Mystère autour de la mort de l’équipage d’un sous-marin nucléaire chinois
D’après un rapport du renseignement britannique, un sous-marin nucléaire chinois a connu en août une défaillance de son système de ventilation en mer Jaune ayant entraîné la mort des 55 membres d’équipage, dont 22 officiers. Pékin, qui a bâti ces dernières décennies l’une des plus puissantes marines au monde, a démenti.
Que s’est-il passé le 21 août dernier pour l’équipage d’un sous-marin nucléaire chinois de classe Shang ? S’appuyant sur un rapport des services secrets britanniques, le Daily Mail a révélé mardi 3 octobre que 55 marins étaient morts asphyxiés après une défaillance du système de ventilation de leur submersible, confirmant une rumeur qui enflait depuis plusieurs semaines.
« L’incident a eu lieu à 8 h 12 heure locale provoquant la mort de 55 membres d’équipage : 22 officiers, 7 cadets, 9 officiers mariniers et 17 marins. Le commandant du sous-marin, le colonel Xue Yong-Peng, fait partie des victimes », précise le rapport évoquant une panne du système d’oxygène.
Les faits se sont déroulés en mer Jaune, au large des côtes de la province chinoise du Shandong, à proximité de Shanghai, selon les renseignements britanniques, cités par le tabloïd anglais.
Déjà évoqué par les services secrets américains, cet accident présumé avait été rapporté pour la première fois sur le compte X, anciennement Twitter de « Lude Media », animé par un youtubeur chinois installé aux États-Unis, alimentant les spéculations au sein de la communauté des experts des questions de défense.

De son côté, la Chine a démenti ces informations. À l’heure actuelle, il n’existe aucune confirmation indépendante sur les faits et leur déroulement.
« Il ne semble pas qu’il ait été vu depuis, même si par définition, un sous-marin se doit de rester discret », affirme l’ancien officier de la Marine nationale François Narolles soulignant la difficulté d’identifier de manière certaine ce type de bâtiment.
Selon le rapport britannique, il s’agit d’un sous-marin de type 093-417 mesurant 110 mètres de long avec une largeur de 11 mètres, pouvant embarquer 22 torpilles ainsi que des missiles de croisière antinavires.
Pris à son propre piège
Selon le scénario établi par le renseignement britannique, le sous-marin aurait subi une défaillance critique après s’être retrouvé bloqué par « une chaîne et une barrière d’ancrage » utilisées par la marine chinoise pour piéger les vaisseaux ennemis.
« Le plus souvent, c’est un filet de cercles en acier, tiré verticalement par des bouées et en bas par des ancres et des poids. Les mailles peuvent faire de 20 à 1m, selon que l’on souhaite arrêter des nageurs de combat, des torpilles ou des sous-marins », détaille François Narolles.
Plusieurs hypothèses pourraient expliquer la collision : un défaut de propulsion du sous-marin, une dérive de l’obstacle ou encore une erreur humaine, ajoute l’expert.
Autre interrogation soulevée par cet accident rarissime : pourquoi le système de ventilation a-t-il cessé de fonctionner ? Selon le rapport des renseignements britanniques, le sous-marin n’est resté coincé que six heures. Une bagatelle pour un engin conçu pour naviguer sous l’eau pendant plusieurs mois. Le choc a t-il été si violent qu’il a entraîné une dépressurisation du sous-marin ? Les efforts pour dégager le bâtiment du piège ont-ils épuisé ses batteries ?
« On peut imaginer que les systèmes de secours sur batteries aient été défaillants. Alors, l’air devient trop chargé en CO2, notamment, et c’est la fin. Mais, il existe beaucoup d’autres scénarios possibles », explique François Narolles.
Un coup dur pour Pékin
Cet incident constituerait un sérieux revers pour Pékin, car le sous-marin concerné par cet accident présumé est l’un des fleurons de la marine chinoise. Mis en service en 2006, il s’agit de l’un des six sous-marins de type 093 -connu dans l’Otan sous le nom de classe Shang- dont disposent l’armée de la République populaire de Chine.

« Plus on a de bâtiments, plus on multiplie la probabilité d’un accident. La marine chinoise, et notamment ses sous-marins, est en pleine croissance et augmente ses capacités et ses compétences », pointe François Narolles soulignant que toutes les marines du monde ne sont pas à l’abri d’une tragique erreur humaine.
En juin 2017, sept marins d’un destroyer américain ont été tués dans une collision avec un porte-conteneur philippin. L’année suivante, la Norvège a perdu une frégate à 300 millions d’euros en raison d’erreurs humaines et d’un possible défaut de conception. En 2019, un incendie dans un sous-marin de recherche russe avait fait 14 morts.
En Chine, ce n’est pas la première fois que la marine est confrontée à un accident mortel à bord d’un sous-marin. En 2003, 70 marins chinois avaient péri en raison d’une « défaillance mécanique ». À l’époque, Pékin avait communiqué de manière succincte sur l’événement. Pas sûr que les autorités chinoises se montrent aujourd’hui disposées à lever un coin du voile sur une affaire qui pourrait bien rester un mystère.
JFortum.fr
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