Le bilan mitigé de l’émissaire français au Liban : une situation complexe et sans issue apparente
La mission de Jean-Yves Le Drian, l’émissaire spécial de l’Élysée pour le Liban, s’est conclue jeudi sans avancées notables. Cette situation reflète les difficultés persistantes entre les factions chiites. La célèbre phrase de Le Drian, « Aidez-nous à vous aider, bon sang ! », prononcée en juillet 2020 alors qu’il était encore ministre des Affaires étrangères, résonne encore fortement dans les mémoires libanaises. À l’époque, il exprimait l’urgence de la situation économique du Liban. Quatre ans plus tard, ce cri reste d’une actualité brûlante, témoignant des efforts constants mais infructueux pour aider un Liban en proie à une crise financière sans précédent.
Depuis sa nomination, Le Drian a effectué cinq visites au Liban, tentant de faciliter l’élection d’un président. Malgré ses efforts, aucune percée significative n’a été réalisée. Faut-il pour autant considérer cette mission comme un échec complet ? Pas nécessairement. Le Drian a réussi à convaincre une majorité des acteurs libanais de la nécessité de choisir un candidat de compromis pour la présidence. Il a même obtenu une concession, certes symbolique, de Nabih Berry, le président du Parlement, qui a accepté de limiter ses consultations, en réponse aux exigences du groupe des cinq nations impliquées dans le dossier libanais (États-Unis, France, Arabie saoudite, Égypte, Qatar).
Cependant, cette concession de Berry semble davantage stratégique qu’une réelle ouverture. Le tandem chiite Hezbollah-Amal maintient fermement sa position : aucun président ne sera élu sans leur accord, et ils rejettent catégoriquement tout candidat de compromis. Plus de 18 mois après la fin du mandat de Michel Aoun, cette obstination continue de paralyser le processus électoral. Pendant ce temps, les factions libanaises se disputent sur les modalités de dialogue et de consultation, sans parvenir à une entente.
Nabih Berry manipule habilement le discours international pour renforcer sa position interne. Il a tenté de faire croire que le communiqué des ambassadeurs du Quintette du 16 mai appuyait son approche axée sur le dialogue, espérant ainsi contraindre l’opposition à accepter une procédure éloignée de la Constitution. Berry insiste sur une élection présidentielle basée sur un consensus élargi, une position qui se traduit par la tenue de multiples séances électorales, nécessitant à chaque fois une majorité des deux tiers pour le premier tour.
Lors de sa rencontre avec Le Drian, Mohammad Raad, chef du groupe parlementaire du Hezbollah, a réitéré l’importance du consensus pour son parti. Malgré l’appel de Le Drian à « oublier le terme dialogue », les partisans de Berry ont rapidement repris ce terme, soulignant une fois de plus que toute solution passe par le dialogue. Cette attitude place l’opposition dans une position délicate, où des concessions sont constamment demandées, tandis que le Hezbollah refuse de céder et soutient fermement son candidat à la présidence, Sleiman Frangié.
Cette impasse risque d’approfondir les divisions, notamment entre le Hezbollah et son allié de longue date, Gebran Bassil, qui critique ouvertement le Hezbollah pour sa gestion de la présidentielle et la situation tendue à la frontière sud du Liban.
En conclusion, malgré les efforts et la détermination de Jean-Yves Le Drian, la mission française au Liban reste enlisée dans les complexités politiques locales, rendant toute avancée difficile à envisager à court terme.
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