Menahem Begin: la Révolte pour la paix 1/2 (F. Eytan)

1
344

File:(BOTTOM) MENAHEM BEGIN IN POLISH ARMY UNIFORM OF GEN. ANDERS FORCES WITH WIFE ALIZA AND DAVID YUTAN. (TOP) MOSHE STEIN AND ISRAEL EPSTEIN.

Menahem Begin: la Révolte pour la paix 1/2 (F. Eytan)

Il y a 27 ans, le 9 mars 1992, Menahem Begin, Premier ministre, n’était plus de ce monde. Celui qui a signé le premier Traité de paix avec un pays arabe disparaissait définitivement de l’échiquier politique.

Ce jour-là, des dizaines de milliers de personnes lui rendaient un vibrant et ultime hommage. En versant des larmes, ils l’accompagnaient à sa dernière demeure, au mont des Oliviers. On assistait aux funérailles d’un « simple citoyen israélien », selon son dernier souhait.

Aujourd’hui encore, le nom de Menahem Begin est ancré dans tous les esprits. A Droite, au Centre, comme à Gauche, on rappelle toujours son charisme, ses discours fleuve, sa vision pour un Israël fort mais généreux, et son héritage.

Voici le portrait de l’homme d’Etat israélien qui changea la donne géopolitique au Moyen-Orient et fonda de grandes espérances.

Paris, hiver 1948. Un petit homme aux allures de professeur se dirige vers l’hôtel Royal Monceau.

Il pénètre dans la grande salle où se réunissent des membres de la Résistance juive. Tous se lèvent pour saluer avec déférence le nouveau venu. Celui-ci incline la tête et invite l’assistance à se rasseoir.

On peut s’étonner de l’autorité qui se dégage de lui, car rien dans son apparence ne révèle le meneur d’hommes. De temps à autre, il rajuste des lunettes rondes aux épais verres de myope, qui lui glissent sur le nez. Une grosse moustache noire rend encore plus proéminente sa lèvre supérieure et accentue la pâleur de son teint.

L’homme se lève de son siège, et le silence plane sur la salle. Dés qu’il prend la parole, d’une voix chaude bien timbrée aux accents chantants, il impressionne ses auditeurs qui réalisent maintenant toute l’importance de cet homme. Son nom est Menahem Begin.

Il est né le lundi 16 août 1913 à Brest-Litovsk, en Russie. La sage- femme qui le mettra au monde était… la grand-mère d’Ariel Sharon… L’enfant mince et fragile grandira dans un cadre modeste et étudiera la Thora, comme tous les juifs de l’Est de l’époque.

A l’age de 13 ans, il prononce son premier discours en hébreu et révèle son grand talent d’orateur. Il adorait les mots, conscient que les phrases justes et bien prononcées possèdent un pouvoir extraordinaire, magique.

Son éducation a été imprégnée d’un mélange de tradition, d’histoire juive et d’un fervent nationalisme sioniste. Le jeune Begin poursuit ses études à Varsovie. En dépit de la vague antisémite, il est l’un des rares juifs à être admis au lycée laïc puis à l’université. Il étudie le Droit et le latin.

Dans ses discours, il citera avec plaisir et fierté des proverbes en langue latine. Son éducation polonaise le marquera beaucoup. Elle influera son comportement, ses manières de politesse, son respect pour autrui et sa révérence pour les femmes, un véritable gentleman.

C’est à Varsovie, berceau de l’esprit national, de la discipline militaire et l’amour de la patrie qu’il fait ses premières armes. Dés l’âge de 7 ans, il joue aux échecs. Ce talent lui fut plus tard d’une grande utilité. Il réfléchit longtemps avant de bouger un pion, un cheval ou un fou. Chaque pas était bien calculé.

Chaque coup créait une situation nouvelle. Chaque manœuvre était habile et sa tactique toujours adroite et élégante. Il réussissait à mettre son adversaire en difficulté, en position difficile, et souvent il le prenait au piège et enfin le tenait en échec.

Begin était un excellent joueur et adorait les compétitions, mais il n’a jamais été un sportif. Menu et fragile, il préférait plonger dans la lecture des livres et les dictionnaires.

A l’age de 17 ans, il est témoin avec son père, Dov Zéev, d’un incident qui le marque pour longtemps. Il voit comment des soldats polonais battre sauvagement un rabbin qui marchait tranquillement dans la rue. Au moment où ils veulent lui raser la barbe, son père intervient, prend sa canne, et frappe les agresseurs de toutes ses forces.

Dov Zéev est battu à son tour. Couvert de meurtrissures, il est jeté en prison. En sa qualité de président de la communauté juive, il est relâché quelques heures plus tard, et sans caution. Le jeune Begin a vu la scène et grince des dents.

La rage au cœur, il dit à son père : « Je suis fier de ton courage. Nous devons nous défendre par tous les moyens et je suis avec toi dans ce combat. »

Membre passif du mouvement de jeunesse socialiste, Hashomer Hatsahir, le jeune Menahem passe le jour même aux activités du Bétar. Ce mouvement nationaliste symbolise un combat inlassable, une lutte héroïque.

Bétar est aussi cette célèbre forteresse où les Juifs ont combattu comme des lions contre la domination romaine. Sans gommer leur passé, 16 siècles plus tard, toujours sans patrie et vivant encore dans la diaspora, les Juifs réalisent que la révolte contre l’occupant de la Palestine, devient une action impérative.

Begin apprend à se défendre et à sauver son honneur. Ses camarades non-juifs le respectent et il en est fier. Cette ligne de conduite, il l’appliquera avec fermeté, quelques années après, dans son comportement avec les Arabes et les Palestiniens. Il demeurera intransigeant !

Sa rencontre avec le dirigeant du Betar, Zéev Jabotinsky est déterminante pour la carrière du jeune Menahem. Jabotinsky, est l’inspirateur, le mentor, le chef spirituel, le rabbi, le leader incontesté. Jabotinsky devient une véritable idole et Begin cultive le culte aveugle de sa personnalité.

Il l’admire et le vénère de tout son cœur et de toute son âme, parfois d’une manière qui frôle l’obsession. Il suit ses pas sans conditions, imite ses gestes et ses discours et dirige avec lui le mouvement Bétar. Ils glorifient le drapeau, l’hymne et la patrie au garde-à-vous et appliquent une discipline de fer à l’instar d’une organisation paramilitaire. Une nouvelle génération de juifs combattants est née. La révolte gronde dans les cœurs.

Les activités du Bétar prennent de l’ampleur dans toute la Pologne. A l’époque, y vivent plus de 3 millions de juifs et les autorités locales ne peuvent admettre des réunions de propagande sioniste. Jabotinsky et Begin ressentent déjà des courants de nationalisme et d’antisémitisme provenant de l’Allemagne d’Hitler et ils adjurent les Juifs de Pologne de quitter ce pays avant qu’il ne soit trop tard. Jabotinsky lance un cri d’alarme : « Quittez la diaspora avant qu’elle ne vous élimine !”supplie t-il de toutes ses forces. Cependant, le peuple juif ne peut croire à l’approche du danger et son avertissement n’est, hélas, pas entendu.

En 1937, Begin est arrêté par les autorités polonaises pour avoir lancé des appels à une révolte armée en Palestine contre l’occupant britannique. Après avoir purgé six semaines dans la prison de Pawiak, il rencontre pour la première fois sa future femme : Aliza Arnold. Ils se marieront selon la tradition juive et en présence de Jabotinsky.

En 1939, Begin tente de sauver des juifs de Pologne et organise l’exode avec la complicité des autorités.

Il réussira à regrouper 1500 membres du Bétar pour les emmener illégalement en Palestine. Il échouera. Ce convoi sera arrêté à la frontière roumaine.

En septembre 1940, Zéev Jabotinsky meurt à New York à l’âge de 60 ans. Le Bétar plonge dans le deuil. Begin, le dauphin, deviendra le nouveau chef du mouvement révisionniste.

Quelques mois plus tard, Begin est arrêté à Wilno, cette fois par les Soviétiques. Il est accusé pour ses activités « en faveur de l’impérialisme britannique» (sic). Des policiers l’arrêtent au moment où il joue une partie d’échec avec l’ancien secrétaire de Jabotinsky, Israël Eldad.

« La partie est reportée. Bien que tu aies l’avantage, je te promets de revenir. Je suis curieux de savoir qui de nous deux déclarera : échec et mat», dit Begin cyniquement à son ami Eldad. Avant de partir au commissariat de police, il prend avec lui deux livres : la Bible et « la vie de Benjamin Disraeli ».

Après avoir purgé quelques semaines dans la prison de Lukhiski et subi une série humiliante d’interrogatoires, « cet homme dangereux de la société » est condamné à 8 ans de travaux forcés et sera envoyé à la prison Petchora au nord de la Russie. En juin 1941, Begin est relâché. Les Allemands tentent d’envahir le territoire russe.

A sa sortie de prison, il apprend la terrible nouvelle : ses parents, Hassia et Dov Zéev ont été tués par les nazis.

Menahem Wolfovitch Begin, décide de se battre et se mobilise dans le cadre de l’armée polonaise libre. Il fait partie du régiment du général Anders qui a pour mission de se rendre un jour… en Palestine.

13 mois après, Menahem Begin foule pour la première fois le sol d’Eretz Israël. Un nouveau combat commence dans la clandestinité pour le chef incontesté du Etsel : l’Irgoun Tsvai léumi, c’est à dire : l’Organisation militaire nationale.

En Palestine, la tête de Begin est mise à prix et il est recherché par la police britannique.
Les services de Renseignements M6 le suivent partout : en Israël, en France et aux Etats-Unis. La poursuite est acharnée et invraisemblable. Une chasse à l’homme sans relâche. Elle durera plusieurs années, même après la création de l’Etat d’Israël.

Dans le dossier confidentiel numéro 94 495, nous pouvons lire : Menahem Begin est un homme dangereux pour la Grande Bretagne ; un terroriste, un gangster et un espion pour le solde de l’Union Soviétique…

Certains leaders de la Haganah, dont Teddy Kollek, collaborent avec les Britanniques pour dénoncer les activités de Menahem Begin. La haine entre les deux composants de la clandestinité juive est si féroce que cette connivence avec les autorités britanniques contribue à créer des indicateurs de police, des mouchards qui dévoilent les endroits retirés, les cachettes et les intentions de Begin et des militants du Etsel.

Opposé farouchement à la Haganah socialiste, Begin est aussi écarté des commandes du pays par David Ben Gourion. Une lutte acharnée est désormais déclenchée entre ces deux grands leaders sionistes.

Cette rivalité impitoyable se déroule sur le devant de la scène, au moment même où le peuple juif fuit les camps de la mort d’Europe, et où en Palestine, il combat pour sa survie et son indépendance contre l’occupant britannique mais aussi contre les Arabes.

Le 1er février 1944, Begin publie un manifeste intitulé : la Révolte ! Publié clandestinement en milliers d’exemplaires, cette proclamation est affichée sur les murs de Tel-Aviv, Jérusalem et Haïfa. Elle appelle « le peuple hébreu de Sion à tirer les leçons de l’holocauste et à lancer une guerre contre l’Angleterre, jusqu’à la fin de l’occupation. Nous exigeons que la souveraineté de la terre d’Israël soit transférée immédiatement à un gouvernement hébreu provisoire ! »

L’objectif de Menahem Begin est clair et direct. Le combat contre les Anglais est engagé par tous les moyens et tous azimuts.

Un grand défi à relever contre le Lion Britannique. Les membres du Etsel lèvent la tête et sont fiers de leur chef charismatique. Ils obéissent comme un seul homme à l’appel de la révolte. Une série d’attentats déferle sur le pays et choisit pour cibles « des points vitaux de l’ennemi », des bases administratives, militaires et stratégiques. Begin et ses amis entrent dans la résistance active.

Plusieurs années plus tard, j’interroge Menahem Begin sur la comparaison que l’on fait, encore aujourd’hui, entre lui et les chefs palestiniens. « Nous ne sommes pas des terroristes ! s’exclama-t-il en colère. Ni par la structure de notre organisation, ni par nos méthodes de guerre, ni par notre mentalité, nous n’étions un groupement terroriste. La violence physique n’est pas notre but, ni notre credo. En réalité, notre but était de combattre l’oppression et l’asservissement. Nous étions déterminés à libérer notre peuple de son grand mal : la peur ! »

Begin nous rappela que l’origine historique du mot terreur, pris dans son acceptation politique, prouve qu’il ne peut pas s’appliquer à une guerre révolutionnaire de libération. Une révolution peut déclencher la terreur comme ce fut le cas en France après 1789. La terreur peut aussi être un but provisoire comme on l’a vécu en Union Soviétique. Cependant la révolution n’est pas la terreur, et la terreur n’est pas la révolution.

Dans le cadre de mes activités, j’ai eu le privilège de rencontrer, plusieurs fois, Menahem Begin et nous avons évoqué de nombreux sujets mais mes questions sur le « terrorisme » que pratiquait l’Etsel, l’irritaient à chaque fois.

Pour acheter des armes, Begin a envoyé des agents du Etsel en Europe et en particulier en France. Au printemps 1948, l’Etsel réussit à acheter un bateau rebaptisé Altalena, nom de plume de Zéev Jabotinsky.

Il doit transporter de nouveaux immigrants. Mettant à profit l’offre généreuse de la France, Menahem Begin décide de prendre également des armes en fret.

Le 9 juin 1948, dans le plus grand secret, le matériel est chargé à Port-de-bouc ; quarante-huit heures plus tard, l’Altalena lève l’ancre pour la Palestine, avec à son bord 853 immigrants. Ce jour- là, les Nations Unies imposent une trêve.

Ben Gourion interdit à Begin de décharger la cargaison sinon : « je donnerai l’ordre d’ouvrir le feu. Il n’y aura pas deux Etats et deux armées ! »

C’est une véritable déclaration de guerre, prononcée quelques semaines seulement après la proclamation de l’Etat d’Israël. Ben Gourion n’hésite pas à prouver une fois encore son autorité, même s’il faut pour cela tirer sur ses frères juifs.

Begin ne cède pas et ne croit pas que le chef du gouvernement provisoire mettrait son avertissement à exécution. Il se trompe.

L’ordre est déjà donné. Scène de cauchemar : des rescapés de la Shoah tirent les uns sur les autres au cœur de Tel-Aviv, rue Hayarkon. Plusieurs obus sont tirés sur l’Altalena. Le bateau est touché et coule. Le pire est donc arrivé.

Les passagers et l’équipage tentent de prendre la fuite en se jetant à la mer. Begin est fou de rage : accroché sur le pont, il ne quittera le navire en flammes que le tout dernier, en capitaine courageux.

Le bilan est lourd : seize Juifs tués et une trentaine de blessés. Ben Gourion a gagné cette bataille au risque d’entraîner une guerre civile. Elle n’aura pas lieu.

Le chef du gouvernement, entêté, n’a jamais manifesté aucun regret quant à cette affaire devenue tristement célèbre.

Mais ce grave incident hantera Begin jusqu’à la fin de ses jours. Il dira souvent « jamais je ne permettrai qu’un Juif tire sur un autre Juif ».

Dans son bureau, face à la fameuse photo d’un enfant juif, les bras levés en signe de reddition, effrayé par la menace d’un soldat allemand, il m’expliqua ses convictions profondes d’être au service du peuple juif et de l’Etat d’Israël.

Dans les combats pour l’indépendance, il ne voulait pas aggraver la situation et faire ainsi le jeu des Arabes acharnés à anéantir Israël, et des Anglais trop heureux de se venger. Il me rappelle que les luttes intestines ont été la cause de la destruction du second Temple de Jérusalem.

« Il ne faut pas retomber dans les mêmes erreurs, après tant de siècles de souffrances, d’exil et de dispersion. Les questions de prestige personnel », dit-il, «sont trop futiles en regard du but sacré de la Rédemption du peuple juif, qui doit prouver sa maturité et sa grandeur à tous les peuples du monde. »

Il est visible que cet homme a souffert dans sa chair et qu’il assume les misères de son peuple. A suivre

Extraits du livre de Freddy Eytan Les 18 qui ont fait Israël, paru en novembre 2007 aux éditions Alphée- Jean-Paul Bertrand.

 

Freddy Eytan, « Menahem Begin- la Révolte pour la paix », Le CAPE de Jérusalem

1 COMMENT

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.