« Tous les jeunes peuvent s’inspirer de lui » : Creusois d’adoption, qui était l’historien et résistant juif Marc Bloch qui va entrer au Panthéon ?
L’historien et résistant juif Marc Bloch fera son entrée au Panthéon le 23 juin 2026, un peu plus de 82 ans après son exécution par la Gestapo en 1944. Notre émission Dimanche en Politique s’intéresse à la vie et au parcours de cet intellectuel, père de six enfants et héros de la Résistance à travers sa vocation d’historien, son action et ses liens avec la Creuse.
Quatre-vingt-deux ans après son exécution par la Gestapo, le 16 juin 1944, l’historien et résistant juif Marc Bloch fera son entrée au Panthéon le 23 juin prochain. Comme le décrivait l’historien Joël Cornette dans le journal La Croix, « Marc Bloch, c’est l’historien avec un H majuscule doublé d’un homme total, engagé jusqu’à le payer de sa vie. Le citoyen et son oeuvre témoignent de l’importance de l’action pour la défense de la liberté, et d’abord celle de penser. Un message d’actualité pour inspirer les générations. »
C’est en Creuse que se trouve la tombe de Marc Bloch, dans le village du Bourg d’Hem, où il possédait une maison depuis 1930 et où il écrivit « L’étrange défaite », une œuvre majeure de notre Histoire récente. Afin de mieux connaître son parcours, son héritage et ses liens avec la Creuse, Annaïck Demars reçoit quatre invités :
Guy Avizou, vice-président de la Société des sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse dont fut membre Marc Bloch ;
Jean-Luc Léger, professeur d’histoire au lycée Pierre Bourdan, il travaille sur un podcast sur Marc Bloch avec ses élèves ;
Antonin Michas, élève de Terminale qui travaille sur le podcast consacré à Marc Bloch;
Serge Veysseix, directeur de l’office du tourisme du pays dunois.
Extraits
Antonin Michas : « J’ai connu Marc Bloch grâce à mon professeur d’histoire, M. Léger, qui nous a présenté son histoire et dans les cours d’EMC [Enseignement Moral et Civique] qu’on a eus avec lui, on a fait des recherches sur son parcours d’historien, son parcours de résistant et son lien avec Le Bourg-d’Hem, le village où il a résidé. On prépare un podcast autour de son sujet. Je trouve que c’est une personne assez inspirante, Marc Bloch, tant par son action de résistance, que par ce qu’il a fait pour la Creuse et pour la France. Et c’est quelqu’un dont tous les jeunes peuvent s’inspirer, je pense ».
Jean-Luc Léger, sur l’engagement de Marc Bloch dans la Résistance à l’âge de 53 ans: « Effectivement, il aurait pu rester en retrait : quand on le regarde, il est un petit peu la caricature de l’intellectuel tel qu’on se l’imagine, avec les petites lunettes cerclées, etc. Eh bien voilà que cet homme qui n’avait plus l’âge de combattre va au combat, l’analyse, et poursuit son engagement dans la Résistance. Je souhaite dire aussi, si vous voulez, que n’oublions pas qu’il est juif. Il ne le revendiquait pas, mais comme il le disait, si on m’amène à dire que je suis juif, je vais le dire, parce que le statut des Juifs du 3 octobre 1940, frappe les Juifs et lui interdit de professer. Il représente un paradoxe, c’est-à-dire qu’il représente le meilleur de ce que la nation française sait faire, c’est-à-dire l’assimilation des personnes, quelles que soient leurs origines sociales, géographiques, ethniques ou religieuses. Il est amoureux de la France, fait partie d’une lignée de juifs qui ont choisi la France, juif originaire d’Alsace. Il aime cette France, il est prêt à combattre pour elle. Et cette France le trahit par le statut des Juifs. Il est là le paradoxe. Et c’est aussi pour ça, je pense, qu’il a tout à fait sa place au Panthéon, car il est aussi une façon de montrer que la France n’est pas antisémite. Le fin fond de la France, la nation française, refuse l’antisémitisme. Et elle va placer un historien juif au Panthéon. Et ça, je trouve que ça a aussi beaucoup de sens pour nous et pour nos élèves ».
» Il aime cette France, il est prêt à combattre pour elle. Et cette France le trahit par le statut des Juifs. Il est là, le paradoxe. Et c’est aussi pour ça, je pense, qu’il a tout à fait sa place au Panthéon. »
Jean-Luc Léger, professeur d’histoire au lycée Pierre Bourdan
Dans une lettre au président de la République, consultée par l’AFP et relayée par Le Monde, la famille de Marc Bloch a demandé que « l’extrême droite, dans toutes ses formes, soit exclue de toute participation à la cérémonie », une demande très cohérente pour Guy Avizou : « Quand on regarde l’histoire personnelle de Marc Bloch, ses prises de position, c’est donc un ardent républicain, même s’il ne s’est jamais engagé dans aucun parti politique. C’est un homme qui est pénétré par les valeurs de l’humanisme. La seule organisation à laquelle il ait appartenu, c’est le comité de vigilance des intellectuels antifascistes, créé dans les années 30, c’est dire. Je crois que c’est très révélateur. Et déjà, lorsque ses cendres ont été transférées au Bourg-d’Hem, sa famille avait demandé qu’aucune récupération politique, quelle qu’elle soit, de la mémoire de Marc Bloch soit faite. Donc je pense qu’effectivement, aujourd’hui, si sa famille a demandé que l’extrême droite ne soit pas associée à cette cérémonie, c’est tout à fait en accord avec les engagements de Marc Bloch. [QUESTION : Parce qu’il faut dire que Marine Le Pen et Jordan Bardella ont déjà utilisé des citations de Marc Bloch dans des discours, et c’est ce qui a posé problème ?] Tout-à-fait, en tirant ces citations de leur contexte, et donc ce sont eux qui ont fait finalement une récupération qui est totalement à contresens me semble-t-il ».
Pierre Veysseix : « Pour nous, c’est quelque chose d’important parce que c’était aussi le moment de mettre en lumière à la fois la commune du Bourg d’Hem et le petit hameau de Fougères qui, pour nous, est passé un peu en retrait parce que le Bourg d’Hem a deux grands noms en lien à la Résistance. Il y a Pierre Bourdan qui, lui, est celui qui est connu et reconnu. Et puis, il était un peu derrière Marc Bloch et donc pour nous, là, c’est la volonté vraiment affirmée, d’ailleurs, c’est pour ça que le Service culture et patrimoine a travaillé sur une grande exposition en lien avec la famille [visible du 1e juin au 30 novembre 2026], qui sera là pour rendre hommage à Marc Bloch en Creuse, en fait, et voir comment ce lieu-là a été un lieu refuge à partir de 1930 et jusqu’en 1943, en fait, pour lui et toute sa famille. Alors, pour nous, c’est un moment important de communication sur du patrimoine, du tourisme de mémoire, en fait, et l’idée, c’est aussi de profiter de la panthéonisation pour faire parler et de Marc Bloch, et du Bourg d’Hem, et de Fougères, en fait ».
JForum.fr avec france3-regions.franceinfo.fr
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