« Je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer » : dans les coulisses de la dernière de Didier Deschamps à la tête des Bleus

Après la défaite contre l’Angleterre (6-4), Didier Deschamps a fait ses adieux émouvants à l’équipe de France et reçu de nombreuses marques d’affection. Quatorze ans de règne s’achèvent pour celui qui a remis l’équipe de France au sommet mondial.

Pendant plusieurs minutes, Didier Deschamps est resté là, sur cette pelouse du Hard Rock Stadium de Miami, comme pour retenir un peu le temps. Pour profiter de ces derniers instants la peau de sélectionneur de l’équipe de France avant de refermer ce chapitre de quatorze ans riche en émotions. Malgré la déception liée au scénario d’une petite finale de Coupe du monde délirante perdue contre l’Angleterre (4-6) et qui a été proche de tourner au fiasco, un sourire discret était là, sur son visage. Celui-ci racontait sans doute autant la douleur de la fin de son aventure à la tête de la sélection nationale que la fierté du chemin parcouru.

Didier Deschamps a marqué son époque, les esprits et la manière avec laquelle les joueurs anglais sont venus le féliciter après le coup de sifflet final disaient tout de la reconnaissance du football mondial à son égard. Harry Kane, Reece James ou encore Thomas Tuchel ont tous eu un geste d’affection, une étreinte pour le Basque, un mot glissé à l’oreille pour lui rendre un ultime hommage. Ses mille pas effectués sur la pelouse du stade ressemblaient pratiquement à un tour d’honneur.

Le président Philippe Diallo était là aussi pour lui faire part de sa reconnaissance. Deschamps est ensuite allé en direction de ses joueurs : il y a eu cette main posée sur la nuque de N’Golo Kanté, remarquable dans l’attitude durant cette compétition malgré zéro minute de jeu au compteur, cette accolade avec Kylian Mbappé et ces nombreuses poignées mains franches et sincères à destination de Désiré Doué, Michael Olise ou encore Manu Koné.

Il était temps, pour lui, de remercier ses hommes, d’être reconnaissant vis-à-vis de ce groupe qui l’a soutenu et lui a apporté beaucoup dans cette aventure américaine, comme s’il voulait leur transmettre une dernière fois ce lien tissé au fil de centaines de rassemblements. Des moments teintés d’émotion qui se sont ensuite prolongés dans l’intimité du vestiaire où sa voix aura résonné une dernière fois…

« C’était difficile, il était ému, c’était sa dernière, confie Jules Koundé. C’étaient surtout des mots de remerciement pour les années qu’on a passées ensemble, mais aussi pour tout ce qu’on a donné dans cette compétition, même si on n’a pas tout bien fait. Sur la vie de groupe, c’était très positif. On a donné du plaisir, je pense, à de nombreux Français pendant le tournoi, et c’est important. »

« On retiendra la classe qu’il a eue, ses victoires »
Didier Deschamps aurait aimé quitter son poste en laissant son pays sur le toit du monde. Mais son héritage ne se mesure pas seulement à un trophée manqué. Il se lit dans une décennie de constance, de résultats et de victoires qui ont profondément marqué l’histoire de l’équipe de France.

Après la défaite face à l’Angleterre, les Bleus lui ont rendu hommage, comme une reconnaissance collective envers un entraîneur qui aura ramené la sélection au premier plan. « Le peuple français gardera une très bonne image de lui. Il a réussi à remettre l’équipe de France au plus haut niveau », souligne Malo Gusto. Une phrase qui illustre la mission accomplie par « DD » depuis son arrivée en 2012. À une époque où la sélection sortait d’une période de turbulences, il a reconstruit une équipe capable de rivaliser avec les meilleures nations du monde.

« Plus qu’une image, je retiens un parcours, insiste Jules Koundé. L’équipe de France, au moment où il l’a prise en main, traversait vraiment une période difficile. Il y avait un désamour, et au fil des années, il a réussi, sur les plans sportif et médiatique, à relever cette équipe de France. »

Aurélien Tchouaméni, lui, mesure l’empreinte laissée par le sélectionneur, qui l’a installé comme l’un de ses vice-capitaines au cours des dernières années : « Le coach laissera une trace indélébile. C’est un gagnant. On retiendra la classe qu’il a eue, ses victoires. Il aura forcément une place importante dans l’histoire du football français en tant qu’entraîneur. » Avec une victoire historique lors de la Coupe du monde 2018, une nouvelle finale mondiale en 2022, une finale à l’Euro 2016 et cette élimination frustrante face à l’Espagne en demi-finale de la Coupe du monde 2026, qu’il espérait tant remporter, Deschamps a affiché une régularité exceptionnelle dans les grands rendez-vous.

« J’aime avoir le dernier mot »
Il quitte les Bleus en ayant remis au goût du jour la culture de la gagne. Alors, en compétiteur qu’il est, c’est forcément avec une part d’amertume et quelques regrets qu’il s’apprête à passer le flambeau à Zinedine Zidane. En conférence de presse, le Basque n’a pas caché son émotion, la voix parfois tremblante, étranglée par l’émotion, au moment de quitter ce qu’il décrit lui-même comme « la plus belle chose qui lui soit arrivée dans sa vie professionnelle ».

Il n’est pas entré dans les détails mais il a quand même admis sur cette dernière journée si particulière : « Pour une fois, je me suis dit : c’est la dernière fois que tu fais ça, que tu es là. Ce n’est pas un moment en particulier. J’ai reçu deux ou trois messages et ceux-là, je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer. Ne me demandez pas qui et pourquoi. » Sa pudeur le rattrape, il finit sa phrase la gorge sèche, presque inaudible. Il lâche un dernier bilan en guise d’épitaphe. « J’ai contribué à rendre fiers les Français. J’ai fait tout ce qui était possible pour que l’équipe de France soit en haut. J’ai l’impression d’avoir tout donné. »

Sa conférence de presse s’achève. Une dernière intervention surgit. Au nom du syndicat des journalistes de sport et en sa qualité de président, le reporter de L’Équipe Vincent Duluc, le remercie, se faisant le porte-parole des envoyés spéciaux à la Coupe du monde. La salle l’applaudit chaleureusement. « J’aime avoir le dernier mot, reprend le Basque, qui retrouve le sourire. Le plus important, c’est le respect. On l’a ou on ne l’a pas. Je vous souhaite le meilleur et comme le meilleur est à venir… » Une devise qui pourrait s’appliquer à lui-même.

Équipe de France : Zinédine Zidane, une icône mondiale bientôt sélectionneur national.

Le Ballon d’or 1998, star planétaire, se prépare à prendre la tête des Bleus en remplacement de Didier Deschamps, ouvrant une nouvelle ère passionnante et excitante.

En 2026, les Bleus auront quand même gagné une étoile. Pas celle de champion du monde pour la troisième fois de leur histoire, après 1998 et 2018. Celle qu’incarne Zinédine Zidane, qui doit débarquer bientôt comme sélectionneur national de l’équipe de France. Didier Deschamps a terminé ce samedi 18 juillet son mandat de quatorze ans par cette petite finale pour la troisième place de la Coupe du monde contre l’Angleterre.

La vacance de pouvoir ne devrait pas durer trop longtemps et une autre légende — dont la nomination officielle est attendue dans les prochains jours — s’apprête à succéder à l’entraîneur basque.

Zinédine Zidane, en pleine constitution de son staff, débutera sa mission le 25 septembre en Turquie par une rencontre de Ligue des nations — ces matchs amicaux revisités avec une Coupe à la fin. Pour le voir étrenner son costume de sélectionneur en France, il faudra attendre le 2 octobre, au Stade de France, contre l’Italie.

Les trois plus grandes stars de l’équipe de France aujourd’hui à la retraite ont été ou seront patron des Bleus. Didier Deschamps, DD, c’est donc fini et Zinédine devient le deuxième Ballon d’or après Michel Platini à entraîner la sélection nationale.

Époque oblige, ZZ est le plus connu de tous, une icône mondiale et absolue, un fournisseur de rêves qui a enchanté tous les fans de foot, du Brésil à l’Argentine en passant par les Pays-Bas, l’Allemagne, la Russie, et bien sûr la France.

Un homme qui donne envie d’aimer la France
C’est notre Zizou, une aura internationale incontestable, un homme qui donne envie d’aimer la France. Sa mission consiste désormais à faire aimer les Bleus. Il ne part pas de rien, Deschamps laissant un héritage formidable et une vitrine pleine, avec une Coupe du monde et une Ligue des nations, et deux titres honorifiques de vice-champions d’Europe (2016) et vice-champions du monde (2022).

Vidéo14 ans de Didier Deschamps: quel bilan ?

L’ancien numéro dix des Bleus, double buteur en finale du Mondial 1998 contre le Brésil (3-0), peut ainsi s’appuyer sur un socle solide. Dans ce monde entier qu’il a enchanté, il y a aussi et surtout l’Espagne, sa matrice d’entraîneur et l’une de ses inspirations de coach, même s’il possède un côté italien également, avec cinq années passées comme meneur de jeu de la Juventus Turin (1996-2001) avec Deschamps comme partenaire.

Il a remporté en qualité d’entraîneur du Real Madrid trois Ligues des champions d’affilée entre 2016 et 2018, un exploit inégalé depuis, même si le PSG de Luis Enrique s’en rapproche avec les succès de 2025 et 2026. Alors que la Roja domine le monde du football, et un peu plus si affinités ce dimanche soir, ses armes madrilènes lui serviront forcément à établir un style pour les Bleus.

L’Euro 2028, première grande compétition

Mais ZZ, qui respecte DD sans entretenir des liens amicaux avec lui, partage avec son ancien capitaine de 1998 le même slogan : un bon entraîneur est d’abord un entraîneur qui gagne.

Dans cette optique et au-delà de la sympathique Ligue des nations, il sera d’abord jugé sur les éliminatoires de l’Euro 2028 mais surtout sur la compétition organisée dans deux ans en Grande-Bretagne. Même légendaire, même bénéficiant d’un culte et d’un état de grâce, il ne disposera pas d’un crédit illimité comme tout technicien.

Mais le temps des résultats sonnants et trébuchants n’a pas encore retenti. Dans l’immédiat, sa signature comme sélectionneur doit apporter un nouveau souffle aux Bleus, après l’immense déception de la demi-finale ratée lors de ce Mondial.

Un nouveau style, de nouveaux mots, une nouvelle histoire s’écrivent, imprimeront et raconteront un autre morceau des Bleus, ni dans la continuité de Laurent Blanc ou de Didier Deschamps, les deux premiers héritiers de 1998 choisis pour incarner les Bleus, ni complètement dans la rupture.

C’est une nouvelle ère, celle passionnante et excitante du plus grand joueur de l’histoire du football français — avant ou après Michel Platini selon les générations — dont le monde entier attend la transmission de savoir auprès du capitaine Kylian Mbappé, de ses partenaires et des prochains appelés. La plus grande star de l’histoire du sport français s’apprête à occuper le poste le plus exposé du sport français. C’est dingue et c’est beau et on n’en peut plus d’attendre le verdict.

Le Parisien

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