Les unités YPG kurdes progressent sur la frontière de la Turquie

On évoque fréquemment les dissensions subsistantes entre deux blocs, l’un autour de Vladimir Poutine, comprenant la Syrie, l’Iran, l’Irak et le Hezbollah (P + 4), l’autre autour de la Coalition dirigée par les Etats-Unis, avec certains pays arabes, dont la Jordanie et les Emirats Arabes Unis. La France ferait la navette entre les deux coalitions, dans l’espoir, sans doute vain à ce stade, que les deux blocs, l’un voué à la perte d’Assad, l’autre à sa survie, finissent par n’avoir prioritairement qu’un seul ennemi : Daesh- Etat Islamique et non plus les rebelles soutenus par tel ou tel… Le chaînon manquant ou point aveugle du raisonnement est le rôle trouble joué par l’allié de l’OTAN et de l’Amérique, dans la région : la Turquie de l’Islamiste Erdogan, dont tous les rapports s’accordent à démontrer qu’il bombarde les Kurdes et protège Daesh. C’est un grave non-dit, mais paradoxalement, le fait que l’aviation turque ait abattu un avion russe, la semaine dernière a, en tout cas, permis d’abattre quelques autres cartes :

 

depuis, l’aviation russe prend essentiellement pour cibles les convois officieux et officiels turcs qui franchissent la frontière, alors que les Américains ont envoyé des forces spéciales à Kobané pour préparer l’avancée des YPG kurdes à partir de Tel Abyad, vers Jarabalus et, plus tard, sans doute, Raqqa. Allemands et Français soutiennent déjà les Peshmargas en Irak, après la victoire et la libération de Shingal, le 12 novembre, veille des attentats de Paris. Ainsi semble se jouer une forme de consensus non-dit pour causes diplomatiques (« ne pas froisser Ankara »), autour du rôle joué par les Kurdes de Rojava et du Kurdistan irakien dans la région.

Si, malgré l’inertie et la coopération turque avec Daesh, ses bombardements des positions du PKK, ce plus petit dénominateur commun se met, néanmoins, en place, la Turquie pourrait bien se réveiller un jour sans accès direct à son allié de l’Etat Islamique, une frontière en grande partie contrôlée par les Kurdes de Rojava (Nord-Est syrien) et des risques de bombardements russes à chaque passage clandestin vers Raqqa… Le minimum vital d’une politique de « containment » comme on dit à Washington, en quelque sorte…
A Peoples Protection Units (YPG) fighter in Rojava. Photo: AFP
Un combattant des Unités de Protection kurde (YPG) en Rojava. Photo: AFP

ERBIL, Région du Kurdistan – L’agence de presse semi-officielle de Turquie Anadolu révèle que les Unités de Protection du Peuple Kurde (YPG) ont été appuyées par les frappes de l’aviation russe, samedi et dimanche, lors d’une percée dans la région d’Azaz, en Syrie, près de la frontière turque.

Les avions de guerre russes ont, selon les rapports, facilité cette avancée des combattants des YPG en menant trois frappes aériennes contre la route qui relie le secteur du terminal frontalier de de Bab al Salameh. Les Russes sont attachés au contrôle de ce point de passage, limitant les accès depuis la Turquie vers la zone de Raqqa.

Anadolu a aussi rapporté que la semaine dernière, les avions de combat russes ont bombardé les forces de l’opposition dans les secteurs de l’Est de la Syrie, à Deir Cemal et Meryemeyn, dans un effort pour ouvrir des couloirs aux forces des YPG et des Forces syriennes Démocratiques (appuyées par la CIA, comme regroupement de groupes chrétiens assyriens et des rebelles fréquentables sous la bannière des YPG kurdes qui les coordonnent : Raqqa et le reste de la région sont, en effet, démographiquement arabes sunnites et, sans l’appui de forces arabes, les Kurdes à eux seuls auraient bien du mal à instaurer un contrôle légitime de cette région, en cas de libération, en chassant les djihadistes de Daesh). 

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Le Conseil de Sécurité Nationale de Turquie a dénoncé, en Octobre, la proclamation de l’autonomie d’une nouvelle neclave kurde en Syrie : Tel Abyad ou Gire Spi, en kurde – et appelé la communauté internationale à lcondamner les YPG kurdes comme des terroristes, en raison de leurs liens supposés avec le PKK. La Turquie a désigné l’offensive kurde dans la région de Tel Abyad comme « une campagne visant à changer les caractéristiques démographiques dans le Nord de la Syrie ». 

Le Conseil de Turquie s’est réuni à la suite de la rencontre des représentants des communautés ethniques de la ville, désormais contrôlée par les Kurdes, de Tel Abyad, mercredi, qui ont déclaré la région autonome.

Ce contrôle de la région est significatif pour les unités des YPG, parce qu’elle relie dans un même ensemble les villages à prédominance kurde du nord de la Syrie.

La Turquie a prévenu les Etats-Unis et la Russie qu’elle ne tolérerait aucune région kurde détenue par le PKK, que l’OTAN définit comme un groupe terroriste.

« C’est pour nous une ligne rouge et nous ne plaisantons pas avec cela », a déclaré à Reuters en octobre un officiel turc.

La Turquie craint que les percées des forces kurdes du côté syrien de ses 900 kms de frontières avec la Syrie risquent d’alimenter les ambitions séparatistes parmi les Kurdes dans ses propres territoires du Sud-Est de la Turquie. Mais Washington soutient les combattants des unités YPG, en tant que force effective et efficace dans le combat contre l’Etat Islamique, ajoute Reuters.

D’autre part, des responsables de la salle de commandement conjointe de Russie, de Syrie, d’Iran et du Hezbollah à Damas ont déclaré que la Russie va envoyer une brigade des unités de renseignements afin d’aider les troupes sur le terrain (donc les YPG et éventuellement, les Forces Démocratiques Syriennes?) et augmenter le nombre et la qualité des frappes aériennes opérant dans la région et le nombre d’avions à plus de 100, selon le journal koweitien Al-Rai.

Selon les responsables, dans le cadre de la réaction russe contre la Turquie, les forces russes se focalisent sur le fait d’empêcher l’entrée des camions turcs à travers les terminaux frontaliers d’Aazaz et de Bab al-Salameh en Syrie et elles renforcent et durcissent les attaques aériennes et terrestres dans la région.

Par Rudaw le 29 novembre à 11:30

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1 Commentaire
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Gabriel Taieb Favre

« D’autre part, des responsables de la salle de commandement conjointe de Russie, de Syrie, d’Iran et du Hezbollah à Damas ont déclaré que la Russie va envoyer une brigade des unités de renseignements afin d’aider les troupes sur le terrain (donc les YPG et éventuellement, les Forces Démocratiques Syriennes?)  »
Effectivement, il y a longtemps que la Russie aide les Peshmergas en matériel de guerre, que les USA rechigent pour ne pas froisser leur allié, le Grand Turc. Toutefois, je peux confirmer cette nouvelle, depuis l’agression turque contre un bombardier russe et l’odieux lynchage de l’un des pilotes russes par ces « rebelles modérés », les chaînes russes annoncent le renforcement militaire (qui sera massif) des forces Kurdes et l’envoi d’unités spéciales pour instruire les combattants Peshmerga et les assister. Comme certains des chefs des Forces Démocratiques Syriennes ont été récemment reçus au Kremlin et bien que les media ici n’aient pas pu indiquer la teneur secrète de leurs entretiens avec Poutine, on peut supposer en effet qu’ils vont être aidés par la Russie. Que les « alliés » de la Russie comme l’Iran ou le Hizbollah prennent raclée sur raclée – que ce soit le fait des autres djihadistes ou le fait de l’IAF, ne semble pas déranger le gouvernement russe.