Ce rapport du Congrès qui s’inquiète d’une possible défaite militaire américaine en cas de guerre entre la Chine et les Etats-Unis

Selon un récent rapport pour le Congrès américain, la suprématie militaire des États-Unis « est érodée à un niveau dangereux », ce qui pourrait aboutir à une défaite « dans une guerre contre la Chine ou la Russie ».

Atlantico: Au regard de ce rapport, de la situation économique et stratégique actuelle, dans quelle mesure cette conclusion est-elle avérée ? 

Michel Goya: Depuis la guerre de Corée, les Etats-Unis ressentent toujours le besoin de justifier l’existence de forces armées permanentes puissantes (l’armée de terre est normalement interdite par la Constitution au delà de trois ans d’existence) en se référant à un adversaire majeur potentiel. Ce « compétiteur comparable » justifie alors les efforts considérables en matière de défense et en particulier les grands programmes industriels qui en découlent.

Dans les faits, les Etats-Unis n’ont jamais affronté directement ces rivaux du moment que ceux-ci pouvaient frapper avec des armes nucléaires le territoire américain. Dans ces conditions, parler de guerre avec la Russie et la Chine ne veut pas dire grand chose. Une guerre majeure serait apocalyptique. On peut concevoir des confrontations, comprenant l’emploi non-violent des forces armées (démonstrations de forces, dissuasions, saisie par surprise de point, etc). A l’extrême limite, il peut y a voir des affrontements armés limités dans l’espace et le temps, autour de Taïwan par exemple, mais le risque d’escalade vers l’emploi du nucléaire serait déjà très risqué et de cela, comme pendant la guerre froide personne ne veut s’y risquer. Les risques de guerre entre ces puissances est très faible. On ne voit d’ailleurs pas très bien pourquoi ils le feraient.

Rappelons enfin qu’alors que les Etats-Unis ne cessent d’évoquer un grand rival menaçant, l’URSS, le Japon d’une certaine façon, la Russie ou la Chine, leur soldats ont combattu principalement en Corée (et notamment contre l’armée chinoise avant qu’elle ne dispose d’armes nucléaires), au Vietnam, au Cambodge, en Irak ou en Afghanistan, face à d’autres adversaires qu’ils n’avaient jamais évoqués et contre lesquels ils ont éprouvés de grandes difficultés.

A quoi est due cette érosion de la puissance militaire américaine ? 

Il faut d’abord rappeler que cette érosion est très relative, le budget de la défense américain représentant encore le double des budgets chinois et russe cumulés. La supériorité américaine est encore écrasante dans les espaces dits « fluides », la mer, l’air, le cyberespace. Elle y est simplement de plus en plus contestés par d’autres puissances qui, comme la Russie, reconstituent leur force militaire et leur industrie ou la développent très vite, comme la Chine. On peut noter aussi une difficulté du côté américain à développer des grands programmes industriels efficients. Cela était arrivé dans les années 1960-1970 avant de voir arriver une nouvelle génération d’équipements majeurs dans les années 1980. Le problème est qu’après une série d’échecs, l’US Army et dans une moindre mesure l’US Air force sont encore largement équipés de cette génération. Dans un certain nombre de domaines, la missilerie en particulier, Russes et Chinois sont devenus compétitifs., même si ce sont les vieilles kalashnikov et leurs copies ou dérivés qui continuent à poser indirectement le principal problème.

Quelle pourrait être la conséquence géopolitique d’une telle inversion dans le rapport de force militaire ?

Encore une fois, il ne s’agit pas d’une inversion mais d’une modification. Les Etats-Unis ont simplement moins de marges de manœuvre que dans les vingt ans qui ont suivi la fin de l’URSS. Le Conseil de sécurité des Nations-Unis retrouve les blocages de la guerre froide. Sur le terrain, soit par présence directe, comme le corps expéditionnaire russe en Syrie, ou par diffusion d’équipements militaire de toutes sortes, ils peuvent entraver les engagements militaires américains, occidentaux en général. Quand des troupes russes sont quelque part, il n’est pas question de les affronter et les troupes qui seront affrontés, des Etats alliés de la Russie ou de la Chine ou encore, bien plus probablement des groupes armés, risquent d’être bien mieux équipées qu’elles ne l’étaient il y a dix ou quinze ans.

Peut-on voir un lien, selon vous, entre ce rapport et les récentes déclarations américaines sur le financement de l’Otan ? Sur la volonté des européens d’assurer militairement leur propre défense ?

C’est un très vieux débat. Rappelons d’abord qu’il y a un budget spécifique à l’OTAN financé au prorata de la richesse des Etats membres, équitable par définition, et il y a les budgets de défense de ces mêmes Etats, ce n’est pas la même chose. Quand il y avait une menace commune, le Pacte de Varsovie, et que la majorité des efforts de défense était consacrée à y faire face, cela pouvait avoir un sens de jauger les budgets des uns et des autres. Cela était relativement vrai dans les années 1980. Depuis que ce n’est plus le cas, cela n’a guère de sens. On ne voit pas bien, par exemple, en quoi les mille milliards de dollars dépensés pour financer la guerre américaine en Irak ont pu servir à la défense des états membres de l’OTAN. Tous les Etats membres de l’OTAN se sont empressé de diminuer leur effort de défense après la fin de l’URSS jusqu’à menacer même la cohérence de leurs outils de défense. Les Etats-Unis ont relevé considérablement le leur après le 11 septembre 2001. Cette divergence a permis aux Etats-Unis de se rendre indispensable et d’accroître la dépendance militaire d’un certain nombre d’Etats européens. Il était absolument nécessaire de réinvestir dans la défense, c’est le cas en France depuis 2015, mais plus cet effort est important et plus il permet d’agir aussi de manière indépendante, en particulier des Etats-Unis. Donald Trump demandent que les Européens dépensent plus mais à condition d’acheter des équipements américains et de rester étroitement liés dans le cadre de l’OTAN. Pour lui, les Américains font ce qu’ils veulent, les Européens aussi à condition que ce soit comme les Américains.

Atlantico

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