Rubio fait face à des critiques suite à son accord avec l’Iran, tandis que Vance soutient une piste rivale.
Le secrétaire d’État américain s’est rendu dans le golfe Persique et a rencontré une vive opposition au mémorandum d’entente en cours d’élaboration avec l’Iran.
Des sources diplomatiques révèlent que les Émirats arabes unis refusent de débloquer 3 milliards de dollars appartenant à Téhéran et exigent des réparations pour les dommages de guerre ainsi qu’un engagement à mettre fin à toute agression maritime.
Parallèlement, Rubio mène une lutte interne contre le vice-président Vance, qui a tenté de créer un organe de surveillance au Liban avec la participation de l’Iran et du Qatar afin de faire échouer les négociations directes sur un cessez-le-feu.
par Danny Zaken
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a été accueilli par des dirigeants émiratis profondément inquiets. Cette inquiétude est alimentée par le mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran, qui, contrairement aux promesses et aux attentes américaines, a non seulement maintenu la menace militaire iranienne, mais l’a même renforcée.
Face à cette situation, les Émiratis ne se contentent pas d’être préoccupés : ils prennent des mesures concrètes. Selon diverses sources diplomatiques, les Émirats arabes unis ne sont pas disposés, à ce stade, à débloquer les comptes iraniens gelés, comme l’avaient convenu les Américains avec l’Iran.
D’après plusieurs sources, les accords conclus en Suisse, sous l’égide du Qatar, prévoyaient le déblocage de 12 milliards de dollars de comptes qataris et de 3 milliards de dollars émiratis.
Les Américains se sont vantés que cet argent serait utilisé à des fins civiles et pour acheter des denrées alimentaires aux États-Unis.
Mais les Émirats arabes unis sont clairs : l’Iran doit payer pour les dommages causés pendant la guerre, estimés à plusieurs milliards de dollars. Il s’agit d’abord des dommages directs, notamment les attaques contre les infrastructures civiles, les hôtels, les aéroports, les ports, etc.
Ensuite, il y a les dommages indirects causés par l’arrêt du commerce maritime, et surtout par la perturbation des exportations de pétrole des Émirats arabes unis. Les ports de Dubaï et d’Abou Dhabi sont d’importants centres commerciaux qui acheminent des marchandises de l’Est vers la région et l’Europe.
La deuxième condition des Émirats arabes unis, selon des sources diplomatiques, est l’inclusion d’une clause dans l’accord en cours de négociation avec l’Iran. Cette clause exigerait que l’Iran n’attaque pas ses voisins et n’entrave pas le passage des navires dans le détroit d’Ormuz. Conformément à cette exigence, la clause serait ratifiée par le Conseil de sécurité de l’ONU et assortie de sanctions en cas de violation. Cette exigence est identique à celle formulée par l’Iran à l’égard des États-Unis.
Rubio tentera de rassurer
La visite de Rubio dans les pays du Golfe vise à les informer de l’accord, à les rassurer et à leur promettre l’engagement des États-Unis envers leur sécurité. Cependant, Rubio, qui s’oppose au mémorandum d’entente avec l’Iran en raison de ses implications stratégiques, aura du mal à fournir les explications et les garanties attendues par les États du Golfe les plus durement touchés par les tirs iraniens, notamment les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Koweït.
Les États-Unis ont des intérêts manifestes dans ces pays, notamment d’importantes bases militaires, et ces derniers sont de gros acheteurs d’armements américains. Bahreïn et les Émirats arabes unis sont partenaires des accords d’Abraham, qui revêtent une importance capitale pour le président, et le Koweït a été évoqué comme un pays susceptible de les rejoindre. Ces trois pays investissent des sommes considérables dans des entreprises américaines, et leur position pèse lourd. Face à eux se trouve le Qatar, grand gagnant du dégel des relations entre l’Iran et les États-Unis, tandis que l’Arabie saoudite hésite et doit choisir entre rejoindre l’axe sunnite radical composé du Qatar, de la Turquie et du Pakistan, ou l’axe modéré des pays ayant conclu des accords avec Israël.
Dans le même temps, Rubio mène une lutte d’influence en coulisses contre le vice-président Vance au sujet du Liban. Les pourparlers directs entre Israël et le Liban se tiennent au Département d’État à Washington, sous son égide et avec la participation de hauts fonctionnaires de son cabinet. Parallèlement, Vance a conclu un accord avec l’Iran sur la création d’un organe regroupant l’Iran, le Pakistan et le Qatar, chargé de « surveiller » le cessez-le-feu au Liban. En réalité, cet organe vise à faire échouer les pourparlers directs entre les deux pays, pourparlers pourtant encouragés par Rubio.
Le vice-président a tenté d’expliquer que cet organe n’avait aucun pouvoir décisionnel et que son objectif était de contenir le Hezbollah iranien. Mais à Beyrouth, ces explications ne sont pas convaincantes. Le président Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam et le ministre des Affaires étrangères Youssef Raggi affirment publiquement et lors de points presse qu’ils ne permettront pas à l’Iran d’influencer les négociations.
Selon des sources diplomatiques, le président Donald Trump devra intervenir, et dans ce contexte, il penche pour la position de Rubio, puisqu’un accord entre Israël et le Liban semble à portée de main, même s’il n’existe pas de solution pratique au principal obstacle : le désarmement du Hezbollah.
JForum.fr avec ILH
Marco Rubio, Donald Trump et JD Vance, de droite à gauche. Photo Reuters
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