Vayigach: la rencontre entre Yéhouda et Yossef – vidéo

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C’est l’union de la dualité ontologique qui persiste depuis la création du monde qui s’exprime par la lettre ”beth” de ”Béréchit” comme le Zohar explique: ”deux commencements”.

Ce ”Beth”’ exprime la dualité et donc ces deux commencements représentent les deux conduites divines que sont l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance qui expriment la création. On retrouve ces deux conduites dans les deux fils de Adam: Caïn et Abel.

Caïn représentant la terre, le monde d’en-bas, le monde présent, la Nature, Abel correspond au souffle, au monde de l’intériorité. Cette lutte des deux mondes va se perdurer jusqu’à Yossef et ses frères. Elle se perdure avec la lutte entre Essav et Yaacov qui ne se termine pas avec un Tikoun, c’est-à-dire une union.

La rencontre de Yéhouda et de Yossef exprime le Tikoun du monde car ces deux principes que sont l’arbre de vie, la voie de l’éternité et l’arbre de la connaissance, la voie de la temporalité, depuis le début de la création sont séparés et antinomiques. Ce sont deux visions une unioniste et une dualiste.

 L’union de ces deux voies étant l’union de la lumière et du vase, du Or et du Kéli. Il ne s’agit pas de choisir une des deux perceptions mais d’unir ces deux perceptions pour atteindre le Tikoun Olam.

Le Zohar explique que lorsque ces deux voies se rapprochent, deux mondes se parent ensemble d’une même couronne, (de même que la lune et le soleil se servant de la même couronne avant leur séparation, avant la division de l’intériorité et l’extériorité). Alors tous les pêchers du monde sont effacés.

L’union de ces deux rois que sont Yossef et Yéhouda non seulement rétablissent un ordre, un couronnement uni-ciste mais efface toutes les fautes du monde. Cela vient montrer que le Tikoun doit atteindre une véritable vision universelle de la création. Le Tikoun n’est pas une séparation des forces pour n’être que dans le paradis, dans le monde dit de l’éternité comme la vision orientale où au contraire être plongé dans le monde matériel comme la vision occidentale où notre conception est liée aux lois de la Nature.

Notre comportement est alors dominé par la perception de nos sens. Mais il y a une autre perception de la vie qui est au-delà des sens qui est de l’ordre de la Kédoucha, de la sainteté. Les deux femmes de Yaacov, Rah’el et Léa avec leurs enfants expriment ces deux principes fondamentaux de la création du monde. Et par leur union va se réaliser le Tikoun qui va prendre beaucoup de temps.

Il y a comme une sorte de drame entre les deux frères pour arriver à cette union exceptionnelle qui exprime la perfection de ces deux mondes. C’est aussi l’union des deux principes qui font l’histoire de l’humanité. La majorité des gens s’arrête à la perception des sens, à la vision dualiste du monde. 

Seuls ceux qui sont dans l’ésotérisme, peuvent comprendre qu’à l’intérieur de ce monde de l’extériorité que l’on appelle le vase, le Kéli, il y a ce rayon de lumière, ce Kav de l’infini qui dirige et qui amène le monde à sa perfection. Ce ne sont pas en vérité les lois physiques qui agissent le plus dans l’histoire du monde.

Cette rencontre de Yossef et de Yéhouda n’est pas fortuite, elle est là pour donner le modèle de la réparation universelle qui est l’union de ces deux mondes apparemment antinomiques, le ciel et la terre. Le Ramh’al dans son livre ”les nouveaux arrangements’‘ écrit que les deux Messies sont là pour réparer où arranger l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance.

 Cette réparation de ces deux arbres ne peut se faire que par leur union. Yossef va révéler à Yéhouda le plan mystérieux de la création (le profond conseil qui est enfoui dans la Radla).

C’est la révélation du plan secret de l’histoire qui va être la clé de voûte pour unir ces deux mondes. Il y a un aspect de l’histoire qui est le fruit de la dualité où les choses se divisent en deux compartiments bien distincts, le bien et le mal, la récompense et la punition. Tout le jugement de l’homme est alors voué et soumis à cette dualité.

Cette vision selon la perception des sens ne peut pas être remise en question car elle est réelle, elle n’est pas fictive, ce n’est pas une illusion. Il faut cependant comprendre comment cette perception est engendrée. Comment arrive t-on à ce que Caïn tue Abel, que ses frères haïssent Yossef?

 C’est l’envie, l’attrait de ce monde qui va fausser le jugement humain. Dans cette voie qu’est la perception des sens, personne n’est objectif. Il est impossible de trouver l’objectivité dans le raisonnement de l’homme.

L’homme a en lui ces deux aspects qui tendent vers les extrêmes et aussi un troisième aspect qui va essayer d’harmoniser ces deux penchants du bien et du mal. Il faut savoir que cette vision n’est pas authentique.

Il y a une autre vision beaucoup plus profonde qui est appelée ”le profond conseil” qui est du niveau de la Radla qui est la tête inconnaissable au niveau de Atik au-dessus de Arikh’. C’est le plan inconnaissable de Dieu mais qui s’inscrit dans la temporalité et donc dans la dualité où l’on comprend une chose par son contraire.

Cette compréhension ne se déclenche que par l’envie. Je comprend la vie par la mort, la satiété par la faim…il faut Parho pour révéler Moshé, Aman pour révéler Mordékhaï. Tout cela n’est que la vision dualiste déclenchée par l’envie des sens et de la matière.

 Mais il y a une perception du monde où Mordékhaï peut exister sans Aman où plutôt dans une union parfaite avec Aman, un Moshé qui comprend parfaitement le processus intérieur de Parrho.

Chacun étant un rouage essentielle de la direction divine qui va arriver au processus du dévoilement divin dans ce monde. En s’unifiant, ces deux forces opposées vont devenir un épanchement parfaitement bénéfique. C’est l’union de ces deux principes, de ces deux Messies, de ces deux voies.

Pour arriver à cette perception, il faut comprendre ce plan mystérieux. C’est la voie de l’éternité, de l’arbre de vie, du rayon de l’infini. Ce rayon lorsqu’il entre dans le vase, va se diviser pour donner naissance à la dualité des forces positives et négatives jusqu’à la dispute de Yossef et de ses frères où il va y avoir une grande révélation qui est le secret de l’existence issue du profond conseil de la Radla, le secret de l’union.

Dans le logos des grecs, tout événement est la conséquence d’une cause proche. Dans cette approche, la cause de la libération de Yossef de prison est le rêve de Parrho. La libération étant donc la conséquence du rêve. Mais en vérité c’est parce qu’il doit sortir que Parrho rêve. Il faut renverser la vision des choses pour percevoir une nouvelle perception des événements.

Notre perception liée à l’envie du corps et donc à la dualité va comprendre que c’est par le médicament que Dieu me guérit, qu’il y a une cause proche obligatoirement qui agit et cette cause proche étant ma volonté.

 Mais en vérité, ce n’est pas le médicament qui guérit mais le décret divin qui a décidé de ma guérison, cette guérison étant cachée par un processus causale qu’est le médicament. Ce n’est pas l’huile qui allume la flamme. En d’autres termes, ce n’est pas la loi qui est la cause efficiente mais le décret divin.

La loi que nous percevons n’est en vérité qu’un effet et la cause principielle est la volonté divine issue de ce conseil profond. Et justement par ces lois causales, Dieu permet la dissimulation de la cause des causes.

Yossef enseigne à ses frères que la véritable cause efficiente de l’histoire du monde n’est que la volonté divine pure sans aucune interférence humaine. Ce n’est pas vous qui m’avez vendu aux égyptiens. De même Yossef dit à Parrho que la traduction du rêve ne vient pas de lui mais de la cause efficiente qu’est la volonté divine.

Toutes les créatures sont les ustensiles de Dieu pour accomplir son conseil profond. Il vient nous enseigner que cette conduite de la dualité n’est qu’une dissimulation de la véritable conduite qui dirige tout de manière cachée.

 Le monde futur de l’ordre de l’éternité agissant de manière absolue dans ce monde de la temporalité. Nous devons entrer dans cette voie de l’humilité afin d’accepter de n’être que des ustensiles dans les mains de sa volonté. Et ainsi, toutes nos actions seront animées par le savoir divin pour vivre cette fin des temps, c’est-à-dire la fin de cette perception des événements où nous sommes les maîtres de notre vie.

Pour arriver à cette fin, il y a deux voies: la fin par la gauche et la fin par la droite.

– La voie de la gauche est la voie des épreuves, de l’expérimentation. Ce qui est décrété va se réaliser mais notre libre-arbitre va agir sur la manière que nous allons percevoir ce décret.

Choisir la droite qui est le bien parfait de l’unité où choisir la gauche où nous avons l’impression de dominer les événements mais qui en fait est une voie de la souffrance basée sur l’expérimentation et la compréhension par les sens. Mais même cette voie qui est la voie sinueuse du serpent arrivera en fin de compte au but qui est la révélation divine de l’unité dans ce monde duel.

Ces deux voies sont appelées ”la fin de l’obscurité (la gauche-Kets ah’ochekh’) et la fin des jours (Kets Yamin) qui signifie aussi la droite (Yamin).

Cette voie passe par une annihilation de l’ego, c’est la voie du Shabbat, de la sérénité, du repos des sens. Ce n’est que par cette voie que nous pourrons unifier les mondes d’en-haut et les mondes d’en-bas et comprendre de manière vraie l’histoire du monde.

Yossef est ce principe unificateur même s’il correspond à l’aspect de l’extériorité de l’arbre de la connaissance car seul celui qui est dans la voie du bien et du mal pourra comprendre que le mal lui-même est dirigé par Dieu et n’est ni autonome ni souverain.

C’est notre vision qui correspond aux ténèbres. C’est la matérialité qui est les ténèbres de l’intellect. Les lois mêmes de la nature ne sont que des vases, réceptacles de lumière qui doivent être dirigés par ces même lumières et non devenir eux-mêmes les dirigeants.

Rav Mordékhaï Chriqui

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