Le sommet arabo-islamo-américain de Riyad marquerait un tournant dans l’histoire de la région, selon un constat de plusieurs parties libanaises proches de l’Arabie saoudite. Le partenariat entre Washington et le monde arabe se serait rétabli à travers la coopération militaro-économique et sa logique d’investissement.

Mais il revêt surtout un aspect culturel inédit, lié à une volonté commune de diffusion de l’islam modéré. Et « cette réconciliation de l’islam avec l’Occident », selon les termes de Farès Souhaid, aurait pour assise une identification arabo-américaine entre « la lutte contre l’extrémisme et la lutte contre le terrorisme », selon une source présente au sommet de Riyad. Ce serait en somme un retour sous un nouveau jour du « front arabe de la modération » (la participation de l’Égypte en serait révélatrice) : un front incluant désormais Washington, et faisant face au terrorisme sous toutes ses formes, dont l’Iran est identifié comme « le sponsor ». Non seulement le Hezbollah est condamné au même titre qu’el-Qaëda, mais il est identifié comme la marque d’une ingérence perçue comme source du terrorisme.

Le Liban serait ainsi pris « entre l’axe de la modération arabo-américaine et l’axe de soutien au Hezbollah », selon la source présente en Arabie. Sa politique de distanciation, bien que « tolérée par le royaume », selon cette source, ne suffirait pas à épargner au Liban les retombées du triple sommet de Riyad. Ce n’est plus en tout cas le positionnement officiel du pays en faveur d’un axe ou d’un autre qui serait en jeu, les expectatives du Golfe n’étant pas élevées pour l’instant. L’enjeu direct pour le Liban serait en effet d’ordre sécuritaire. Et le seul à en décider reste le Hezbollah. Il n’est pas sûr vers quelle option de stabilisation ou de violence il tendrait.

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Depuis que dure la politique de « containment » – l’autre nom à la subordination aux armes du Hezbollah –, le parti chiite a réussi à vendre son image de « garant de la stabilité du pays et de ses institutions ». Le déblocage de la présidentielle aurait notamment été utilisé à cette fin. Détenteur d’un arsenal d’intimidation interne, il n’avait du reste nul intérêt à ouvrir un front parallèle à celui de la Syrie.
« Déstabilisé par le sommet de Riyad », selon des milieux libanais du 14 Mars, le Hezbollah doit trouver le moyen de rétorquer à l’Arabie sans compromettre ses zones d’influence acquises, à savoir le Liban – et, dans une moindre mesure, le Yémen.

Surtout que le sommet de Riyad déconstruit toute la rhétorique politique par laquelle le parti chiite a l’habitude de tempérer son bellicisme idéologique au niveau régional et ses manifestations de force au niveau interne. Identifié par les participants au sommet comme parrain du jihadisme qu’il dit combattre en Syrie, son engagement pour la cause palestinienne est par ailleurs désavoué. Instrument de légitimation de l’expansionnisme iranien, cette cause a été réintégrée au cœur du partenariat américano-arabe.
Si l’Iran doit répondre à Riyad, il lui serait donc plus facile de le faire sur un terrain déjà engagé dans un conflit armé. D’ailleurs, le journaliste Hassan Fahs précise à L’Orient-Le Jour que les zones de confrontation irano-saoudienne ont d’ores et déjà été circonscrites à l’Irak et à la Syrie, en vertu de la déclaration de Riyad. Il confirme en outre « la décision de Téhéran de ne pas engager les fronts du Golfe, à savoir le Bahreïn et le Yémen ». Il estime également que si une déflagration devrait se produire au Liban, ce serait seulement par ricochet, depuis le sud de la Syrie.

Mais des milieux libanais proches de l’Arabie ne cachent pas leurs craintes d’incidents de type militaro-sécuritaire au Liban indépendants de la Syrie.
L’hypothèse d’une guerre avec Israël depuis le Liban est évoquée mais paraît pour l’instant peu probable, le Hezbollah ayant peu de chances d’y recouvrer son rôle de « meneur de la résistance » aux yeux de l’opinion publique arabe.

(Lire aussi : Le sommet de Riyad suscite des sentiments contradictoires)

Si l’on écarte en outre « l’aléa » d’une décision iranienne de déstabiliser le Liban, il reste l’hypothèse plus réaliste d’une contre-offensive du Hezbollah sur le terrain libanais, qui porterait des messages ciblés et sans risques pour le parti.
Parce qu’en dépit de la pudeur officielle (et la frilosité) des parties libanaises face aux déclarations de guerre arabo-US contre le Hezbollah, le Premier ministre Saad Hariri est critiqué par des milieux du 8 Mars pour son adhésion implicite à la déclaration de Riyad, au titre de participant au sommet. Une déclaration dont le ministre Gebran Bassil a d’ailleurs vite fait de se laver les mains dans un tweet sur le vol de retour Riyad-Beyrouth. L’appui de M. Hariri risque de lui valoir une riposte du Hezbollah, apprend-on de source autorisée. Cette riposte viendrait sous forme de « blocage du gouvernement, ou de pressions au niveau de la réforme électorale, ou autre… », selon elle.

D’autres milieux disent craindre une réponse plus violente, sous forme d’incident sécuritaire ponctuel.


Resté en Arabie, M. Hariri s’est entretenu hier avec le prince héritier en second Mohammad ben Salmane. Les relations « politico-personnelles » entre le Premier ministre et l’Arabie se seraient consolidées depuis quelques mois, indépendamment du volet financier de ces rapports, selon une source d’Arabie. D’autres milieux au Liban n’excluent pas, dans la logique des choses, qu’une coordination politique bilatérale prenne forme dans la foulée du sommet de Riyad, ne serait-ce que pour parasiter sur l’influence du Hezbollah au Liban. Il risquerait toutefois « d’en payer un petit prix », estiment des milieux proches du 8 Mars.

23/05/2017
Représailles politiques du Hezbollah

La géopolitique régionale vient d’être chamboulée, à n’en point douter, par la récente visite du président américain Donald Trump en Arabie saoudite. Pour son premier voyage officiel hors des frontières américaines, M. Trump a frappé fort, en jetant les bases d’un revirement à 180 degrés de la politique étrangère moyen-orientale lancée par son prédécesseur Barack Obama. On est désormais loin de l’Amérique de l’accord nucléaire iranien dit des 5+1. L’heure est dorénavant au bloc arabo-américain face à Téhéran, et cette tendance a clairement transparu dans le discours prononcé par le 45e président des États-Unis à Riyad cette semaine.

Ce revirement aura assurément des implications régionales et surtout locales, puisque l’Arabie saoudite est à présent hissée au rang de clé de voûte de cette nouvelle politique régionale américaine. Pour l’heure, l’attitude affichée par le président libanais Michel Aoun à l’égard de ce qui apparaît comme rien de moins qu’une pleine et entière redistribution des cartes reste floue et incertaine. Se rendra-t-il toujours, et comme prévu, à Téhéran afin de clamer une nouvelle fois encore les velléités libanaises de neutralité régionale, comme précisé d’ailleurs dans le discours de prestation de serment ? Ou au contraire, à l’aune du soutien américain affiché à l’armée libanaise et à ses efforts de lutte contre le terrorisme islamiste, choisira-t-il de reporter ce déplacement ? L’embarras est bel est bien là, comme en témoigne d’ailleurs le récent tweet du ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil à son retour du sommet de Riyad contre le terrorisme et dans lequel il a prétendu ne pas avoir été mis au courant des résolutions anti-Hezbollah qui allaient être prises par les participants audit sommet.

Du côté du Hezbollah, une fois le choc de ce revirement américain sur la scène régionale passé, il paraît évident qu’une réaction virulente et à la mesure de ce changement doit s’exprimer sur la scène politique. De source proche de la banlieue sud, on cite notamment le retour pur et simple à la loi électorale de 1960 ou, pis encore, le report sine die des législatives. Quoi qu’il en soit, l’allocution de Hassan Nasrallah demain à l’occasion de la commémoration de la libération du Sud sera à la hauteur de ce chamboulement géopolitique et sera probablement très critique à l’égard, à la fois, de la nouvelle présidence et du nouveau gouvernement.
Il reste que la stabilité interne du pays demeure une ligne rouge à l’heure qu’il est, surtout que le territoire est actuellement pris d’assaut par les réfugiés. Ainsi, et selon le récent rapport publié par la Banque mondiale, les étrangers – syriens et palestiniens notamment – sont plus de 2 millions et demi de personnes. Il est donc impensable pour les parties politiques, et notamment pour le Hezbollah, de chercher à déstabiliser le pays sur le plan sécuritaire.

24/05/2017

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