Les syndicats anglais ligués contre Israël

Manfred Gerstenfeld interviewe Ronnie Fraser

 “Londres est l’un des centres les plus importants en Europe, en matière de délégitimation d’Israël. En plein cœur de Londres, on découvre une étroite collaboration entre les islamistes basés en Grande-Bretagne et les militants de la gauche radicale britannique, dont l’objectif commun est la diabolisation d’Israël et sa délégitimation. Le résultat de cette alliance, c’est que le mouvement international de Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) a sûrement trouvé plus de soutien en Angleterre que dans n’importe quelle autre société démocratique occidentale.

 “La Campagne de Solidarité avec la Palestine (CSP), la plus grande organisation de promotion de la cause palestinienne en Angleterre, a établi des relations avec les syndicats britanniques, tout au long des dix dernières années. Cela est devenu possible grâce à la connexion politique et historique étroite de l’extrême-gauche avec le Parti Travailliste, qui a permis aux groupes antisionistes, tels que le Parti Socialiste des Travailleurs (PST ou SWP) de devenir florissants. La structure et les procédures suivies par les syndicats se sont aussi prêtées à coller à l’agenda des politiques antisionistes de petites minorités antijuives agissantes. En travaillant étroitement avec le mouvement des syndicats britanniques, le CSP, qui n’était d’abord qu’une organisation de défense marginale, s’est trouvé en mesure d’avoir un impact de plus en plus significatif. La crédibilité qui en a résulté lui a permis de travailler avec des ONG telles que Guerre à la Misère [War on Want] et Amnesty International”.

Ronnie Fraser

Ronnie Fraser est Directeur des Amis Universitaires d’Israël – une organisation bénévole – qui fait campagne contre le boycott académique d’Israël et l’antisémitisme sur les campus. Sa thèse de doctorat s’est focalisée sur l’attitude du Mouvement Syndical Britannique (MSB ou TUC) envers Israël dans les années 1945 à 1982.

Fraser ajoute : “Les militants des syndicats antisionistes bénéficient d’un énorme pouvoir d’influence au sein du Parti Travailliste. Mon doctorat démontre qu’il est faux de supposer que, parce que le Parti Travailliste était partisan de la création d’Israël par le passé, cela s’avérait aussi vrai pour ses partenaires au sein de l’ensemble du mouvement travailliste, comme le TUC et les syndicats minoritaires. Depuis 1945, les syndicats du TUC n’a jamais pris de position partisane en faveur d’Israël ni du syndicat général israélien, la Histadrout, excepté lors d’une brève période, après la Guerre des Six Jours.

 “Le mouvement syndical britannique s’est finalement détourné d’Israël à l’époque de la première guerre du Liban, en 1982. Le Congrès du TUC a adopté, cette année-là, une résolution condamnant l’invasion du Liban et reconnaissant “les droits nationaux du peuple palestinien à l’autodétermination dans un Etat indépendant et souverain”.

 “Depuis lors, le TUC et ses syndicats-membres ont régulièrement adopté des résolutions contenant une rhétorique très antisioniste et pro-palestinienne, qui ne désapprouve que de façon très rare et limitée les activités terroristes palestiniennes. Ces résolutions ont parfois franchi la ligne rouge de l’expression antisémite. Une génération entière de militants de la gauche britannique a grandi nourrie au régime des conférences qui ne mentionnent Israël que sous les termes d’une supposée “brutalité” et de son “oppression du peuple palestinien”.

 “En 2001, le forum des ONG de la Conférence Internationale des Nations-Unies contre le Racisme, à Durban, en Afrique du Sud, a adopté un plan en huit points inspiré de la campagne contre l’Apartheid des années 1980. C’est  ce programme qui a servi de support et de fondement à la Campagne de BDS. L’année suivante, au moment de l’intervention israélienne à Jénine, les Universitaires brtianniques ont appelé au boycott académique d’Israël. Depuis cette époque, la Grande-Bretagne s’est trouvée à l’avant-garde des appels universitaires, syndicaux, médiatiques, médicaux, architecturaux et culturels de boycott d’Israël.


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 “Le TUC est l’organisation la plus importante qui soutient directement le CSP. Il représente presque six millions de travailleurs appartenant à 52 syndicats affiliés. Dix-neuf des syndicats les plus importants sont affiliés au et financés directement par le Comité de Solidarité avec les Palestiniens. On y trouve les deux plus importants syndicats : Unite et Unison, autant que le GMB, le RMT, l’Union Syndicale des Enseignants (NUT) et l’Union des Maîtres de Conférence Universitaires (UCU). Ces syndicats rassemblés représentent les employés de la plupart des secteurs d’emploi en Grande-Bretagne. Le NUT n’est qu’un des nombreux syndicats britanniques qui utilisent leur influence considérable dans le mouvement socialiste international afin de convaincre les syndicats en Europe  et à travers le monde d’adopter les positions radicales et illégales de BDS. Cependant, une poignée de syndicats de moindre importance continue de soutenir Israël, comme le Syndicat des gardiens de prison et l’USDAW, l’Union des commerçants et employés de magasins.

 “Le TUC s’est abstenu de soutenir publiquement la politique suivie par le CSP jusqu’en 2010, où il a lancé une campagne commune avec le CSP intitulée : “Achèteriez-vous des produits volés?”. La campagne a été fondée et menée sur l’accusation que les produits des implantations israéliennes, qui seraient construites sur “ des terres palestiniennes volées” (soit : « disputées ») seraient illégaux d’après la loi international. Au début de la guerre de Gaza de 2014, le TUC a publié une déclaration qui aurait pu être écrite directement par le CSP ou tout autre groupe partisan du Hamas.

 “Deux des syndicats d’enseignants sont probablement les syndicats les plus antisionistes et pro-palestiniens de toute la Grande-Bretagne actuellement. Il y a eu de nombreux exemples de la promotion faite par l’UCU du boycott universitaire d’Israël, ces dix dernières années. Le NUT fait activement la promotion de toutes les campagnes du CSP. En août 2015, cependant, il a été contraint de retirer des matériaux éducatifs ainsi qu’un film dont l’affiche correspondait à un enfant palestinien en treillis militaire doté d’un fusil d’assaut”.

Fraser résume son propos : “”Unite, Unison et tous les autres syndicats suivent aveuglément les décrets du CSP et du mouvement BDS. Ils appellant au boycott, même s’ils savent pertinemment que cela aura pour consequence une augmentation des difficultés économiques pour les Palestiniens. Ces syndicats ont dépensé des dizaines de milliers de livres sterling dans ces campagnes, et pourtant ils n’ont probablement jamais rien fait concrètement pour améliorer la vie quotidienne des Palestiniens ordinaires”.

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Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

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