22ème KNESSET : de la Loi du Ciel à celle des hommes

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22ème KNESSET : de la Loi du Ciel à celle des hommes

Le 17 septembre 2019, les élections législatives ont une nouvelle fois donné une majorité aux partis nationalistes. Le parti Kakhol-lavan laïc de Benny Gantz (blanc bleu) a obtenu 33 sièges, le Likoud, 31 sièges, le parti Shas (ultraorthodoxe sefarade), 9 sièges, le Judaïsme unifié de la Torah (ultraorthodoxe ashkhenaze), 8 sièges, Israël Beitenou d’Avigdor Liberman (nationaliste sioniste laïque), 8 sièges. Ainsi, sur les 120 sièges de la Knesset, 88 ont été confiés à des partis de type nationalistes, favorables à la pérennité de l’Etat juif, avec pour principale divergence, la dimension relligieuse ou laïque qu’il entendent donner à la société israélienne. Autrement dit, le positionnement entre les partis nationalistes, se différencie en considération de la source Divine ou humaine de la règle.

Le résultat des élections du 17 septembre 2019 n’est que le reflet d’un mécanisme transcendantal extraordinaire, à savoir le transfert de la Loi du Ciel à celle des hommes. La Torah a fourni les règles du fonctionnement de l’humanité et de la vie en société, expliquant ce qui était autorisé et ce qui ne l’est pas. Si les règles ont une source divine, la Torah a néanmoins confié à l’homme, le soin d’organiser un système idéal sur la base de ses injonctions.

Les règles édictées dans les 10 commandements sont claires. Les 5 dernières injonctions concernent exclusivement la relation de l’homme à l’égard de son prochain : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas avoir de relations avec une femme mariée (pour éviter les conflits de paternité, en cas de naissance de l’enfant né hors mariage), ne pas faire de faux testament, respecter ses père et mère, ne pas convoiter le bien d’autrui. La quatrième fait le lien entre la Loi du Ciel et l’organisation humaine : respecter un jour de repos hébdomadaire (en se souvenant des circonstances de la création du monde). Les 3 premières concernent exclusivement la relation entre l’Homme et son Créateur : na pas avoir d’autres D. que D., ne pas faire d’idole, et enfin ne pas invoquer le Ciel pour tromper autrui.

Ainsi, le résultat des élections législatives du 17 septembre 2019 illustrent un phénomène tout à fait extraordinaire, en l’occurrence le partage de la population entre ceux, exclusivement attachés aux règles qui facilitent le fonctionnement de la société, et ceux pour qui il est indispensable de se souvenir de leur  source, en l’occurrence, Divine.

Les lois humaines, dans les démocraties, ne font que reprendre les principes Bibliques, sans toutefois, les rattacher à la présence d’un Créateur. autrement dit, les principes issus de la Déclaration des Droits de l’Homme servent de règles de fontionnement dans les sociétés démocratiques, comme si l’intelligence humaine avait suffit à les faire émerger. Dans les sociétés modernes, l’Homme n’a plus besoin du Ciel (et de la crainte qu’il inspire) pour les faire respecter, puisqu’il est en mesure de les codifier, de mettre en place un système étatique pour les faire appliquer, et un système judiciaire pour sanctionner ses manquements.

Or, il y a également une dichotomie entre les hommes, suivant leur perception de la source de la règle ayant vocation à s’appliquer dans les société humaines. D’aucuns perçoivent la Transcendance à chaque instant, sont en communion avec elle, et intègrent parfaitement le lien existant entre la Loi idéale (au sein de la société) et le Créateur qui en est à l’origine. D’autres ont une conception exclusivement matérielle de la vie, et considèrent que les Lois qui régissent le fonctionnement social trouvent leur source dans la nécessité, le bon sens, le pragmatisme. Autrement dit, les Lois trouvent leur source dans l’intelligence humaine.

Tel est le sens du résultat des élections du 17 septembre en Israël.

La très large majorité de l’électorat juif israélien admet que le sionisme est une valeur fondamentale, en l’occurrence, le caractère fondamental du lien exitant entre le juif et sa terre. Pour autant, certains restent attachés aux valeurs du judaïsme, telles que rappelées dans les textes Bibliques, à savoir que l’application de la Règle ne peut s’opérer en dehors de la  relation entre l’Homme et son le Créateur. D’autres, moins animés par l’étincelle de la spiritualité, entendent rattacher les règles du fonctionnement de la société au principe rappelé par Hillel, en l’occurrence : « Ce que tu ne voudrais pas que l’on te fît, ne l’inflige pas à autrui », sans tenir compte de la suite « c’est là toute la Torah, le reste n’est que commentaire. Maintenant, va et étudie. ».

L’intelligence humaine a compris l’importance de mettre en place les outils du fonctionnement sociétal : l’instauration de tribunaux pour régler les litiges, le bannissement de la corruption au sein des juges et plus généralement de tous ceux qui ont le pouvoir de décider, la tolérance à l’égard de l’étranger, de celui qui est diffférent ou de celui qui pense autrement…

La composition de la Knesset illustre parfaitement cette dualité des sensibilités, entre ceux qui sont en communication avec le Ciel et ceux pour qui l’homme est suffisamment intelligent pour se passer d’une explication surnaturelle, pour expliquer la création du monde : ils peuvent s’en sortir sans intervention divine. Ainsi donc, si tous les partis sont sionistes, lls y a des partis religieux, ultra-religieux, des partis Laïcs, et même des partis qui font la synthèse entre les sensibilités de type spirituelle, et celles qui sont à la fois matérielle et humaniste.

 Ayelet Shaked, speaks during the State Cotrol Committee at the Knesset, discussing budgets for Israeli settlements, on November 10, 2014. Photo by Hadas Parush/Flash90

On peut citer Ayelet Shaked, laïque, libérale et sociale. Accordant une importance moindre à la Loi religieuse, elle a accepté d’intégrer des juifs nationalistes laïcs, et est restée ouverte aux problématiques de la société contemporaine comme le droits des personnes homosexuelles ou la prise en compte de la nécessaire protection des femmes violentées. Elle n’en reste pas moins attachée à l’identité et la spécificité juive de l’Etat, redoutant l’application de règles, dites « démocratiques », susceptible de faire perdre sa judéidité à l’Etat d’Israël. Or, si les rabbins considèrent que les femmes ne peuvent faire partie de la vie publique, Ayelet Shaked a obtenu le soutien de Avichai Rontski, ancien chef rabbin de l’armée qui admet des partenariats avec des représentants politiques laïcs et nationalistes, en les qualifiant de « religieux au sens large du terme ».

Au-delà des aspects philosophiques de la tendance, il convient de rappeler que la laïcisation de la société n’est pas incompatible avec la spiritualité grandissante au sein de la population : 54% du public juif se dit croyant et ce chiffre  s’élève à 78% au sein des personnes qui ont voté à droite. Par ailleurs, les jeunes votants sont plus religieux que leurs grands parents : 64% au lieu de 22%.

 

Bien évidemment, la problématique de l’Etat d’Israël n’en reste pas moins celui de sa pérennité en tant qu’Etat juif. Le prochain Premier Ministre devra donc veiller à ce que l’intégrité de l’Etat ne soit pas remise en cause par ceux qui appellent à sa destruction : la vie est la valeur qui prime dans le judaïsme, celle de l’Etat juif devra donc être préservée. Se posera également, pour la Knesset, la problématique de l’annexion de tout ou partie de la « zone C » de Cisjordanie, sous contrôle exclusif juif, en vertu des accords israélo-palestiniens de paix. Pour les uns, il s’agira d’une conformité avec la promesse divine, pour les autres, un moyen pratique de protéger Eretz Israël contre ses ennemis.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

3 COMMENTS

  1. Excellente analyse! Bravo maitre Bertrand et merci pour utiliser les principes spirituels de la Tora comme instrument d’anlyse de notre realite sociale. Avraham

  2. Il semblerait que la démarcation établie dans cet article ne corresponde pas vraiment à la réalité.
    Vous cherchez à distinguer entre ceux qui s’attacheraient uniquement aux règles du bon fonctionnement de la société, à savoir les laïcs selon votre démarche, et ceux qui s’attacheraient quasi exclusivement à ne pas oublier l’origine desdites règles.
    Or, le souci du bon fonctionnement de la société se retrouve très distinctement chez les religieux, avec les nombreuses œuvres de solidarité et de soutien envers les couches les moins favorisées du pays. En 08, lors de la crise mondiale, le gouvernement avait redirigé vers les associations de bienfaisance les pans de la population qui criaient famine.
    Quant au cas Shaked, vous inversez les rôles. Elle n’a pas accepté d’intégrer des sionistes religieux dans sa liste. Elle est au contraire venu s’y faire réaccepter après la défaite de son duo avec Benêt, et la grosse claque qu’ils se sont prise suite à la chute de leur rêve mégalomane de la nouvelle droite qui devait remplacer l’ancienne, autrement dit le Likoud, puisque Benêt, c’est Netanyahou en mieux.

  3. Bon texte.
    Pensez au mal que fit l’église quand elle primait sur la volonté des gouvernants. Pensez à ce que fait l’Islam quand il domine la scene politique.
    Non, les religieux en Israel ne devraient pas faire partie du gouvernement.
    Chacun a doit de croire et de respecter la religion de son choix, sous reserve de ne pas forcer les autres à suivre la même voie.
    En l’occurrence, on peut tres bien etre juif, croyant, aller regulierement au temple tout en etant laïc. On peut évidement etre laïc et sioniste, aimer et dérfendre notre terre et notre peuple sans contraindre le voisin

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