Changement de ton

L’intensité de la polémique, alimentée par des adversaires habituels mais aussi par certains alliés d’ordinaire solidaires, a-t-elle poussé LFI à revoir sa position ? Les Insoumis font l’objet des plus vives critiques (et procès en antisémitisme de la part de Borne) depuis le communiqué de leur groupe à l’Assemblée, samedi, qui ne condamnait pas clairement l’attaque du Hamas sur Israël et n’employait notamment pas le terme «terrorisme». Une position qui a poussé la frange du PS la plus Nupesophile (le chef du PS Olivier Faure ou le député Jérôme Guedj) à se désolidariser très sèchement d’eux.

Changement de ton à la marge chez Manuel Bompard, sur France 2 ce matin. Le patron de LFI assure que son degré de « condamnation » est « total », ajoutant : « Les actes qui ont été commis sont, de manière très claire en droit international, des actes qui s’apparentent à des crimes de guerre. Et moi, je condamne bien évidemment les crimes de guerre. Je parle des actes qui sont commis par le Hamas, qui consistent notamment en des prises d’otages qui sont contraires aux conventions internationales.» Rien à voir avec le communiqué de samedi, où on pouvait lire : « L’offensive armée des forces palestiniennes menée par le Hamas intervient dans un contexte d’intensification de la politique d’occupation israélienne à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem Est.» Dans un tweet également très critiqué, Jean-Luc Mélenchon écrivait : « Toute la violence déchaînée contre Israël et à Gaza ne prouve qu’une chose : la violence ne produit et ne reproduit qu’elle-même.» Les deux textes poursuivaient respectivement par des messages « déplorant les morts israéliens et palestiniens » et de « compassion » à l’égard de « toutes les populations désemparées victimes de tout cela ».

Mais, LFI met dos à dos un État démocratique, qui connaît des alternances démocratiques, et des mouvements terroristes, comme le Hamas, le Djihad islamique, ou l’OLP qui ignorent ce qu’est une élection libre depuis leur création, et qui terrorisent leur propre population.

Cet aveuglement volontaire n’a d’autre nom que l’antisémitisme, même s’il prend appuie sur d’autres organes antisémites, comme l’ONU, où des organes israéliens comme les ONG payées par l’Union européenne ou des médias antisémites comme le Haaretz.

D’un côté, il y a un état, gouverné démocratiquement, avec des institutions qui garantissent les libertés individuelles et collectives, d’un autre des entités terroristes qui ne connaissent que la violence et la barbarie comme moyen de gouvernance. Faire la confusion entre les deux systèmes, montre que l’échelle des valeurs morales et civilisationnelles est à ce point faussé, et cela, de manière intentionnelle, démontre que l’existence même d’Israël leur est insupportable, et que les propos de paix qu’ils ont à la bouche, n’ont aucune valeur. Considérer que le bien vaut le mal, que l’humanité vaut la barbarie, que l’un doit être condamné et que le second mérite considération, montre qu’il n’y a aucune capacité de discernement, ce dont est capable un simple coq qui distingue le jour de la nuit.

« Pas en accord avec la diplomatie française »

Sur France 2, Bompard reprend toutefois ensuite la seconde partie de la position Insoumise sur le conflit, qui lui vaudra immanquablement de nouvelles mises en cause : «Je condamne bien évidemment ces crimes de guerre, tout comme je condamne d’autres crimes de guerre, commis par l’État israélien à l’égard des Palestiniens depuis des années, le rapporteur de l’ONU disait, par exemple, que la politique de colonisation [d’Israël en Cisjordanie, ndlr] s’apparentait à des crimes de guerre.» À noter que le PS assume aussi de «critiquer la politique du gouvernement israélien», qui «déconstruit l’État de droit [et] poursuit l’installation de colonies illégales dans les territoires palestiniens ».

Et s’il est reproché aux mélenchonistes de ne pas qualifier de « terroristes » les attaques menées par le mouvement islamiste Hamas au pouvoir à Gaza, le député des Bouches-du-Rhône contre-attaque : « Depuis samedi, il y a eu deux communiqués du quai d’Orsay, donc de la diplomatie française. Dans aucun, ne figure le mot paix, le mot cessez-le-feu. Et, j’assume de dire ici que la position qui est celle de LFI n’est pas en accord avec [celle] de la diplomatie française, [qui est] en rupture totale avec la position traditionnelle de la France sur ce sujet, depuis le général De Gaulle en passant par Jacques Chirac. […] La position de la France ne peut pas être alignée sur celle du gouvernement israélien qui va se traduire par plus de morts et de violence.»

Parmi les premiers au PS à entrer en controverse avec LFI samedi, la sénatrice Laurence Rossignol n’a pas été convaincue par cette interview de Bompard, ironisant sur une « tentative d’oral de rattrapage pour LFI » qui aurait toutefois « trop de points de retard accumulés dans les épreuves écrites ».

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