Les Arabes ne combattent plus Daesh et voici pourquoi
Les Etats Arabes font profil bas dans le combat contre Daesh ou Etat Islamique pour quelques raisons essentielles, selon les analystes.
Alors que plusieurs Etats font partie intégrante de la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite, qui combat les rebelles Houtis soutenus par l’Iran au Yémen, d’autres doivent d’abord s’occuper des djihadistes de Daesh dans leur propre arrière-cour.
Les Etats-Unis, le royaume-Uni, la France ont tous augmenté le niveau de leur rôle militaire en Syrie et en Irak, mais l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis ne mènent gère plus d’une mission de frappes par mois contre des cibles de Daesh, selon ce que confie un responsable américain à CNN. Le Bahrein et la Jordanie ont, tous deux, totalement stoppé les frappes aériennes.
Fawaz Gerges, Professeur d’Etudes sur le Moyen Orient au London Scholl of Econbomics, a déclaré à CNN, le 10 décembre que la guerre au Yémen est une des raisons fondamentales pour lesquelles les Arabes ne combattent pas Daesh.
« Le tournant crucial s’est opéré lors de la formation de la coalition (menée par l’Arabie Saoudite) au Yémen », qui comprend les EUA, l’Egypte et la Jordanie », d’après Gerges. « On parle-là d’une guerre majeure 24h/24 et 7jours/7. Les Saoudiens et les Emiratis – les deux pays qui ont les meilleures capacités en termes de puissance aérienne – font survoler l’espace aérien du Yémen par leurs avions de combat, et c’est pourquoi ils doivent faire passer en priorité le combat en cours au Yémen sur les batailles à mener contre Daesh ».
Mais la présence de Daesh au coeur des Etats du Moyen-Orient, autres que la Syrie et l’Irak est une autre de ces raisons majeures.
« Les Etats Arabes, y compris la Jordanie – après l’événement impliquant un pilote (brûlé vif par Daesh) – font profil bas », dit Gerges. « Daesh dispose du levier de groupes de pression importants et de nombreux partisans dans presque tous les Etats arabes, à commencer par l’Arabie Saoudite, le Koweit, le Liban et la Jordanie. Aussi cherchent-ils à minimiser réellement les risques d’implosion au maximum ».
Gerges ajoute que les Etats Arabes sunnites sont assez nerveux à l’idée de s’impliquer lourdement dans le combat contre Daesh, par crainte de renforcer indirectement l’Irak et la Syrie, qui sont deux alliés centraux de l’Iran.
« Il subsiste clairement l’idée que Daesh est un défi plus monstrueux pour l’Iran et ses alliés que pouu les Etats arabes, même si ce sentiment est en train de changer actuellement », affirme Gerges. « Daesh menace non seulement l’Iran et les régimes dominés par les Chiites en Irak et en Syrie,mais aussi les Etats arabes dominés par les Sunnites ».
Ghadi Sary, autre expert du Moyen-Orient au Chatam House, ajoute que Bagdad et Damas sont plus qu’hésitants à autoriser les Etats Arabes à se joindre au combat contre Daesh à l’intérieur et au-dessus de leurs territoires d’Irak et de Syrie.
« Je pense que cela devient un peu plus dur chaque jour pour que cela arrive – Vous avez constaté comme moi la réaction à la présence de l’armée turque dans le Nord de l’Irak », remarque Sary, en soulignant que l’Irak vient d’ordonner à la Turquie de retirer immédiatement ses troupes et tanks le 7 décembre, après leur incursion afin de monter la garde autour de centres d’entraînements, sans la permission de Bagdad.
« Il est important, pour toute intervention armée, d’avoir l’appui du gouvernement central, ou au moins de l’armée du pays, y compris l’armée du Président syrien Bachar al Assad, que tout le monde conçoit comme quelqu’un avec lequel il est impossible de travailler », rappelle Sary.
« Pour la plupart de ces pays, la sur-implication de l’armée dans les affaires internes de l’Etat est devenue acceptable, mais lorsqu’il s’agit d’intervention étrangère, cela devient problématique » dit-il. =
« Nous constatons que l’armée égyptienne se focalise sur le Sinaï et ses problèmes internes, nous constatons que l’armée syrienne en fait autant, et que le Yémen est presque conçu par l’armée saoudienne comme son arrière-cour qu’elle serait en train de nettoyer- mais pas vraiment comme une intervention étrangère au niveau international ».
Jeudi 10 Décembre 2015 | Posté par WorldTribune
Adaptation : Marc Brzustowski.
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