Hadrien Desuin: l’Occident s’est trompé sur le modèle turc
Hadrien Desuin, ancien élève de l’Ecole spéciale militaire de St-Cyr puis de l’Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale, a affirmé que l’Occident s’est trompé sur le modèle turc, dans une interview réalisée début novembre, soit avant le massacre de Paris et l’avion russe abattu par la Turquie.
Analysant les relations entre la Turquie et les pays occidentaux, ainsi que la crise syrienne, Hadrien Desuin affirme que les relations entre la France et la Turquie ne sont pas si bonnes, mais il y a une espèce de jeux de dupes.
Et en Turquie, « on assiste à une espèce d’islamo-kémalisme, c’est-à-dire l’émergence d’une nouvelle alliance entre le parti d’Erdogan et les militaires » souligne-t-il.
M.A.: La France et la Turquie sont les deux pays les plus radicaux en terme de discours contre le régime de Bachar al-Assad. La France est également le seul pays qui a soutenu ouvertement la création d’une zone tampon, voulue par la Turquie. Qu’est-ce qui rapproche ces deux pays, malgré l’autoritarisme d’Erdogan et ses relations avec les « jihadistes » (Daesh et Al-Nosra). Sans aller plus loin dans le passé, rappelons que la France avait aussi apporté son soutien « indéfectible » à la Turquie lors des opérations policières anti-kurdes, dite « l’affaire KCK », entre les années 2009 et 2013.
H.D.: Les relations entre la France et la Turquie ne sont pas si bonnes. C’est vrai que François Hollande a fait la première visite d’État française à Ankara depuis 22 ans. Les relations étaient mauvaises à l’époque de Sarkozy. Elles sont restées distantes avec François Hollande. Maintenant, il y a des intérêts économiques incontournables.
Et puis, il y a le phénomène du modèle islamo-démocratique. La gauche française est très intéressée par le modèle de transition entre un régime plutôt militaire et un régime où l’islam est compatible avec la démocratie. La France et une partie des médias ont regardé d’un œil bienveillant ce régime se mettre en place et ils ont mis de coté la question kurde d’autant qu’un processus de paix devait être entamé. A l’époque de Danielle Mitterrand et Bernard Kouchner, la France s’est quand-même très attachée à la question kurde. Maintenant il y a BHL qui fait beaucoup de bruit autour des Kurdes irakiens. Malgré tout, les Kurdes sont un peu les oubliés de la guerre en Syrie.
Un autre point qui gène les relations entre la Turquie et la France, c’est le fameux processus d’adhésion à l’Union européenne. La France n’ose pas dire à la Turquie qu’elle est contre et que son opinion publique ne l’acceptera pas. Donc, on est dans une espèce de jeux de dupes. On fait semblant d’aller vers l’adhésion mais sans y croire.
-On sait depuis longtemps que la Turquie est le principal point de passage des jihadistes en Syrie, mais ces derniers retournent aussi par la même porte. Ce n’est plus un secret. Il y a également de nombreux éléments pour prouver un lien entre l’Etat turc et Daesh. Pourquoi les gouvernements occidentaux n’ont aucune réaction ouverte?
Disons qu’en France, l’opinion publique n’est pas bien informée de cette situation. Il y a une lecture des grands médias qui amenuisent les relations troublent entre la Turquie est les jihadistes. Il a fallu beaucoup de temps pour que les médias ouvrent légèrement les yeux sur cette relation trouble entre la Turquie et les jihadistes. Quand cet été la Turquie a annoncé sa grande guerre contre Daech, tous les médias ont repris en chœur les éléments de langage de la diplomatie turque sans faire attention au double discours. En réalité, ce n’était qu’un prétexte pour attaquer les Kurdes.
-La Turquie a longtemps été présentée comme un modèle par des pouvoirs occidentaux et de nombreux médias. On craint aujourd’hui que « ce modèle » ait conduit le pays au bord d’une guerre civile. Comment considérez-vous cette impasse en Turquie et quelle issue pour sortir?
Sur le modèle turc, l’occident s’est effectivement trompé. Au départ, on a mal analysé la personnalité d’Erdogan. Dépeint comme un démocrate occidentalisé, sa personnalité autoritaire a été occultée. Il a fallu des purges brutales dans les administrations et dans les médias pour réaliser qu’il était saisi par l’ivresse du pouvoir. Il y a certains symboles qui ont marqués, comme l’arrestation des journalistes, la construction de son palais, ses mandats à répétition. L’image d’Erdogan est considérablement dégradée depuis deux ans, depuis qu’il veut présidentialiser la Constitution à son profit personnel. La bataille de Kobané a été une prise de conscience. Quand Kobané a été encerclé par Daech et que la Turquie n’a rien fait pour aider les Kurdes, il y a eu un déclic. L’opinion publique internationale a alors compris que la priorité numéro 1 d’Erdogan était d’éradiquer la question kurde. Maintenant qu’il y a une divorce électoral (entre les Kurdes et Erdogan), on assiste à une espèce d’islamo-kémalisme, c’est-à-dire l’émergence d’une nouvelle alliance entre le parti d’Erdogan et les militaires. L’armée purgée par Erdogan, a relancé sa guerre antikurde cette fois-ci avec l’AKP. On a la formation d’une nouvelle alliance qui va durer probablement un certain nombre d’années.
-Les pays de l’Otan ont étrangement retiré leurs missiles de défense aérienne Patriot de la Turquie, avant les attaques aériennes russes en Syrie. Peut-on parler d’une certaine entente entre les Etats-Unis et la Russie sur la crise syrienne.
Je crois qu’il y a un double jeu américain. Obama a bien saisi que la Turquie était aussi un problème dans la question syrienne, notamment sur la question kurde, parce que les Kurdes syriens sont quand-même « alliés » de l’aviation américaine. On l’a vu à Kobané. Effectivement cette question de missiles Patriot est une question défensive au départ. Après Kobané ce n’était plus tenable. On avait l’impression que la Turquie avait instrumentalisé l’OTAN à son profit. Il y a eu aussi tout un chantage autour de l’ouverture d’une base aérienne turque pour les avions américains. Cela n’a pas été simple. Les relations entre la Turquie et l’Otan sont vitales pour l’Alliance atlantique ce qui rend les tensions délicates à résoudre. Les relations entre la Turquie et l’union européenne sont également très interdépendantes. Il y a vraiment un jeu très serré, très difficile, entre ces partenaires.
-Ces derniers temps, il y a eu des échanges ou « marchandages » entre la Turquie et l’union européenne sur la crise des réfugiés, au moment où le pouvoir AKP mène une répression sans précédente à l’intérieur du pays contre toute opposition. Est-ce qu’Erdogan pourrait-il redorer son blason avec la crise des réfugiées, et que diront les dirigeants européens à l’opinion publique pour leur soutien à ce régime?
L’opinion publique ne s’intéresse généralement pas de la politique étrangère mais la question des réfugiés l’inquiète beaucoup. Le fait qu’Erdogan joue de sa position géographique pour faire chanter l’UE sur la question des réfugiés ne va pas redorer son blason, bien au contraire. Pour autant la faiblesse et les divisions des autorités européennes dans cette affaire font que la Turquie n’est pas intimidée, bien au contraire. Le rapport de force est en sa faveur, surtout depuis son triomphe électoral. L’Union européenne a été contrainte de faire avancer les négociations d’adhésion alors qu’elle est très gênée par la tournure politique que prend le régime turc.
-Enfin, que signifie la participation de l’Iran dans les négociations de Vienne sur la crise syrienne?
La réintroduction de l’Iran dans le règlement des questions régionales à Vienne, est toutefois une bonne nouvelle pour l’Europe. La Turquie et l’Arabie saoudite voient un nouvel acteur puissant jouer une partie très différente dans la région et il se situe sur leurs arrières. L’Europe dispose avec l’Iran d’une sorte d’alliance de revers, encore faut-il qu’elle en prenne conscience.
Propos recueillis par Maxime Azadi
Egalement publié sur l’agence de presse kurde Firat News
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Source : blogs.mediapart.fr
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rectification : la guerre n’est pas un jeu et encore moins une partie de plaisir
Le ver est déjà dans la pomme, les font semblant de ne pas le voir. Et ils continuent de vouloir nous la faire manger.
Finalement au lieu de jouer au échecs par intérêts purement économiques parce qu’il y a le pétrole et de soutenir un dictateur terroriste pire encore que Bashar El Asad, qui lui au moins est un rempart contre l’E.I., les politiques feraient mieux de reconsidérer leurs points de vue à la lumière de la réalité du commun des mortels. Il faudrait qu’ils descendent de leurs nuages où leur seul souci, pour question de prestige, est de savoir qui ils vont destituer ou instaurer à la tête d’une nation ou l’autre, mais en mettant des gants et fermant les yeux pour ne pas heurter tel ou tel pour pure stratégie ou pour servir des intérêts souvent très personnels , sans se soucier de retombées au combien catastrophiques pour mr tout le monde, à tous les niveaux. On voit où nous a conduit le choix de la France en faveur de la Turquie contre le « tyran-boucher » de Syrie. Qu’a fait Erdogan avec les Kurdes et les Syriens ??? la meme chose ! comme toujours deux poids deux mesures selon qu’il y a un intérêt économique potentiel à retirer (peut-être) ou non. Alors la France soutient qui en réalité ? les Syriens contre Bashar el Asad, ou les djiadistes via Erdogan, qui n’a qu’une idée soumettre l’U.E. ? L’échiquier politique semble être à l’opposé de ce qu’on nous montre et veut nous faire croire. Mrs les politiques arrêtez donc de jouer à la guéguerre comme on joue à la gamebox pour vous donner de l’importance : sur le terrain, la guerre n’est pas un peu et encore moins une partie de plaisir.
Faire le forcing en vue de l’adhesion a l’Europe de la Turquie pourrait etre la derniere operation dont les fonctionnaires de Bruxelles se rendraient coupables. J’espere, et je ne crois pas impossible (mais sait-on jamais ?), qu’une telle tentative provoquerait, ici et la, des manifestations violentes, voire des emeutes en Europe. L’administration de Bruxelles, evidemment renseignee par des sondages dont les resultats ne sont pas publies, aura-t-elle la sagesse d’eviter cette crise fatale ?
On apprend qu’il puisse sa légitimité du mythe de la compatibilité de l’Islam et de la République et qu’il est de ce point de vue « indispensable ». On a appris récemment par d’autres textes le rôle de ses services auprès de Daesh ou Boko Haram. On voit aussi qu’il fait la quasi-unanimité islamo-militaire avec les post-kémalistes contre les Kurdes et que la lutte sera démographique, nataliste, jusqu’à ce que les Kurdes deviennent majoritaires dans leurs propres cantons et trouvent appui chez ceux de Syrie et d’Irak…. La Turquie est un post-empire ottoman en état de surchauffe, jusqu’à implosion.
Intéressant mais cela nous apprend rien de nouveau sur la république terroriste d’Erdogan.