Chaos au Congrès américain : « Pour Poutine, c’est du pain bénit »
Kevin McCarthy, le chef de la Chambre des représentants, a été destitué le 3 octobre par 216 de ses pairs, dont huit membres de son parti qui lui reprochaient d’avoir conclu un accord sur le budget avec les démocrates. Françoise Coste, spécialiste des Etats-Unis, décrypte les enjeux d’une situation inédite.
C’est une éviction sans précédent dans l’histoire des États-Unis. Le républicain Kevin McCarthy est devenu mardi 3 octobre le premier président de la Chambre des représentants à être destitué. Pour comprendre un tel dénouement, il faut remonter au 30 septembre dernier. Ce jour-là, après trois longues semaines de débat consacrées au texte budgétaire, les élus du Congrès parviennent à trouver un accord, évitant de peu le très redouté « shutdown » [NDLR : le blocage institutionnel qui conduit au gel du financement de l’ensemble des services publics]. Pour se prémunir d’un blocage, Kevin McCarthy se voit alors contraint de négocier avec les députés de l’opposition la prolongation du budget de 45 jours. De quoi susciter l’ire d’une partie de son camp qui défend une réduction drastique des dépenses, au premier rang desquelles celles consacrées au financement de l’aide à l’Ukraine promise par Joe Biden.
L’élu trumpiste Matt Gaetz dépose une motion de censure pour destituer Kevin McCarthy. Sept de ses collègues républicains et 206 députés démocrates votent pour, provoquant ainsi la chute du « speaker » et plongeant par la même occasion les États-Unis dans une crise institutionnelle.
Que traduit une telle situation ?
Quelles répercussions pourrait-elle avoir sur le paysage politique à un an de l’élection présidentielle ?
Qui succédera à Kevin McCarthy ?
Historienne et spécialiste de la politique intérieure américaine, et plus spécifiquement des Républicains (Reagan, 2015, Ed. Perrin), Françoise Coste estime que ce coup de tonnerre est du « pain bénit pour Poutine ».
Françoise Coste : Pour le Parti républicain, c’est la poursuite du déclin, le parti a basculé dans une spirale nihiliste. Il n’arrive plus à gouverner, ni à se mettre d’accord. C’est la première fois qu’un groupe majoritaire écarte son propre président. Cela signifie que la discipline de parti s’est complètement effondrée, ce qui est grave pour les Républicains à un an de l’élection suprême. Si le parti devait remporter la présidentielle, avec quel Congrès le président républicain élu gouvernerait-il ?
Le plus inquiétant est que les clivages portent davantage sur les querelles de personnes que sur les idées : cela prouve qu’un vide idéologique prédomine au sein du parti. Un vide idéologique qui pourrait lui faire perdre en crédibilité, notamment dans sa capacité à diriger le pays. Reste à voir à quel point la situation peut déstabiliser les États-Unis. En réalité, cela dépend de la capacité à trouver une solution pour remplacer McCarthy. Vont-ils élire un nouveau speaker ? Aucun scénario n’est à exclure. Des Républicains plus ou moins modérés peuvent-ils basculer du côté démocrate ? Sachant que les deux groupes parlementaires sont quasiment de taille identique…
L’éviction de Kevin McCarthy rebat-elle les cartes de la présidentielle ?
L’emprise de Trump sur le parti est si forte, et son avance pour les primaires tellement grande, qu’il est quasiment inenvisageable qu’il ne gagne pas les primaires. Et, ce, même s’il a des ennuis judiciaires. Ses adversaires ne parviennent pas à exister politiquement.
C’est ce qui est fascinant. Durant deux premières années de la présidence Biden, les Démocrates avaient la majorité à la chambre avec seulement quatre voix, exactement comme celle des Républicains aujourd’hui. Les Démocrates sont parvenus à faire passer de nombreuses lois ambitieuses et coûteuses. Sur le Covid, les vaccins, la transition verte, le plan de relance, les infrastructures… Tout cela s’est fait grâce Nancy Pelosi qui était une bonne « speaker » à la tête d’un groupe parlementaire bien organisé. C’est l’exact inverse des Républicains. Ils n’ont aucune discipline de parti, et aucun souci de cohérence et de continuité de l’État. Le Parti républicain est aujourd’hui un parti sans tête, puisqu’il n’arrive pas à diriger la chambre, et un parti somnambule, dans la mesure où il va aveuglément s’offrir à nouveau à Trump.
Cependant, contrairement aux Démocrates, les Républicains semblent d’accord sur le choix de leur candidat, Donald Trump…
Aucun candidat aux primaires républicaines ne s’alarme de la situation au sein du parti. Personne ne parle de ce qui se passe au Congrès. C’est à la fois une bizarrerie et un déni complet. Car si un Républicain arrive à la Maison Blanche, il devra fonctionner avec le Congrès.
Quels sont les prétendants à la succession de McCarthy ?
Il y a plusieurs candidats. Deux se sont lancés officiellement lancés dans la course : le député de l’Ohio, Jim Jordan, et celui de la Louisiane, Steve Scalise. Concernant le leader des frondeurs Matt Gaetz, il est tellement détesté au sein du groupe parlementaire qu’il n’aura jamais la majorité. Certains disent que les Républicains vont finir par regretter McCarthy. Mais, il lui avait tout de même fallu 15 tours de scrutin. En réalité, le seul point commun de toutes ces personnes, c’est Trump. Et, hormis Trump, il n y a à ce jour aucune personnalité sur laquelle les Républicains peuvent se mettre d’accord. Voila pourquoi, dans la presse américaine, certains appellent à voter pour un speaker démocrate. Mais, l’élection d’un président issu d’un groupe parlementaire minoritaire (les Démocrates), serait du jamais vu.
Je pense que la Maison-Blanche et le Pentagone sont conscients de l’enjeu, et savent que l’on ne peut pas laisser tomber l’Ukraine. Ils vont donc faire un maximum de lobbying pour poursuivre l’aide à l’Ukraine. Reste à savoir avec qui ils vont négocier.
Que se passerait-il en cas de shutdown ?
Si un shutdown est décrété, l’aide à l’Ukraine ne sera pas renouvelée dans 45 jours, ce qui serait grave pour l’image internationale des États-Unis, qui se sont engagés aux yeux du reste du monde et envers l’Ukraine. Surtout, ce serait du pain bénit pour Poutine. Le cirque autour du shutdown évité dimanche et la crise du speaker est lié à une minorité radicale du parti qui est « supertrumpienne » et pro-Poutine. Le dirigeant russe est certainement ravi. La Maison-Blanche et le Pentagone sont conscients de l’enjeu, et savent qu’il est inenvisageable de laisser tomber l’Ukraine. Ils vont donc faire un maximum de lobbying pour poursuivre l’aide à l’Ukraine. Reste à savoir avec qui ils vont négocier.
Quelle stratégie Biden adopte-t-il face à cette menace de paralysie pour se positionner comme gardien des institutions ?
Il est tributaire de ce qu’il se passe chez les Républicains. L’autre difficulté est que contrairement à la France, ou à l’Italie, le président ne peut pas dissoudre la Chambre des députés en cas de crise ou de blocage institutionnel. La dissolution n’existe pas dans la Constitution américaine. Raison pour laquelle on arrive à cette situation de blocage qui donne le vertige.
Jeu de pouvoir au Capitole : Kevin McCarthy derrière l’expulsion de Nancy Pelosi et Steny Hoyer.

La récente expulsion de l’ancienne présidente Nancy Pelosi et du représentant Steny H. Hoyer de leurs bureaux non officiels près de la Chambre des représentants a provoqué un émoi dans le paysage politique des États-Unis. Apparemment orchestrées par le républicain Kevin McCarthy, ces expulsions soulignent un changement important dans la dynamique de la Chambre des représentants et pourraient potentiellement avoir un impact sur les futures négociations entre ces personnalités politiques clés.
Dans les coulisses de l’expulsion
L’ancienne présidente Nancy Pelosi et le représentant Steny H. Hoyer ont été expulsés de leurs bureaux non officiels par le comité d’administration de la Chambre, contrôlé par les républicains. L’ordre a été donné de quitter les lieux avant la fermeture des bureaux mercredi. Selon des sources anonymes, Kevin McCarthy envisage de reprendre le bureau de Pelosi la semaine prochaine. Ces refuges sont de petites suites idéalement situées dans le Capitole, offrant un accès facile à l’étage de la maison et à d’autres zones importantes.
Pelosi a déclaré mardi qu’elle avait été évincée par le représentant Patrick T. McHenry, républicain de Caroline du Nord, et le président intérimaire. McHenry est considéré comme un proche allié de McCarthy. Cependant, selon une source proche du dossier, la décision d’expulser Pelosi a en réalité été prise par McCarthy.
Représailles politiques ou question de logistique ?
L’expulsion de Pelosi et Hoyer a été interprétée par certains comme une forme de représailles de la part de McCarthy et de ses alliés républicains. Cette conviction vient notamment du fait que les démocrates n’ont pas soutenu McCarthy lorsqu’il a été confronté au défi du représentant Matt Gaetz. Cependant, le représentant Garret Graves, un républicain de Louisiane, a déclaré que cette décision n’était pas une mesure de représailles mais plutôt une question de logistique. Il a expliqué que le poste dans lequel se trouvait Pelosi était traditionnellement attribué au président précédent et que, puisque Pelosi et d’autres démocrates avaient choisi un nouveau président, il était tout à fait logique que McCarthy entre dans ce bureau.
Malgré cette explication, Pelosi a dénoncé l’expulsion comme une rupture avec la tradition et a exprimé sa déception face à la décision. Elle a souligné qu’au cours de son mandat de présidente, elle avait accordé à l’ancien président Dennis Hastert un plus grand nombre de postes aussi longtemps qu’il le souhaitait.
Les conséquences de l’expulsion
L’expulsion de Pelosi et Hoyer de leurs bureaux non officiels situés à proximité de l’étage de la Chambre a provoqué un grand émoi dans le paysage politique. Certains l’ont interprété comme une mesure mesquine et une forme de représailles, tandis que d’autres l’ont défendu comme une démarche logique fondée sur la tradition. Quelle que soit l’interprétation, cet événement souligne un changement important dans la dynamique de la Chambre des représentants et pourrait potentiellement avoir un impact sur les futures négociations et interactions entre personnalités politiques clés.
Alors que la poussière est encore retombée après cet événement, il reste à voir quel impact cela aura sur la dynamique politique au sein de la Chambre des représentants. Une chose est sûre : le jeu de pouvoir au sein du Capitole continue d’évoluer, chaque mouvement et contre-mouvement ayant des implications potentielles pour l’avenir de la politique américaine.
JForum.fr BNN & L’EXPRESS
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Ca fait plaisir !
Dommage que la vieille carne PELOSI ait été expulsée de son bureau, sans avoir été longuement torturée au préalable !