Mustafa II, le « dernier empereur » du Hezb?
Le journal saoudien Asharq Al-Awsat révèle que le fils d’Imad Moughniyeh a été choisi pour remplacer son oncle, Mustafa Badr Al-Din (dont il avait déjà reçu le nom à la naissance), qui a été éliminé la semaine dernière.
Le Hezbollah aurait déjà désigné Mustafa Mughniyeh, l’un des fils du terroriste Imad Mughniyeh, pour commander sa branche militaire à la place de Mustafa Badr Al-Din, éliminé la semaine dernière, selon le journal Asharq al Awsat basé à Londres, ce mardi.
Mustafa Mughniyeh est le fils de la soeur de Badr Al-Din, mariée à Imad Mughniyeh, lui-même éliminé en 2008, en plein quartier de l’ambassade iranienne à Damas.
Asharq Al-Awsat est l’un des journaux les plus diffusés dans le monde arabe, mais il s’agit d’une publication saoudienne appartenant à l’axe sunnite anti-Hezbollah. Les médias libanais doivent encore rapportés s’ils disposent d’information substantielle sur la succession de Badr Al Din, quoique ce choix semble le plus logique, en dépit de la rumeur des rues de Beyrouth qui avait fait de lui un espion du Mossad.

Imad Mughniyeh
L’analyste des renseignements Ronen Solomon mène, depuis longtemps, des recherches sur l’appareil des renseignements et de la sécurité du Hezbollah et il a suivi les actions du fils aîné de Mughniyeh, qui est très rarement cité ou apparu dans les médias auparavant. Et il devrait en être de même, y compris dans le cas de nomination à ce poste de chef militaire.
« Les années 1980 sont des années où Mughniyeh passait du temps au camp des forces Al Qods, près de Téhéran », affirme Solomon.

L’entraînement de Jihad Mughniyeh (éliminé le 18 janvier 2015, sur le Golan, en compagnie d’un général iranien et de 6 autres membres du Hezbollah) et qui apparaissait fréquemment à découvert.
« A cette époque, il était poursuivi par les services de renseignements étrangers, après qu’on ait découvert son implication comme cerveau d’attentats terroristes meurtriers contre des cibles américaines et israéliennes, qui ont causé la mort de centaines de personnes. En 1982, Mughniyeh a créé une compagnie de gardiens de la sécurité au Liban et s’est marié avec sa cousine Saadi Badr Al Din –, la soeur de Mustafa Badr al Din, nommé commandant militaire du Hezbollah. Sa première fille Fatima est née en 1984 », raconte Solomon.
Au cours de ces années, Mughniyeh a tenté d’assurer la libération de son beau-frère Mustafa Badr al Din, arrêté à la suite de l’attentat contre l’Ambassade américaine au Koweit, en 1983 et condamné à mort.
« En janvier 1987, alors que Mustafa était encore en prison au Koweit, est né le fils aîné d’Imad Mughniyeh. Il l’a appelé Mustafa, comme le frère de sa femme – il est évident qu’il ne s’agit pas d’une coïncidence », selon Solomon.
« Au cours de la même année, les parents de Mughniyeh se sont rendus en visite à Téhéran, et ont été pris en photos avec l’ensemble de la famille, apparemment, pour célébrer la naissance de Mustafa, né cette année-là. Mustafa n’apparait pas sur ces photos et, jusqu’à aujourd’hui, il n’existe pas une seule photographie de lui », ajoute t-il.

La famille Mughniyeh photographiée en 1987 à Téhéran.
Un an plus tard, Badr al Din a réussi à s’échapper de prison, au Koweit et à parvenir jusqu’à l’ambassade iranienne, en tirant parti du chaos provoqué par l’invasion du Koweit par Saddam Hussein.
Selon l’enquête de Solomon, alors que Mughniyeh (le père) était chargé des activités militaires et opérationnelles (terroristes) du Hezbollah, Mustafa (le fils) était entraîné en Iran. « En 2005, à l’âge de 18 ans, il a atteint l’âge où on termine son entraînement de base au Hezbollah et où on est affecté selon sa spécialité dans un domaine particulier. A la même période, Mustafa a commencé à rejoindre son père sur des missions opérationnelles d’où il a tiré un enseignement en situation réelle sur le terrain.
« Durant ce temps, la relation entre la mère de Mustafa Moughniyeh, Saadi et son frère, Mustafa Badr al Din est restée constante à tout moment. On a en des preuves dans les découvertes de l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, l’ancien Premier Ministre du Liban, qui comprend une documentation étoffée de milliers de conversations entre eux deux. L’histoire de leur relation a cessé de jouer un rôle de premier plan, par précaution, après l’élimination d’Imad Mughniyeh.
Après la mort du père Mughniyeh, un processus intéressant a commencé à se mettre en place. Alors que Jihah Mughniyeh, le plus jeune fils, est apparu plus souvent en public, le fils aîné a continué de rester un mystère complet, rarement mentionné dans les médias.

Jihad Mughniyeh lors d’un évènement célébrant son père, Imad.
Quelques mois après la liquidation d’Imad Mughniyeh, on a rapporté que Mustafa a eu un fils à Beyrouth, qu’il a appelé Imad, comme son grand-père décédé.
Quatre ans plus tard, au cours d’une émission de la chaîne de télévision satellitaire Al-Manar, en l’honneur de la date anniversaire de la mort de Moughniyeh, le fils de Mustafa a été interviewé, vêtu d’un uniforme militaire. Imad junior était accompagné des parents du grand-père Imad, mais on n’a vu son père Mustafa nulle part.
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Ibrahim Al-Amin, le rédacteur en chef du journal du Hezbollah, a déclaré en janvier, que le reste de la famille s’attendait à ce que ce soit Mustafa, le fils aîné, qui annonce publiquement la mort de son père Imad. Cependant, Mustafa a répondu qu’il n’était pas l’homme qu’il faut pour cette charge et elle est retombée sur Jihad, qui, jusque-là, était pris bien moins au sérieux que Mustafa.
« Personne ne s’attendait à ce qu’il apparaisse publiquement, comme l’homme de la maison (il avait 18 ans à l’époque) » écrit Al-Amin, dans son article. Son apparition peut indiquer la valeur potentielle que le reste de la famille percevait en Jihad, qui a, peu de temps après, été recruté au sein des unités opérationnelles du Hezbollah.
« A la différence de son père et de Mustafa, tout le monde connaissait Jihad Mughniyeh. Il lui ont offert des postes en lien avec la sécurité, postes qui s’inscrivent dans les gènes de la famille Mughniyeh », précise Solomon.

Jihad Mughniyeh avec l’Ayatollah Ali Khamenei.
Pendant ce temps, Mustafa est devenu le fils protégé et le confident du successeur de son père, Mustafa Badr al Din. Mustafa Mughniyeh est mentionné comme ayant détenu un rôle dans la coordination des mouvements des chefs du Hezbollah au Liban, en Syrie et en Iran et il s’est vu confié leur sécurité personnelle. En outre, on dit que c’est lui qui a fourni les véhicules blindés de son oncle Badr al Din et de son personnel de sécurité.
« Mustafa Mughniyeh, le fils, est impliqué dans des opérations de l’appareil de sécurité de Badr Al Din », selon Solomon. « Comme l’histoire le démontre, quiconque escalade les échelons en participant aux opérations secrètes du Hezbollah, détient d’abord des positions relatives à la sécurité personnelle de divers membres majeurs de l’organisation. On peut présumer qu’on a maintenu le mystère autour de l’identité de Mustafa, à la différence de son frère, pour s’assurer qu’à l’avenir, il sera intégré à des missions secrètes, telles que celles commises par l’unité 910 (l’unité du Hezbollah pour les missions outre-mer) conduites par son oncle Mustafa Badr al Din.
En août 2011, le nom de Mustafa a surgi, en relation avec une mystérieuse explosion qui s’est déroulée dans le quartier Sud de Beyrouth, connu pour être la place forte du Hezbollah. Au début, on a mentionné que cette explosion était destinée à éliminer Samir Kuntar –membre du Front de Libération de la Palestine et chef de la légion druze du Hezbollah, condamné pour le massacre de la famille Haran, dans une attaque terroriste en 1979, puis éliminé le 19 décembre 2015, quelques mois avant Mustafa Badr Al-Din.
Un peu plus tard, on a pensé que c’était, en réalité, Mustafa Mughniyeh qui était la véritable cible de cette explosion. Le bâtiment déchiqueté était, en fait, utilisé par Mughniyeh en tant que bureau. L’explosion a eu pour conséquence la mort du garde du corps de Mustafa Mughniyeh et d’un autre individu.
Au cours de cette période, le Hezbollah a commencé à penser qu’un agent secret s’était infiltré au sein de son appareil sécuritaire et que le nom de Mustafa Mughniyeh avait fait l’objet d’une fuite, parmi d’autres membres importants du Hezbollah. Il est possible que cet agent opérant au sein de l’organisation comme un poisson dans l’eau ait pu être le responsable de haut-rang Mohammad Shorba, découvert comme relais du Mossad et de la CIA, au cours de cette période. Néanmoins, la femme mystérieuse qu’il a épousée, au cours de ses périodes à l’étranger et en Europe a totalement disparu des écrans-radar de l’organisation…
A la différence des liens étroits qui unissaient Mustafa Mughniyeh et son oncle Badr Al Din, le père, Imad Moughnieh entretenait une relation fragile avec son beau-frère, essentiellement pour des raisons circulant autour de la première femme d’Imad, Saadi, la soeur de Badr al Din. Selon les rumeurs, Saadi a très mal vécu le second mariage d’Imad avec une femme iranienne appelée Wafa.
Alors qu’on voit ou parle rarement de Mustafa dans les médias –on a mentionné son nom pour avoir été soigné à l’hôpital appartenant au Hezbollah à Beyrouth, pour une maladie du sang-, on le considère encore comme la prochaine étoile montante, parmi les membres de la famille Mughniyeh.
NDLR : Il semble surtout, à l’heure qu’il est, le dernier atout-maître de la famille Mughniyeh-Badr Al-Din et, peut-être, le dernier espoir de dissuasion d’une organisation terroriste décimée, dont les têtes militaires roulent tour à tour…
Liad Osmo, Roi Kais
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T’inquiète pas ton avenir est déjà tracé. Comme les autres membres de ta famille.