord de la Syrie et de l’Irak.
8. Cette collaboration américano-russe à l’encontre de la Turquie peut avoir un effet radical sur le cours de la guerre dans le nord de la Syrie, le long de la frontière turque. Les sources des renseignements militaires de Debkafile révèlent qu’elle ouvre la porte à un accord secret entre Washington et Moscou qui viserait à diviser le nord de la Syrie en zones d’influence entre eux – affectant essentiellement les enclaves kurdes au nord du fleuve de l’Euphrate et bordant l’Irak à l’influence américaine (voir la carte) et les zones à l’ouest de l’Euphrate jusqu’à la Méditerranée au contrôle russe. Cet accord (révélé dès le 4 décembre par Debkafile) soutirerait ainsi effectivement tout rôle à la Turquie dans le conflit syrien.
9. Les batailles en cours dans le Nord de la Syrie près de la frontière turque auront un impact plus fort dans la reconfiguration de l’avenir de la Syrie et de son conflit interminable que la moindre résolution de l’ONU. Un jeu de rôles et des protagonistes très mélangés participent à ce combat : la milice kurde des YPG, les plus importants groupes rebelles, y compris les organisations radicales sunnites liées à Al Qaïda, telles que le Front Al Nusra et Ahram Al Sham, l’Iran et le Hezbollah chiite et l’Etat Islamique.
Ce sera seulement lorsqu’une de ces forces deviendra prédominante sur le terrain et sortira de cette mêlée générale qu’on observera un progrès vers une solution politique visant à mettre un terme à la guerre.
DEBKAfile Analyse Exclusive 21 Décembre 2015, 10:14 AM (IDT)
Adaptation : Marc Brzustowski.
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