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Les barbares l’ont violée et lui ont tiré une balle dans la tête

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Les combattants du Hamas l’ont violée. Le dernier lui a tiré une balle dans la tête”

Des rescapés du massacre du 7 octobre et des militants des droits humains livrent dans le “Sunday Times” le récit atroce et détaillé des sévices sexuels infligés aux femmes israéliennes par les combattants du Hamas. Notamment sur le site du festival de musique Supernova, où près de 260 personnes ont été tuées de sang-froid, parfois décapitées et souvent mutilées.

Elle avait, dit-il, un visage d’ange. Il ne se passe pas une nuit sans que Yoni Saadon, 39 ans, ne se réveille en panique, avec l’image des visages de ces jeunes femmes. D’abord, il y a celui de celle qui s’était cachée à côté de lui, sous la scène du festival Supernova, où il se trémoussait au son de la musique électronique. Le soleil était en train de se lever, ce 7 octobre, quand les terroristes du Hamas ont commencé à tirer.

“Elle s’est effondrée par terre, une balle dans la tête, j’ai tiré son corps sur moi et je me suis barbouillé de son sang pour faire croire que j’étais mort, moi aussi, relate-t-il. Jamais je n’oublierai son visage. Toutes les nuits, je me réveille avec ce visage et je lui présente mes excuses, en lui disant : ‘Je suis désolé’.”

Au bout d’une heure, il a jeté un coup d’œil autour de lui. “J’ai vu une très jolie jeune femme au visage d’ange et huit ou dix combattants qui la rouaient de coups et la violaient. Elle criait : ‘Arrêtez – je vais déjà mourir de ce que vous êtes en train de me faire, alors tuez-moi !’ Quand ils ont fini, ils se sont mis à rire et le dernier lui a tiré une balle dans la tête.”

“Je n’arrêtais pas de me dire que ça aurait pu être une de mes filles, ajoute ce père de quatre enfants. Ou ma sœur – je lui avais pris un billet mais, à la dernière minute, elle avait eu un empêchement.”

“Elle me manque terriblement”

L’horreur ne s’est pas arrêtée là. De là où il était, caché dans les buissons, il a vu deux autres combattants du Hamas. “Ils avaient attrapé une jeune femme près d’une voiture et elle se débattait, les empêchant de la déshabiller. Ils l’ont jetée par terre, un des terroristes a attrapé une pelle et l’a décapitée. Sa tête a roulé sur le sol. Cette tête, je la vois aussi”, poursuit-il.

Chef d’équipe dans une fonderie, Yoni Saadon a relaté son histoire au Sunday Times dans le cadre d’une cellule de soutien mise en place pour les rescapés du festival, à Sitria, au sud-est de Tel-Aviv. Trois fois par semaine, des survivants venus des quatre coins d’Israël y retrouvent des parents dont les enfants ont été massacrés.

Mercredi 29 novembre, ils se sont posés sur des canapés, on leur a apporté des bières et des bols de soupe de légumes bien chaude, puis ils sont sortis s’asseoir autour d’un feu pour écouter la chanteuse Rona Kenan gratter sa guitare et fredonner des ballades.

Parmi les thérapeutes bénévoles sur place se trouvait Bar Yuval-Shani, 58 ans, qui a perdu sa sœur unique, Deborah, et son beau-frère, Shlomi Matias, tous deux musiciens et militants pour la paix, tués dans le kibboutz de Holit par des terroristes qui étaient parvenus à pénétrer dans leur pièce sécurisée :

“Elle avait huit ans de moins que moi, mais [c’était] comme si on était jumelles. Elle me confiait tous ses secrets, elle me manque terriblement.”

Deborah est morte en protégeant son fils Rotem, 16 ans, qui a pris une balle dans le ventre et s’est caché neuf heures durant, pendant que les combattants n’arrêtaient pas d’aller et venir, Bar lui expliquant par téléphone comment prendre soin de sa blessure. Le témoignage de Yoni Saadon est l’un des nombreux récits de viols que Bar a entendu de la bouche de rescapés du festival, et tous, dit-elle, sont “complètement traumatisés”.

“Terrifier et humilier”

Huit semaines après l’attaque qui a fait 1 200 morts et 240 otages, les preuves de viols généralisés commis le 7 octobre s’amoncellent. La police israélienne a lancé sa plus vaste enquête à ce jour sur des violences sexuelles et des crimes contre des femmes. Shelly Harush, qui supervise l’enquête, explique :

“Il ne fait plus aucun doute aujourd’hui que les crimes sexuels faisaient partie du plan et que l’objectif était de terrifier et d’humilier.”

Les enquêteurs ont recueilli des milliers de déclarations, de photos et de vidéos qu’elle dit “insoutenables pour une mère juive”, y compris de “jeunes filles dont le bassin était fracturé à la suite de viols répétés”.

Les premiers indices sont apparus le jour même, quand le Hamas a diffusé en direct certaines des horreurs qu’il était en train de perpétrer. Certaines images montrent des jeunes femmes dépouillées de leurs vêtements. Sur une vidéo, l’une d’elles a des taches de sang sur ses sous-vêtements, à l’entrejambe.

“On n’a pas compris tout de suite”, révèle Cochav Elkayam-Lévy, spécialiste de droit international à l’université hébraïque de Jérusalem, qui chapeaute une commission civile sur les crimes contre les femmes commis par le Hamas le 7 octobre.

Le 1er décembre, sur le site du festival de musique Supernova, attaqué par le Hamas le 7 octobre.
Le 1er décembre, sur le site du festival de musique Supernova, attaqué par le Hamas le 7 octobre. JACK GUEZ / AFP

À leur arrivée à l’hôpital, les rescapées ne se voyaient pas poser de questions sur d’éventuels abus sexuels ni remettre des kits permettant de conserver des preuves. Très vite, cependant, le personnel chargé de récupérer les corps a commencé à rapporter que beaucoup de femmes étaient nues et présentaient des saignements au niveau des parties génitales.

Haïm Outmezgine, commandant d’une unité spéciale de Zaka, une organisation religieuse humanitaire qui récupère les restes des victimes, dont leur sang, de sorte qu’elles puissent être inhumées dans le respect de la tradition juive, n’a pas le moindre doute à ce sujet.

“On a récupéré un millier de corps en dix jours sur le site du festival et dans les kibboutz, indique-t-il. Personne n’en a vu plus que nous. Ils cherchaient à l’évidence à semer la terreur – tuant, brûlant vif, violant… On a l’impression que leur mission était de violer le plus possible.

Il raconte avoir découvert les dépouilles de deux jeunes filles dans un champ, toutes deux abattues d’une balle dans la tête, les jambes écartées, l’une le short arraché et présentant une blessure par balle au vagin, l’autre le jean baissé, des ecchymoses sur les jambes. Lui-même étant père de six enfants, il a du mal à en parler. “Une de mes filles a 24 ans, à peu près le même âge”, confie-t-il. Les membres de son équipe sont tous suivis par un psychologue.

Une fois récupérés, les corps ont été acheminés à la morgue principale de la base militaire de Shura pour être identifiés et préparés pour l’inhumation. Parmi les bénévoles de l’équipe exclusivement féminine chargée de préparer les corps de ces femmes se trouvait Shari, 60 ans, une architecte de Jérusalem.

Travaillant sur place jour et nuit quinze jours durant à partir du lendemain matin de l’attaque, elle décrit des scènes inimaginables : “Le bâtiment est immense, mais il y avait des sacs mortuaires littéralement partout, dans toutes les pièces, dans tous les couloirs, tous perdant des liquides. L’ouverture des sacs mortuaires était éprouvante parce qu’on ne savait pas ce qu’on allait trouver. C’étaient toutes des jeunes femmes.”

“La plupart à demi-nues ou portant des vêtements déchirés, le corps ensanglanté, surtout au niveau de l’entrejambe, certaines avaient reçu plusieurs balles dans la tête, comme si on avait voulu les mutiler. Leurs visages avaient une expression d’angoisse, et leurs doigts s’étaient souvent crispés dans la mort.”

Son équipe a dû attendre que les médecins, les dentistes et les spécialistes de l’ADN identifient les corps avant de les déposer délicatement dans des linceuls funéraires de lin blanc. “On n’est que des citoyennes lambda, pas des médecins, on ne serait jamais attendues à voir de telles horreurs”, confesse-t-elle. Le plus dur pour elles était les touches de couleur qu’elles découvraient ici ou là. “Certaines des jeunes femmes qu’on a sorties avaient de jolis ongles roses ou violets – quand on voyait ça, on s’arrêtait toutes, et beaucoup d’entre nous fondaient en larmes.”

“On n’a pas été crues”

Au fur et à mesure que les témoignages s’accumulaient, Cochav Elkayam-Lévy s’offusquait de l’absence de réaction internationale de la part d’organismes tels que l’ONU Femmes. Le huitième jour, elle a donc décidé de réunir un groupe de spécialistes du droit international et des droits des femmes, dont 160 professeurs de droit, et de rédiger des courriers aux agences des Nations unies reprenant toutes les informations en leur possession.

La première réaction, relate-t-elle, a été le silence. “Il était aberrant qu’une telle masse d’éléments se heurte à un tel silence. Une des valeurs des Nations unies, c’est de ‘croire les femmes’ – les crimes contre les femmes étant toujours niés –, mais on n’a pas été crues. Les organisations mêmes qui étaient censées nous protéger nous ont laissées tomber.”

Le groupe a alors mis sur pied une commission civile chargée de compiler des vidéos, des photos et des témoignages dans une base de données, à la fois pour constituer des archives et sensibiliser l’opinion internationale.

“Je suis féministe, ajoute-t-elle, j’enseigne les droits des femmes et je me bats pour eux. Et pourtant, après le 7 octobre, j’ai dit à mon mari de se procurer une arme à feu. Le fait que je veuille une arme et que je la mette chez moi – à rebours de tout ce à quoi je crois et ai toujours cru – témoigne bien de ce qu’ils nous ont fait.”

D’après des sources proches de Tsahal, des combattants du Hamas capturés à Gaza auraient déclaré, lors de leur interrogatoire, avoir eu pour consigne de “salir” ou de “prostituer” les femmes. Ces sources ont également montré au Sunday Times des photos et des vidéos inédites, trop insoutenables pour être publiées.

Certains ont mis ces témoignages en doute, invoquant la propagande de Tsahal et le fait qu’aucune victime ne se soit manifestée. “Les victimes mettent souvent beaucoup de temps à porter plainte, d’abord parce que c’est trop dur pour elles d’en parler, ensuite parce qu’elles ont peur d’être jugées, rappelle Dvora Bauman, directrice du Centre Bat Ami pour les victimes d’abus sexuels à l’hôpital Hadassah [à Jérusalem]. On a des tas d’autres preuves. Je travaille dans ce domaine depuis plus de vingt ans et je n’ai jamais entendu de témoignages aussi terrifiants.”

La plupart des femmes auraient été tuées ou prises en otages. Certaines rescapées du festival auraient mis fin à leurs jours, et 18 sont actuellement prises en charge dans des établissements psychiatriques.

Le Hamas nie que ses combattants violent les femmes. Un de ses chefs, Bassem Naïm, a déclaré au Washington Post que son mouvement considérait “totalement haram – c’est-à-dire interdit par l’islam – tout rapport ou activité sexuelle en dehors du mariage”. Des Palestiniennes affirment avoir subi, elles aussi, des violences sexuelles dans les prisons israéliennes, des allégations démenties par l’État hébreu.

“Ils ont détourné le regard”

Alors que la Cour pénale internationale a fait savoir qu’elle allait ouvrir une enquête sur les attaques du 7 octobre et la situation à Gaza, où quelque 15 000 personnes ont été tuées, vendredi soir [1er décembre], l’ONU Femmes a fini par publier un communiqué condamnant les attaques du 7 octobre. “Nous nous alarmons des nombreux témoignages faisant état d’atrocités sexistes et de violences sexuelles commises au cours de ces attaques”, y lit-on.

La juriste Ruth Halperin-Kaddari, qui a siégé douze années durant au comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (Cedaw), commente, grinçante : “C’est le communiqué qu’ils auraient dû publier il y a deux mois.”

“C’est ahurissant. On était là pour nos sœurs quand des choses horribles se sont produites à l’autre bout du monde, quand ils ont supprimé le droit à l’avortement aux États-Unis, quand des femmes ont été tuées en Iran, quand les Yézidies ont été enlevées… Mais, pour nous, ils ont détourné le regard et je ne me l’explique pas.”

L’ancienne directrice de l’Agence israélienne de promotion de la condition des femmes, Ayelet Razin Bet Or, en a une, de réponse. “Les Israéliennes ont été trahies, tranche-t-elle. Ce qu’elles disent, c’est que #MeToo, ça marche, sauf si vous êtes juive.”

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

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