Au cours de la dernière campagne électorale israélienne, la réparation des relations américano-israéliennes a été le problème mis en avant par beaucoup, comme étant une priorité du gouvernement entrant. Cependant, cette affirmation, telle qu’elle est formulée, est suffisamment trompeuse pour mériter d’être appréciée plus en détail.

La plateforme électorale de l’Union Sioniste, par exemple, a commencé par prétendre que le parti “sauverait Israël de son isolement international, restaurerait nos relations avec les Etats-Unis et l’Europe, et unirait le monde libre dans notre guerre contre l’agression terroriste[1]”.

Ce programme mentionne trois sujets différents et chacun d’entre eux mérite un chapitre à part entière. Par conséquent, il serait mieux de laisser de côté, pour le moment, les thèmes des relations européennes et de la guerre contre la terreur, et de se concentrer sur le principal problème : la réparation des relations qu’entretient Israël avec les Etats-Unis.

Peu de temps avant d’être réélu, le Premier Ministre Binyamin Netanyahu a été invité, pour la troisième fois, à s’exprimer devant le Congrès américain. Même si tous les membres du Congrès n’ont pas assisté à son discours, la vaste majorité d’entre eux était présente, et elle lui a accordé 22 ovations debout[2]. Voilà qui ne relève guère d’une “relation à réparer”. En revanche, cela n’enlève rien à la manière dont cette invitation à s’exprimer devant le Congrès a été envoyée à Netanyahu, et au fait qu’elle contenait un élément pouvant être considéré comme offensant pour Obama. 

Le véritable problème ne repose pas sur la relation entre Israël et les Etats-Unis, mais elle concerne plutôt sa relation avec le Président Barack Obama. Dans le but de déterminer si elle peut s’améliorer, on doit analyser le comportement et la ligne politique d’Obama.

Avant la réélection d’Obama en novembre 2012, Obama préservait encore un certain équilibre dans sa relation avec Israël.  Son Administration s’est montrée être un soutien plus fervent envers Israël, après une période intiale sans le moindre enthousiasme. Un tel appui s’est exprimé par la fourniture d’équipement militaire à Israël, la coopération dans la lutte contre la cyberguerre, et par une collaboration stratégique dans de nombreux domaines. A cette époque, les principaux dirigeants d’Israël saluaient cette alliance. L’un des points les plus négatifs d’Obama, cependant, réside dans la façon dont il s’est évertué à blanchir et dissimuler la réalité de l’Islam radical[3]

Obama s’est rendu en visite officielle d’Etat, en Israël, en mars 2013. Après sa visite, 39% des Israéliens interrogés disaient que leur opinion à son propos avait changé en mieux, et seulement 2% affirmaient qu’elle n’avait fait qu’empirer[4]

Une évaluation actuelle de la position d’Obama, au regard du public israélien, démontre qu’elle est perçue de façon encore plus négative. A la mi-décembre 2014, un sondage de Panels Research a demandé aux sondés qui devait être accusé de la détérioration des relations entre les Etats-Unis et Israël : 39% ont répondu Obama, 29% l’ont imputée à Netanyahu et 25% les ont renvoyés dos-à–dos. Une enquête d’opinion du Times of Israel, à la fin février, affirmait que 72% d’Israéliens n’avaient aucune confiance en la capacité d’Obama d’empêcher l’Iran d’obtenir une bombe nucléaire, plus que les 64% de janvier. Seulement 33% des interrogés percevaient favorablement Obama, alors que 59% ont un avis défavorable le concernant. 

 En bref, ceux qui ont rédigé les discours d’Obama, au moment de sa visite, ont réalisé un travail d’orfèvres, en lui apportant la rhétorique appropriée, qu’Obama est parvenu à employer avec succès. Aujourd’hui, cela dit, les illusions concernant Obama se sont évanouis et la majorité des Israéliens n’a aucune confiance en ce Président américain[5]

Au-delà de ces sentiments populaires, il existe des faits supplémentaires qui surviennent en pleine lumière. Au cours des quelques dernières années, l’énorme criminalité en provenance de certaines parties du monde musulman n’a fait qu’augmenter, en atteignant son paroxysme lors la création du fameux « Etat Islamique » ou Daesh. Obama a prétendu, de façon complètement absurde, que Daesh n’est pas « islamique », parce « qu’aucune religion n’approuve le meurtre d’innocents[6]« . 

La malhonnêteté de l’homme politique est un phénomène courant. En ce qui concerne les présidents américains, il suffit de repenser à Nixon et au Watergate, ou à G.W Bush et à ses affirmations de l’existence d’armes irakiennes de destruction massive comme raison de partir en guerre. Dans les deux cas, le citoyen Lambda n’avait pas accès à la réalité des faits. Mais ce n’est pas du tout le cas, en ce qui concerne les propos d’Obama, au sujet de Daesh. Tout individu raisonnablement informé sait que le mouvement extrémiste et meurtrier appelé Etat Islamique est l’un parmi plusieurs courants de l’Islam et qu’il peut prétendre à un nombre conséquent d’adeptes et de sympathisants. S’il n’en allait pas ainsi, les Etats-Unis n’auraient sûrement pas, jugé nécessaire de partir en guerre contre Daesh. 

Une autre remarque trompeuse d’Obama, récemment, concernait les meurtres terroristes en plein coeur de Paris, commis par des Musulmans. Obama a déclaré : « Il est tout-à-fait légitime, pour le peuple américain, de se sentir profondément préoccupé, lorsqu’on a affaire à un tas de fanatiques violents et cruels, qui décapitent les gens et tirent au hasard sur un tas de gens, dans une épicerie à Paris ». Le meurtrier qui a tué quatre Juifs au supermarché HyperCacher à Paris, quoi qu’il en soit, n’a pas tiré « au hasard », comme le prétend Obama, mais, plus exactement, a sciemment choisi l’HyperCacher comme lieu-cible de son attaque, uniquement parce que c’était une boutique Cacher, fréquentée par des clients juifs[7]

 La vision délibérement déformée du Président américain est tellement évidente, depuis son discours devant l’Assemblée Générale de l’ONU en 2013. Obama déclarait alors que : « Dans un délai proche, les efforts diplomatiques de l’Amérique se focaliseront sur deux problèmes particuliers : la quête de l’arme nucléaire par l’Iran et le conflit israélo-arabe[8]« . Il y avait alors de très nombreux autres problèmes importants, hormis celui-ci, au Moyen-Orient, qui méritaient l’attention de l’Amérique, comme les dizaines de milliers de personnes assassinées à travers toute la Syrie et l’Irak, un fait qui était déjà tout-à-fait démontré, à ce moment-là, et qui l’est d’autant plus, actuellement. 

Son discours de Pâques 2015 est un autre exemple récent des manipulations continuelles d’Obama, lorsqu’il a déclaré : « Pour Pâques, je réfléchis, effectivement, au fait qu’en tant que Chrétien, je suis censé aimer. Et je dois dire que, parfois, lorsque j’entends des expressions bien moins qu’aimables, de la part de Chrétiens, je me sens concerné. Mais c’est un sujet que j’évoquerai un autre jour[9]« . 

Nombreux sont ceux qui se souviendront qu’Obama et sa femme Michelle ont été mariés par le Révérend Jeremiah Wright, Pasteur chrétien de Chicago. Obama et sa famille ont été membres de la communauté de Wright durant vingt ans. En 2008, ce pasteur chrétien incitateur de haine a déclaré, entre autres, que les Afro-Américains ne devraient pas chanter “God Bless America”,  [Dieu bénit l’Amérique], mais plutôt « Dieu maudit l’Amérique » et ceci, alors que les Obama étaient encore des fidèles assistant aux offices de l’église de Wright[10]« . 

Obama and Wright

Il est devenu de plus en plus évident que l’écart entre les prétentions d’Obama et la vérité est total, dans la politique qu’il mène et qu’il n’a fait que se creuser d’autant plus. Tous ceux qui parlent de la réparation des relations qu’Israël entretient vis-à vis des Etats-Unis -et qui, de facto, signifie à l’égard d’Obama – devraient expliquer de quelle manière ils voudraient atteindre un tel but, autrement que par des mesures d’apaisement et de concessions envers les Palestiniens, ce qui provoquerait des dommages substantiels à Israël, et qu’il faudrait encore payer chèrement à l’avenir[11]  . 

 Par Manfred Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

[1] Gil Hoffman, “Israel politics: Platforms for the politically perplexed,” The Jerusalem Post, 28 February 2015.

[2] Philip Bump, “Benjamin Netanyahu vs. President Obama on the most important measure of all: Standing ovations,” The Washington Post, 3 March 2015.

[3] Manfred Gerstenfeld, “Weakness Invites Provocations,” Ynet, 11 February 2012.

[4] Yifa Yaakov, “39% of Israelis think better of Obama after his visit, just 2% think worse,” The Times of Israel, 23 March 2013.

[5] Manfred Gerstenfeld, “What the Election Polls Told Us,” Israel National News, 5 April 2015.

[6] “Statement by the President on ISIL,” The White House, 10 September 2014.

[7] Jonathan Karl, “White House Says Shooting at Kosher Market in Paris Was ‘Random,’” ABC News, 10 February 2015.

[8] “Remarks by President Obama in Address to the United Nations General Assembly,” The White House, 24 September 2013.

[9] “Remarks by the President and the Vice President at Easter Prayer Breakfast,” The White House, 7 April 2015.

[10] Brian Ross and Rehab El-Buri, “Obama’s Pastor: God Damn America, U.S. to Blame for 9/11,” ABC News, 13 March 2008.

[11] Jeffrey Goldberg, “Netanyahu’s Opponent: ‘I trust the Obama Administration to Get a Good Deal,” The Atlantic, 16 March 2015.

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