La tragédie du Struma, « un tombeau vivant » pour près de 800 réfugiés juifs

Cette tragédie « frappe au cœur de notre civilisation ». À l’annonce du torpillage du Struma, le scientifique Albert Einstein, exilé aux États-Unis, n’a pas de mots assez durs pour exprimer sa peine et sa solidarité à l’égard des victimes. La femme du président américain Eleanor Roosevelt parle elle aussi « d’une cruauté sans nom ».

Quelques jours auparavant, le 24 février 1942, 768 personnes dont 103 enfants, ont perdu la vie lors de la disparition de ce navire en mer Noire. Les passagers, dont un seul a survécu, étaient des juifs tentant de quitter la Roumanie. À l’époque, le pays est dirigé par le maréchal Ion Antonescu, allié d’Adolf Hitler. À l’image du IIIe Reich, le dictateur ne cache pas sa volonté d’éliminer « le problème juif ».

« La situation des juifs roumains à la fin de l’année 1941 était désastreuse et désespérée. Des dizaines de milliers d’entre eux ont été exécutés par des troupes roumaines et allemandes à Iasi en Bessarabie et en Bucovine pendant l’été 1941. D’autres ont été internés sur place dans des camps de transit et des ghettos. Près de  000 juifs en provenance de ces deux provinces ont aussi été déportés par les autorités roumaines pendant l’automne en Transnistrie », explique à France 24 l’historien roumain Radu Ioanid. « Tous les juifs roumains étaient soumis à des lois raciales discriminatoires et les hommes aux travaux forcés », ajoute l’auteur de « La Roumanie et la Shoah » (éditions Maison des Sciences de l’Homme).

« Nous pouvions à peine bouger »

Face à cette situation de plus en plus critique, les juifs roumains essayent de trouver des moyens de quitter le pays. Dans ce contexte, Alya, une organisation sioniste de Bucarest affrète le paquebot Struma pour transporter des réfugiés qui envisagent de demander à Istanbul des visas pour la Palestine. Le 12 décembre 1941, le navire appareille du port de Constanta sur la mer Noire. « Le Struma était un tombeau vivant », résume Radu Ioanid. « Il avait été affrété dans des conditions qui montrent que les armateurs et les autorités roumaines ne se souciaient pas de la vie des passagers ».

Alors que la coque est des plus vétustes, que le chauffage et le système électrique sont en panne et que les installations sanitaires sont quasi inexistantes, les passagers, qui ont payé jusqu’à l’équivalent de 1 000 dollars chacun pour monter à bord, s’entassent dans des conditions plus que précaires. « Nous pouvions à peine bouger parce qu’il y avait trop de gens », a décrit lors d’un entretien au United States Holocaust Memorial Museum David Stoliar, le seul rescapé de la tragédie qui avait 19 ans à l’époque. « Les conditions étaient telles que nous restions dans la soute autant que possible, sans bouger. Il n’y avait aucun moyen de se nettoyer, on pouvait à peine boire de l’eau, sans parler de se laver ou autre chose « .

Des soldats roumains se tiennent près d’un monument en hommage aux 768 victimes du torpillage dans le cimetière juif de Bucarest, lors d’une cérémonie le 24 février 2012. Daniel Mihailescu, AFP

« Rien n’a été fait pour arrêter la Shoah »

Vingt-quatre heures après le naufrage, il est finalement secouru et emmené dans un village de pêcheurs turcs. Après six semaines d’emprisonnement, David Stoliar réussira finalement à atteindre la Palestine pour des raisons humanitaires et à rejoindre la brigade juive de l’armée britannique en 1943, servant en Égypte et au Libye. Il se battra ensuite au sein de l’armée israélienne lors du conflit israélo-arabe en 1948, avant de d’installer aux États-Unis et d’y mourir en 2014. Pendant des années, il conservera le silence sur cette tragédie : « J’ai senti que personne ne s’en souciait. Je gardé ces souvenirs dans ma tête comme si cela était arrivé hier ».

Après la chute de l’Union soviétique, la Russie présenta finalement ses excuses à Israël pour cette « tragique erreur », affirmant que le sous-marin avait pris le Struma pour un navire allemand. En janvier 2005, le premier ministre israélien revint aussi sur ce drame en déclarant devant le parlement de son pays : « Les dirigeants du Mandat britannique ont fait preuve d’obstination et d’insensibilité en fermant les portes d’Israël aux réfugiés juifs qui cherchaient refuge en terre d’Israël. Ainsi ont été rejetées les demandes des 769 passagers du navire « Struma » qui avaient fui l’Europe – et tous sauf un ont trouvé la mort en mer. Pendant toute la guerre, rien n’a été fait pour arrêter la Shoah ».

Quatre-vingt ans après, des responsables roumains ont commémoré pour la première fois officiellement cette tragédie, comme le rapporte le Times of Israël. Le contre-amiral roumain Mihai Panait, commandant supérieur de la marine du pays a participé, mercredi 23 février, à une cérémonie dans le port de Constanta, près du quai d’où le Struma avait pris la mer, faisant face au passé de son pays. « Nous commémorons aujourd’hui non seulement un événement tragique, mais nous ramenons aussi l’attention sur les souffrances causées par la répression des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale », a-t-il déclaré avant de déposer une gerbe de fleurs dans l’eau en mémoire des victimes.

JForum  France 24

2 Commentaires

  1. Israël, les juifs ne peuvent compter que sur eux….!!!
    L histoire se répète….
    Aujourd’hui:
    Israël aide tous les pays qui le demandent mais quand Israël est touché par les attaques récurrentes des islamistes/palestiniens il n a pas le droit de se défendre…!
    L onule a 1 orgasme à chaque fois qu il émet 1 condamnation contre le seul pays légitime juif : le seul grand pays démocratique de tout le moyen orient….
    Les jaloux maladifs haineux ont beau savoir que le peuple juif est éternel ils espèrent toujours…
    Ne pas oublier l histoire!!!!

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.