Lockheed Martin prolonge sa coopération avec Israël

Lockheed Martin a choisi de miser sur le long terme avec Israël. Le géant américain de la défense vient de prolonger jusqu’en 2029 son accord-cadre de coopération industrielle avec l’Autorité israélienne de coopération industrielle (ICA), confirmant la place centrale de l’État hébreu dans sa stratégie mondiale. Au-delà des avions de combat F-16 et F-35 déjà livrés à Tsahal, cette alliance structure une large partie de l’écosystème technologique et industriel israélien lié à la défense.

La prolongation de l’accord UICA (Umbrella Industrial Cooperation Agreement) a été signée lors d’une cérémonie à Jérusalem, en présence du ministre de l’Économie et de l’Industrie Nir Barkat, du directeur de l’ICA Yazeed Sheick-Yousif, du directeur de l’exploitation de Lockheed Martin Frank St. John et du directeur général de Lockheed Martin Israël, Tal Galor. Cet accord donne un cadre aux obligations d’« offsets » et aux investissements locaux associés aux contrats d’armement conclus en Israël.

Depuis les premiers accords de coopération signés en 2005, Lockheed Martin affirme avoir investi plus de 4 milliards de dollars dans l’économie israélienne, via des sous-traitances industrielles, des projets de R&D et des programmes éducatifs. Le seul accord-cadre signé en 2020 a déjà généré plus de 470 millions de dollars d’investissements. Pour Israël, ces montants ne sont pas seulement des chiffres : ils se traduisent par des centaines d’emplois qualifiés, des transferts de technologies et une intégration profonde dans les chaînes de valeur de l’aéronautique et de la défense.

L’un des volets les plus visibles de cette coopération concerne l’aviation de combat. Lockheed Martin fournit à Tsahal des F-16 depuis les années 1980 et des F-35 de dernière génération, qui donnent à Israël un avantage opérationnel significatif sur l’ensemble du Moyen-Orient. Parallèlement, l’entreprise a noué un partenariat stratégique avec l’Israélien Rafael pour développer une version du système laser Iron Beam destinée notamment au marché américain, appelée à compléter des systèmes comme le Dôme de fer en interceptant roquettes, drones et obus à la vitesse de la lumière.

Lockheed Martin a également choisi de s’ancrer dans le tissu civil israélien. En 2022, la société a financé l’ouverture de jardins d’enfants dédiés aux sciences et aux technologies dans le nord du pays, afin d’éveiller dès le plus jeune âge l’intérêt des enfants pour les disciplines STEM. L’ancienne ministre de l’Éducation Yifat Shasha-Biton avait alors salué un projet en phase avec la stratégie nationale : introduire la culture scientifique au cœur de l’environnement éducatif quotidien, et pas seulement à l’école secondaire ou à l’université.

Nir Barkat a qualifié la prolongation de l’accord de « vote de confiance clair » dans l’innovation israélienne. Pour lui, cette coopération renforce la sécurité du pays, mais aussi sa croissance économique : chaque grand contrat aéronautique se traduit par des commandes pour les PME locales, par des exportations supplémentaires et par une meilleure visibilité d’Israël sur le marché mondial de la haute technologie de défense. Frank St. John insiste, lui, sur la « résilience » qu’apporte une base industrielle locale élargie, capable de soutenir les besoins d’Israël et de ses alliés sur le long terme.

Ce renforcement du partenariat s’inscrit dans un contexte de boom historique des exportations d’armement israéliennes. En 2024, Israël a battu un nouveau record avec près de 14,7–15 milliards de dollars de contrats à l’export, soit une hausse d’environ 13 % par rapport à l’année précédente. Plus de la moitié de ces ventes sont désormais destinées à l’Europe, portée par la guerre en Ukraine et la recherche de nouveaux systèmes de défense aérienne.

L’exemple le plus emblématique reste le contrat Arrow-3 conclu avec l’Allemagne, évalué à environ 3,5–3,6 milliards d’euros. Berlin commence à déployer ce bouclier antimissile israélien de très longue portée sur la base de Holzdorf, au sud de la capitale, avant une extension vers d’autres sites stratégiques. Il s’agit du plus gros contrat d’exportation de défense de l’histoire d’Israël et d’un pilier du futur bouclier anti-missiles européen.

Ce dynamisme ne va toutefois pas sans tensions diplomatiques. Certains pays occidentaux, comme le Canada ou l’Espagne, ont annoncé des restrictions ou des embargos sur les livraisons d’armes vers Israël, invoquant la guerre à Gaza et les préoccupations humanitaires, tandis que d’autres États européens accroissent leurs achats de technologies israéliennes de défense. Israël se retrouve ainsi à la fois très demandé sur le marché et très contesté sur la scène politique internationale.

Dans ce paysage complexe, l’accord prolongé entre Lockheed Martin et Israël apparaît comme un marqueur de continuité stratégique : malgré les crises régionales et les débats à l’ONU, une partie des grands acteurs de la défense mise sur la technologie israélienne et sur la stabilité de cette coopération. Reste à savoir jusqu’où cette dynamique pourra se poursuivre dans un environnement international où la sécurité, l’économie et la diplomatie sont plus que jamais étroitement imbriquées.

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