Plus d’une fois, à l’école primaire, mes amis se sont moqués de moi parce que pour dire «mon grand-père», je disais « Papou * « . C’est ainsi que se dit Grand Père » en Ladino, le dialecte des Juifs sépharades. 

J’ai pensé à mon Papou aujourd’hui, lorsque l’Académie royale espagnole, une organisation basée à Madrid dédiée à la préservation des langues espagnoles, a annoncé qu’elle créait un cursus universitaire judéo-espagnol en Israël, qui garantirait la continuation de la langue de mes ancêtres. « Nous espérons renforcer son utilisation », a déclaré cette noble instance. Que la nouvelle soit précisément tombée à Tisha B’Av, précisément 525 ans après l’expulsion des juifs d’Espagne, m’a semblé particulièrement pertinent.

Darío Villanueva, le directeur de l’Académie, a déclaré à The Guardian que le Ladino était «un phénomène historique et culturel extraordinairement important» qui méritait depuis longtemps son propre cursus dans un circuit académique. Jusqu’à présent, neuf spécialistes ont été embauchés pour diriger l’institution.

Ce nouveau cursus est le dernier en date des nombreux efforts que l’Espagne a faits pour résoudre ses injustices historiques vis-à-vis des juifs. En 2015, par exemple, l’Espagne a adopté une loi permettant aux descendants de Juifs exilés de réclamer la citoyenneté espagnole. C’est-à-dire, si elles peuvent prouver leur lignée, ce qui, bien sûr, est plus facile à dire qu’à faire. La décision d’honorer le Ladino, d’autre part, est beaucoup plus aisée à réaliser. De plus elle est susceptible d’avoir un impact plus important.

Heureux d’entendre que ma langue ancestrale était ainsi honorée, j’ai appelé mon Papou. Quelles phrases, je lui ai-je demandé, ce nouveau cursus universitaire devrait absolument conserver ? Est-ce que des expressions un peu salées te viennent à l’esprit?

« La phrase ‘h’amor es h’amor' », m’a-t-il dit « mélange d’espagnol et d’hébreu, et cela signifie âne ou trou du c…l « , a-t-il dit. Quelqu’un qui n’est pas très malin on l’appelait un «calevassa de calabaza», ce qui signifie «tête pleine de courge».

Papoo a grandi dans un lieu où tous les juifs espagnols qui provenaient de la ville ancestrale de ma famille (Monastir, aujourd’hui en Macédoine) ont finalement fini par se retrouver à Rochester, New York. La communauté, me dit-il, était si unie et proche qu’il n’a même jamais appris le mot «vous», l’usage formel pour «vous» en espagnol et en ladino, en utilisant plutôt le «tu» plus informel.

« La première fois que je l’ai entendu », m’a-t-il dit, « je ne savais pas de quoi ils parlaient ».

Mais comme les locuteurs de Ladino ont vieilli ou sont décédés, la langue a également commencé à disparaître. C’est pourquoi cette nouvelle est si importante pour ceux, comme mon grand-père, qui souhaitent encore une fois entendre parler leur ancienne langue.

Le « Ladino », m’a-t-il dit, « c’est toute mon enfance. » C’est devenu évident quand il m’a chanté une berceuse Ladino.

« Durme, durme, mi alma donzella », il chante. Dors, dors, mon enfant bien-aimé. « Durme, durme, sin ansia y dolor. » Dormez, dormez, sans crainte ni douleur.

Les Juifs séfarades continueront de chanter ces chansons à leurs enfants, et, peut-être, même que bientôt ils pourront aller à l’école et apprendre à lire et à parler leur propre langue, le Ladino.

Sophie Aroesty est une stagiaire à la rédaction chez Tablet.

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