L’encens qui était offert au Temple (vidéo)

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LE PITOUM HAKETORET LA BERAITA DE L’ENCENS (première partie)

Qu’est-ce qu’une beraïta ? Beraïta ou Baraïta est un enseignement qui n’a pas été inclus dans ceux qui composent la Mishna.

Pour ce qui concerne le sujet très important de l’encens que l’on offrait au Temple de Jérusalem, il existe un texte que selon les communautés on lit quotidiennement – trois fois par jour – et dans d’autres synagogues, tout au moins une fois par semaine.

De quoi s’agit-il exactement ? Dans la beraïta du pitoum haketoret ayant trait à la composition de l’encens et à la façon d’offrir cet encens.

Dans la mesure du possible, nous donnerons ici une illustration de chacun des aromates désignés puis cette étude abordera les notions de poids et les quantités totales.

צרי ou Tsori, en latin : commiphora gileadensis. Il s’agit d’un aromate qui pousse en abondance dans la vallée de la Mer Morte et que l’on désigne « huile d’apharsémone » (plaquemine ou kaki). Cette huile odoriférante était considérée comme un parfum de très haute qualité.

ציפורן ou Tsiporen en hébreu moderne tsiporen peut désigner tant le clou de girofle que l’œillet. La majorité des chercheurs pensent que le tsiporen de l’encens correspond effectivement au clou de girofle que nous connaissons tous de nos jours.

החלבנה ou Helbana ou Galbanum (Ferula gummosa) est une plante aromatique ressemblant à l’aneth elle pousse le long des chemins לבונה ou LEVONA (BOSWELLIA) certains pensent qu’il s’agit de l’oliban ou d’une sorte d’oliban Ces quatre aromates étaient en quantité égale (70 mesures).

En moindre quantité, (16 mesures) devaient se trouver également les aromates suivants : מור ou MOR (commiphora myrrha ou myrrhe en français).

Dans cette liste d’aromates dont certains sont assimilables à ce que nous connaissons et d’autres moins ou pas du tout, il se trouvait des aromates agréables et d’autres moins cependant, D. a imposé cette liste d’aromates qui, ensemble, donnait une odeur fort puissante et agréable, au point que l’on rapporte que les chèvres qui se trouvaient à Jéricho (44 kms environ) de Jérusalem éternuaient constamment lorsque l’encens brûlait dans le Temple.

De manière à éviter que cet article ne prenne une tournure trop technique, nous ne nous étendrons pas sur toutes ces plantes qui, après avoir été rassemblées selon les quantités voulues totalisaient 368 « mesures » ce qui correspondait à 174 kgs et 640 grs.

Virtuellement, cette quantité correspondait à l’utilisation de ces produits deux fois par jour si l’on se base sur une année solaire comptant 365 jours et on en utilisait une portion de plus pour Yom Kippour c’est-à-dire : 3 portions pour Yom kippour.

Cependant, divers commentateurs parmi lesquels je ne citerai que le « Mahzor de Vitry » , la « shita mekoubetset » , la « shita » du Maharsha , la shita du Rosh et celle du Radbaz divergent dans leurs calculs.

Etant donné qu’à propos de la Beraïta, il est écrit que tous les 70 ou 90 ans il restait de l’encens en quantité respectable les Sages cités plus haut on chacun apporté son opinion : soit on prend en considération que l’année est solaire (en conséquence 365 jours et trois portions pour Yom Kippour) soit que l’on prenne en considération que l’année est lunaire à laquelle on ajoute certaines années un mois entier pour que les fêtes soient toujours célébrées à la même époque…..

Les Cohanim réduisaient tous les ingrédients en poudre si fine qu’il était impossible d’en distinguer les composants et de cette façon les aromates étaient mélangés de manière exacte et égale.

Pour quelle raison est-il interdit de présenter ou d’ajouter du miel ou du levain aux offrandes?

Bien entendu, pour ceci aussi les raisons sont nombreuses : Rambam (Maïmonide) explique que les peuples idolâtres avaient coutume aussi d’offrir à leurs dieux du miel et des sucreries et, en conséquence, le peuple Juif n’agira pas comme eux.

Il existe une autre raison (et encore beaucoup d’autres) c’est que, si l’on réchauffe le miel il bout et déborde tout comme le levain qui déborde pour cette raison, ces deux éléments sont comparés à l’orgueil qui ne doit pas être présent dans le Temple.

Les prières ont remplacé les sacrifices quotidiens. La lecture du Pitoum Haketoret vient en quelque sorte suppléer l’encens.

En Cabala, on dit que la lecture du Pitoum HaKetoret vient purifier et notre environnement et notre propre personne ce que certaines personnes appellent « mauvaises ondes ou ondes négatives ».

Pour rendre cet encens plus “meshoubah” (de qualité supérieure) i on ajoutait du vin vieux dans lequel on pouvait faire macérer des clous de girofle, ce qui rendait le vin plus corsé. La quantité totale suffisait pour toute l’année à raison de deux fois par jour et trois pour Yom Kippour.

Les Cohanim avaient pour mission de piler tous les ingrédients mélangés et ensemble de manière à ce que le mélange soit vraiment très bien fait et qu’il soit absolument impossible de discerner un ingrédient d’un autre.

S’il était interdit d’ajouter du levain ou du miel à l’encens c’est pour rester dans le juste milieu des choses et que l’on n’ajoute ni trop d’acidité/aigreur (représentée par le levain) ni trop de douceur (représentée par le miel).

Chaque jour les Léviim chantaient un psaume particulier.
Certains lisent chaque jour le pitoum haketoret sous une forme simplifiée telle qu’elle apparaît dans les sidourim, certains ne la lisent que le shabbat.

Certains lisent la beraïta telle qu’elle est dans l’article et d’autres la font recopier par un sofer sur un parchemin et la lisent sur ce support. Il existe des livres entiers sur le thème, mais mon intention était de donner des explications aussi succinctes que possible.

L’importance de l’encens au Temple

Selon les communautés,un texte en version longue ou abrégée est récité le matin lors des “korbanoth” mais, le plus souvent, à la fin de l’office du shabbat matin. Il s’intitule PITOM HAKETORET et a trait à la “fabrication” de l’encens au temps où le Temple de Jérusalem existait.

Ce texte fait suite au verset 34 du chapitre 30 de l’Exode (parashat Ki Tissa) dans lequel D transmet à Moïse les instructions concernant l’encens qui sera brûlé comme une offrande dans le Temple et qui donnera une senteur des plus agréables : “Choisis des ingrédients : du storax , de l’ongle aromatique , du galbanum , divers ingrédients et de l’encens pur ; le tout à poids égal.”

Dans le texte original le lecteur est frappé par le fait que certains termes sont répétés, ou que l’on détaille certains aromates chacun selon son nom propre et d’autres selon une appellation globale de “drogues” ou épices, aromates de manière plus générale.

Puis, en dehors de ces 4 parfums, on en dénombre d’autres (sept plus exactement) à propos desquels sont donnés des détails : le tsri qui est un baume, le mor ou myrrhe, le tsiporen ou girofle, la ketsiâ autre sorte de parfum, le nard, le safran, la cannelle, le costus et une certaine écorce aromatique apparentée au gingembre, et de la noix muscade.

A ces aromates étaient ajoutées des plantes aromatiques telles que la saponaire. Les prêtres ajoutaient du vin dit de Chypre mais, certains commentateurs précisent qu’il ne s’agissait pas de vin de Chypre mais du vin dans lequel on a fait macérer des câpres pour qu’il devienne plus fort et beaucoup plus odorant.

On ajoutait aussi du sel de Sodome. Le Cohen devait ajouter aussi une herbe qui permettait à la fumée de s’élever tout droit sans se disperser.

Il était interdit à quiconque de reproduire le même mélange pour en profiter seul. D avait fixé les quantités nécessaires et suffisantes pour une année.

Il était interdit d’ôter des matières ou d’en mettre moins ou d’en ajouter. De même que le miel ou le levain n’étaient pas tolérés lors de la présentation des sacrifices sur l’autel, l’encens ne devait pas comprendre de miel.

L’emplacement réservé au brûlage de l’encens était dans la tente d’assignation, deux fois par jour, le matin et le soir, après les sacrifices des bêtes de manière à répandre une bonne odeur.

L’encens possédait des particularités “spirituelles” : qui sentait l’encens désirait immédiatement participer au culte divin mais, d’autre part, l’encens avait pour propriété d’éloigner les maux et les maladies et même la mort.

Les quantités que D. avait dictées à Moïse étaient pour une année entière et des personnes avaient pour tâche particulière de piler et broyer très finement tous les ingrédients afin de procéder à un parfait mélange.

De l’un des versets tirés des psaumes nous comprenons l’importance de l’encens par rapport aux sacrifices animaliers (50,10). En effet, tout ce qui est inclus dans l’univers appartient à D. et, le nombre de bêtes ainsi que la description de chaque bête est faite mais pour la plupart de ces sacrifices, ils viennent en expiation des fautes commises par le genre humain alors que l’encens, vient pour être agréable à D.

Ainsi que l’a écrit le roi Salomon, dans les Proverbes (27,9) les parfums et les aromates réjouissent le cœur c’est ainsi qu’à la fin du shabbat ou d’une fête, lors de la havdala, on hume l’odeur délicate de fleurs, de plantes odoriférantes ou des aromates.

Car, lors de ces jours où l’homme se réjouit et où il reçoit un supplément d’âme, à la séparation entre ces moments agréables et les jours ordinaires, l’homme a besoin de respirer de bonnes odeurs pour avoir la force morale d’affronter les soucis « laissés à la porte » de notre vie quotidienne dès l’entrée du shabbat, en allumant les bougies.

Nous recevons alors un surplus de sainteté et de spiritualité, dont D donne la jouissance une fois par semaine.

Jérusalem et toute la périphérie profitait des bonnes odeurs puisque l’on disait que ces parfums étaient perceptibles jusqu’à Jéricho !

L’encens ou Ketoret renferme des secrets très puissants. L’un d’eux est que l’encens est composé de 11 éléments lesquels correspondent aux 11 écorces d’impureté qui entourent le monde. Seul, le Messie, saura les briser pour libérer le monde des cercles d’impureté qui l’entourent.

Le Ari zal (Rabbi Itshak Louria) met en présence ces 11 écorces avec les 11 tentures du tabernacle et les 11 malédictions contenues dans la péricope de Ki Tavo.

Pour qu’une bonne harmonie règne dans un foyer et pour préserver les membres de la famille, il est recommandé de faire écrire ce Pitom HaKetoret par un sofer sur un parchemin, l’encadrer et le suspendre dans la maison.

A noter : cet encens devait être brûlé sur un autel particulier situé dans le Saint des Saints, donc « tout près » de D et non pas à côté de l’autel des sacrifices où la chair des sacrifices était consumée.

L’intensité des parfums était telle, qu’elle masquait à elle seule l’odeur de la viande consumée, l’odeur du nettoyage des intestins des animaux etc… et parfumait les vêtements sacerdotaux d’une odeur agréable.

Aujourd’hui, alors que pour l’heure, le Temple n’est plus en service, les prières, les textes que nous étudions, les psaumes que nous lisons viennent à la place des sacrifices mais doivent être aussi agréables à D. que l’encens qui était brûlé sur l’autel ou que les lumières alimentées par l’huile d’olives pure sur la menora.

Sans omettre le fait que l’huile d’onction qui était utilisée pour la consécration des prêtres (cohanim) était aromatisée par des plantes citées dans la parasha de Ki Tissa. Ainsi, l’eau qui par la tevila purifie un être, l’huile ou les parfums interviennent également dans ce processus.

Parmi les aromates composant l’encens, tous ne sont pas d’odeur agréable, l’un d’entre eux n’est pas vraiment agréable mais le symbole est fort : חלבנה le galbanum est une essence d’une odeur forte.

Le principe étant que toutes les composantes du « ketoret » devaient être réduites en poudre très fine et mélangées de manière à ne pouvoir distinguer un grain d’un autre tout comme lorsque le peuple fait teshouva, tous les Bené Israël se ressemblent.

Cet encens à nul autre pareil est le moyen d’exprimer la gratitude de l’homme à son Créateur et c’est la raison pour laquelle, il est interdit à quiconque de composer le même encens pour son usage personnel.

Caroline Elishéva REBOUH

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