FILE - In this Jan. 8, 2021, file photo, California Gov. Gavin Newsom outlines his 2021-2022 state budget proposal during a news conference in Sacramento, Calif. A scathing state audit released Jan. 28, 2021, blames Newsom's administration for "significant missteps and inaction" that cost taxpayers at least $10.4 billion to unemployment insurance fraud. (AP Photo/Rich Pedroncelli, Pool, File)

Californie: Pourquoi les démocrates ne sont pas tranquilles avec le référendum sur le gouverneur Newsom.

Dix-huit ans après l’arrivée au pouvoir d’Arnold Schwarzenegger au pouvoir dans des circonstances similaires, les démocrates jouent gros, mardi.

Ce n’est que la quatrième fois de l’histoire que cela se produit. Mardi, c’est l’heure de la « recall election », le référendum qui va décider de l’avenir du gouverneur de Californie Gavin Newsom. Et s’il a, en théorie, une petite marge de sécurité, les démocrates ne sont pas tranquilles : il y a 18 ans, c’est dans des circonstances similaires qu’Arnold Schwarzenegger était arrivé au pouvoir.

Pourquoi ce référendum a-t-il lieu ?

C’est dû à une obscure loi de 1911. Cette procédure de rappel permet aux mécontents d’organiser un référendum pour tenter d’écarter un gouverneur (ou un autre élu) s’ils recueillent suffisamment de signatures. Cela s’est produit deux fois en Californie, et quatre aux Etats-Unis. Dans un paysage politique américain plus polarisé que jamais, ce n’est pas très compliqué, avec 1,5 million de voix nécessaires pour forcer un référendum sur 22 millions d’électeurs.

Pourquoi Gavin Newsom est-il contesté ?

Gestion de la crise du Covid-19, confinement, débat sur le port du masque et plus récemment polémique sur le nettoyage des forêts, en pleine saison des incendies… Les sujets de désaccord ne manquent pas. Largement élu en 2018, l’ancien maire de San Francisco Gavin Newsom a commis quelques fâcheux impairs. Notamment un dîner dans un luxueux restaurant de la Napa Valley avec la famille d’un lobbyiste à l’automne 2020 en pleine pandémie, alors même qu’il demandait à ses concitoyens d’éviter les rassemblements.

Qui sont les prétendants ?

Ils sont 46 sur les rangs. Dans le détail, 24 d’entre eux sont des républicains déclarés, neuf démocrates, dix non inscrits, deux membres des Verts et un libertarien. Si Caitlyn Jenner a fait parler d’elle, c’est l’animateur radio conservateur Larry Elder qui est loin devant, malgré des accusations de violence d’une ex-compagne, avec 30 % d’intention de vote, contre 6 % pour le suivant. Et si une majorité de Californiens votent pour rappeler Gavin Newsom, il suffit à un candidat d’arriver en tête pour être élu.

L’avertissement d’Arnold Schwarzenegger

L’ex- « governator » a récemment assuré que le climat de mécontentement lui rappelait les conditions qui lui avaient permis d’être élu en 2003. Mais elles sont loin d’être identiques : le gouverneur démocrate de l’époque, Gray Davis, était au fond du trou, avec une cote de popularité sous les 30 %, contre plus de 50 % à Newsom. Et surtout, en 18 ans, le parti républicain a reculé de 9 points dans les

Pourquoi les démocrates sont nerveux, y compris au Sénat à Washington ?

Dans les sondages, Gavin Newsom compte une marge de 6 points d’avance sur la barre des 50 %, selon la moyenne compilée par le site Five Thirty Eight. Mais les études pour les référendums sont loin d’être fiables : en 2009, ils avaient sous-estimé le « non » de 9 points.

A un an des élections de la mi-mandat, les démocrates ont deux raisons d’être nerveux. Une victoire placerait les républicains dans une dynamique positive. Et surtout, si la sénatrice Diane Feinstein, âgée de 88 ans, était forcée de prendre sa retraite avant la fin de son mandat (ou si elle décédait), c’est le gouverneur qui est chargé de nommer un replaçant, en attendant qu’une élection ait lieu l’année suivante. Dans un tel scénario, les démocrates, qui n’ont que 50 sièges sur 100, avec Kamala Harris en renfort pour départager un vote en cas d’égalité, risqueraient de perdre leur majorité. De quoi expliquer le renfort de la cavalerie dans la dernière ligne droite, avec des déplacements de Kamala Harris la semaine dernière et de Joe Biden ce lundi.

Larry Elder, le mini-Trump qui veut devenir gouverneur.

 

Il n’a pas le profil standard du candidat en Californie. Larry Elder, un Noir de 69 ans, présentateur d’une émission de radio politique, soutient des positions qui font même grincer des dents une partie des républicains, plutôt modérés dans cet Etat progressiste. Climatosceptique, il se dit contre l’avortement, le contrôle des armes, le Smic, et accuse le filet social d’être la cause de tous les maux de la société. 

Avec des vues si radicales, il ne devrait pas avoir la moindre chance d’être élu en Californie, où les démocrates sont presque 2 fois plus nombreux que les conservateurs. Mais, grâce à une particularité du système électoral californien, il a été facile au camp républicain de déclencher un référendum pour demander un recall, la destitution du gouverneur – c’est par cette procédure qu’Arnold Schwarzenegger avait arraché ce poste en 2003. 

Le 14 septembre, les électeurs vont donc décider si Gavin Newsom doit être remplacé, et par qui, parmi 46 candidats dont 9 démocrates et 24 républicains, y compris Caitlyn Jenner. Une procédure critiquée par de nombreux experts constitutionnels, car le scrutin se joue à la majorité relative. Ainsi, Larry Elder peut l’emporter avec seulement 20 % des suffrages. « Ça n’a aucun sens et ça viole les notions de base de la démocratie », dénoncent les professeurs de droit Erwin Chemerinsky et Aaron Edlin dans le Los Angeles Times

« C’est un très bon orateur »

Le mouvement en faveur du recall a été lancé en 2020 par un groupe de conservateurs. La Californie étant un bastion démocrate, c’est le seul moyen pour eux de récupérer le fauteuil de gouverneur. Au début, personne n’a pris leur initiative au sérieux. Mais Gavin Newson est malmené par toutes sortes de crises, une sécheresse sans fin, de terribles incendies, une hausse de la criminalité et la pandémie, qui a entraîné de multiples restrictions impopulaires. Il s’est attiré aussi beaucoup d’inimitiés après avoir assisté sans masque en novembre à un dîner d’anniversaire dans un restaurant très chic, au mépris de ses propres consignes sanitaires.  

Larry Elder a créé la surprise en émergeant en tête chez les républicains. « C’est le plus trumpiste des candidats, un très bon orateur et il a une notoriété dans les milieux conservateurs », explique Raphael Sonensheindirecteur du Pat Brown Institute for Public Affairs. Comme l’ex-président, il s’est fait connaître grâce une carrière médiatique, à la radio et sur Fox News. 

Il se présente comme un outsider, adore la provocation et les théories du complot. Ces dernières semaines, les révélations négatives s’accumulent. On a ressorti ses innombrables propos sexistes, une ex-fiancée l’accuse d’avoir brandi une arme à feu lors d’une dispute… 

Une aubaine pour Gavin Newsom, qui fustige un adversaire « plus extrémiste que Trump ». Les deux concurrents sont au coude-à-coude. Si le gouverneur sortant reste favori, tout dépendra de la capacité des démocrates à mobiliser leurs troupes, moins motivées que celles des républicains. 

JForum – L’Express et AFP

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