Derrière l’acronyme mondialement connu se cache l’« Institut pour les renseignements et affaires spéciales » de l’État hébreu. Un organisme qui a forgé sa légende dans la communauté des services secrets à coups de succès étonnants, malgré quelques échecs retentissants…quelques échecs retentissants…

L’attaque surprise du Hamas contre Israël le 7 octobre dernier a surpris le monde entier et déconcerté les professionnels du renseignement, y compris ceux des pays arabes. Comment les responsables israéliens
ont-ils pu se laisser ainsi surprendre ? Cette guerre invite à réexaminer la supposée toute-puissance du renseignement israélien, la triade Shin Bet (renseignement intérieur), Aman (renseignement militaire) et Mossad (renseignement extérieur). Les deux premiers étaient directement responsables de la surveillance du Hamas et sont aujourd’hui sous le feu des critiques en Israël. De loin le plus connu dans le monde, le Mossad n’est pas directement en cause mais donnait, lui aussi, des signes de crise et de dissensions internes avant la guerre. Un retour sur l’histoire du Mossad s’impose donc.

Le Mossad, né avant l’État d’Israël

Ce service est l’un des piliers sur lesquels repose la sécurité d’Israël, aux côtés de Tsahal
[« Force de défense d’Israël », l’armée israélienne], des autres services et des alliances internationales. Les réussites du Mossad sont célébrées à l’infini, ses échecs auscultés avec fièvre. À l’extérieur d’Israël, il a fait couler depuis sa création une énorme quantité d’encre, pas toujours proportionnelle aux informations fiables dont on dispose sur son compte.
Le Mossad est l’héritier de plusieurs milices de défense et de renseignement créées à l’époque du mandat britannique sur la Palestine (1917-1947). La plus importante d’entre elles était la Haganah (« Défense ») – une organisation paramilitaire, dont le service de renseignement, le Shay (« Service d’information national »), fut créé en 1940 – qui s’efforça d’infiltrer aussi bien les forces britanniques qu’arabes. La Haganah assura, pendant et après la guerre, l’émigration des Juifs d’Europe vers Israël. Après l’indépendance d’Israël (14 mai 1948), le Shay fut dissous et ses membres affectés au renseignement militaire, dont la principale tâche était de suivre et d’évaluer la menace militaire des pays environnants.
Le Mossad que nous connaissons a été fondé en décembre 1949 par Reuven Shiloah, ancien dirigeant du Shay et conseiller du Premier ministre Ben Gourion, et placé sous l’autorité du ministère des Affaires étrangères. Shiloah voulait une structure capable de coordonner celles existantes et d’améliorer la collecte du renseignement. Il en devint le premier directeur. En 1951, Ben Gourion et Shiloah décidèrent de rattacher l’agence au bureau du Premier ministre, avant qu’elle ne soit baptisée Mossad en 1963.

Le Mossad. Aucun autre service ne fait preuve d’une telle audace dans ses opérations

Aucun autre service n’a à son actif autant d’assassinats : plusieurs centaines depuis le massacre des athlètes israéliens pendant les JO de Munich en 1972. Aucun autre service ne semble à ce point soumis aux pressions de la politique de son pays. Aucun autre service ne fait preuve d’une telle audace dans ses opérations, jusqu’à risquer d’énormes scandales quand elles dérapent : on l’a vu lors de l’assassinat d’un cadre du Hamas à Dubai en 2009. Enfin, aucun service ne remplit autant de missions à la fois : espionnage, contre-espionnage, antiterrorisme, mais aussi diplomatie secrète avec des pays officiellement ennemis d’Israël, sauvetage de populations juives menacées de mort dans leur pays, soutien à l’industrie israélienne d’armement, etc. À tel point qu’on pourrait qualifier le Mossad de couteau suisse du renseignement. L’ensemble ne représente guère plus de 6 000 personnes, mais dispose de moyens énormes au regard de l’effectif.

En plus de son budget officiel, le Mossad a su se constituer au fil du temps des caisses noires destinées à financer les opérations les plus secrètes. Il y a une mystique autour du Mossad : depuis les années 1970, des journalistes israéliens et anglo-saxons sont alimentés de souvenirs d’anciens et de fuites savamment dosées pour convaincre le monde de la toute-puissance, de l’ingéniosité et de l’audace sans limite des espions israéliens.

Il s’agit à la fois de rassurer les Juifs du monde entier, de dissuader les ennemis d’Israël et de convaincre les autres services de l’intérêt qu’il y a à avoir le Mossad comme allié. Le Mossad a également inspiré des romans d’espionnage, des films et, plus récemment, des séries télévisées. Les réussites du service sont nombreuses et incontestables : ce dossier en détaille quelques-unes. On verra aussi qu’il existe pourtant des revers cinglants : erreurs tragiques, opérations montées trop vite sous la pression du politique, arrogance vis-à-vis de certains adversaires, comme la police de Dubai hier ou le Hamas aujourd’hui, et même vis-à-vis de services amis. Le Mossad a toujours réussi jusqu’ici à se placer au premier rang des services de renseignement, notamment grâce à son savoir-faire en termes de renseignement humain.

Ce qui est particulièrement difficile quand on navigue dans un monde arabe si uniformément hostile, du moins en apparence. Une des plus grandes réussites du Mossad est de parvenir à recruter non seulement des informateurs de qualité dans le monde arabe, mais aussi des agents qui parlent couramment arabe et peuvent même passer pour des Arabes. Dans certaines occasions, le Mossad a même réussi à établir des liens occultes avec des services dits « ennemis », en échange de discrets services. Toujours sur le fil : telle semble être la situation du Mossad, sans doute plus qu’aucun autre service secret. Mais cet équilibrisme permanent, ces missions homicides si fréquentes, cette audace de procédés parfois choquants pour ses alliés ne font que dévoiler la précarité d’un petit État qui est placé dos au mur, et le restera tant qu’une solution durable de coexistence pacifique n’aura pas été inventée.

Historia Par YVONNICK DENOËL

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