Le Gazoduc de la discorde (Dov Zerah)

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MARDI 12 MARS 2019
Bonjour
 Je vous invite à me retrouver le mardi matin à 7h05 sur Radio J 94.8 FM pour ma chronique économique et financière. 
De plus, j’invite toute personne intéressée par l’information économique sur l’Afrique,  à consulter le site “economiesafricaines.com” Merci  Dov ZERAH
 
Doublant le premier, Nord Stream 2 est un projet de gazoduc qui devrait acheminer le gaz russe en Allemagne par la mer de la Baltique en passant par les eaux territoriales russes, finlandaises, suédoises, danoises, et allemandes. Trois km sont construits chaque jour. Les 1 224 km entre la station russe de compression de Vyborg et la ville allemande de Greifswald, devraient être terminés avant la fin de 2019.
C’est le gazoduc de la discorde :
  • Discorde entre les Etats-Unis et les Européens, et plus particulièrement les Allemands
En 2017, les Américains ne mettent pas les financements de Nord Stream 2 dans la liste des sanctions car ils ont été accordés avant le 2 août 2017. En revanche, le projet va subir les foudres du Président Donald TRUMP ; il réclame, en juillet 2018, l’abandon du projet qui rendrait l’Allemagne « prisonnière » de la Russie.
En décembre, la Chambre des Représentants a voté une résolution permettant au Président de prendre des sanctions contre le secteur gazier russe. Plus récemment, l’ambassadeur américain à Berlin a, dans une lettre, menacé de sanctions ce projet et les entreprises y participant.
Cette démarche peu diplomatique n’a pas été apprécié en Allemagne, car Nord Stream 2 est un projet d’Etat. Rappelons que c’est le Chancelier Gerhard SCHRÖDER qui accorde la garantie de l’Etat pour un prêt de 1 Md€ consenti par un consortium bancaire allemand à ce projet.
Quelques mois après sa défaite en 2007, il rejoint GAZPROM qui lui confie la présidence du conseil de surveillance du consortium chargé de surveiller la construction du gazoduc.
  • Discorde entre les Européens
Plusieurs pays européens soutiennent le projet soit parce qu’ils perçoivent des royalties du fait du passage sous leurs eaux territoriales, soit parce qu’ils sont les futurs destinataires du gaz, soit parce qu’un de leur champion national est au tour de table du consortium. Celui-ci comprend 50 % pour le russe GAZPROM, 10 % pour l’allemand UNIPER, 10 % pour l’allemand WINTERSHALL, 10 % pour le français ENGIE, 10 % pour l’autrichien OMV et 10 % pour l’anglo-néerlandais ROYAL DUTCH SCHELL.
En n’ayant aucune partie du gazoduc sous leurs eaux, les Polonais craignent d’être marginalisés entre l’Allemagne et la Russie, et de passer à côté de cette aubaine financière ; le ministre de la défense n’a pas hésité à comparer ce projet au pacte germano-soviétique ; les trois Etats baltes nourrissent les mêmes inquiétudes.
Une nouvelle pomme de discorde est intervenue avec un projet de directive européenne ayant pour effet d’inclure ce projet dans la politique énergétique européenne ; ce projet est soutenu par des pays comme la France.
En acceptant ce gaz venant par le Nord, les Européens confortent la volonté russe de relativiser l’importance des gazoducs passant par l’Ukraine qui se trouvera de facto fragilisée économiquement et politiquement.
Les Russes pourront tranquillement continuer à déstabiliser leur voisin, et l’Europe sera assurée de ses approvisionnements en gaz. Eu égard ce double jeu européen, et plus particulièrement allemand, l’Europe doit clarifier sa situation vis-à-vis de l’Ukraine et s’interroger sur l’opportunité de maintenir des sanctions à l’égard de la Russie.
Certes, nécessité fait loi ! Les importations européennes de gaz russe ont augmenté de plus de 50 % en 20 ans en passant de 130 Mdm² en 2000 à plus de 200 Mdm² en 2018 ; la part de celles transitant par l’Ukraine a déjà diminué en dix ans en passant de près de 85 % à 46 %, et cela ne pourra que s’accentuer.
Le gaz représente une part importante dans la consommation énergétique des pays européens :
  • Plus du quart en Allemagne qui a décidé de fermer ses centrales nucléaires, ne peut augmenter la production de ses centrales au charbon ou au lignite, et ne peut s’appuyer totalement sur les énergies renouvelables déjà très développées
  • Près de 30 % en Italie et au Royaume-Uni
  • 20 % en France…
De ce fait, les Européens ont de plus en plus besoin du gaz de Russie d’autant que :
  • Les approvisionnements de Norvège et des Pays-Bas s’épuisent
  • Il est économiquement plus intéressant d’acheter du gaz naturel brut que du gaz naturel liquéfié. Cela défavorise les importations des Etats-Unis ou du Proche Orient, sans sous-estimer les risques politiques
Nord Stream 1 fonctionne depuis 2011, et n’avait pas été aussi controversé, probablement pour deux raisons :
  • Il a été mis en fonctionnement avant l’annexion de la Crimée et les opérations russes de déstabilisation de l’Ukraine, et donc avant la mise en place des sanctions par les Occidentaux à l’égard des Russes
  • A l’époque, la production américaine de gaz et notamment de gaz naturel liquéfié (GNL) n’avait pas encore entraîné le développement des exportations.
Comme vous pouvez le constater, ce projet recèle tous les ingrédients pour envenimer un peu plus les relations entre les Etats-Unis, l’Europe et la Russie. L’Europe redevient un lieu de confrontations entre Américains et Russes.
Dov ZERAH 

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