Après le bombardement de l’hôpital Ahli Arab, à Gaza, qui aurait fait des dizaines de morts à l’heure où est publié l’article, les médias et la gauche pro-palestinienne n’ont pas attendu le lancement d’une enquête pour condamner Israël. Mais il semble que ce soit plus compliqué que cela.

Atlantico : Israël a été accusé d’avoir tué plus de 200 personnes voire 500 dans un hôpital à Gaza. Or il semble que cela soit bien plus compliqué que cela. Qu’est-ce qui s’est passé ? La propagande s’est emballée ? 

David Amsellem : Les faits : le 17 octobre au soir, une explosion s’est produite dans un hôpital de Gaza faisant des victimes civiles à un moment où l’armée israélienne bombarde depuis plus de 10 jours la bande de Gaza en représailles à l’attaque menée par le groupe terroriste du Hamas en Israël, le 7 octobre dernier.

Cet évènement constitue l’un des premiers points de rupture dans la lutte informationnelle que se livrent Israël et le Hamas dans les médias et sur les réseaux sociaux pour faire pencher l’opinion publique en leur faveur. Depuis le début de la riposte israélienne, et face aux images et témoignages des massacres commis par les combattants du Hamas en Israël, l’État hébreu bénéficiait d’un soutien fort et souvent « inconditionnel » d’une partie des pays occidentaux, mais également d’une relative retenue de certains pays arabes. L’explosion de l’hôpital, en raison de la nature de la cible, est un épisode qui pourrait contribuer à mettre fin à cet « état de grâce », déjà fragilisé par les conséquences de la riposte israélienne contre le Hamas (destruction de dizaines d’immeubles, déplacement d’un million de personnes, blocus total du territoire, etc.).

Et en effet, immédiatement sur les réseaux sociaux, des médias, des journalistes, des politiques ont relayé la thèse d’un bombardement israélien provoquant d’immenses manifestations et des réactions politiques fortes dans le monde arabo-musulman et au-delà. Or, les autorités israéliennes ont affirmé très rapidement qu’ils n’étaient pas responsables de cette explosion qui est due, selon eux, à un tir raté d’une roquette du Djihad islamique. Et durant les heures qui ont suivi, l’armée israélienne, des médias, des communautés d’OSINTeur ont fourni des éléments (vidéos, audios, images satellites, coordonnées GPS) pour appuyer cette thèse. Mais politiquement, il était déjà trop tard pour Israël qui essaie désormais de contenir les effets politiques de cette affaire. 

Incontestablement, il y a eu un emballement politique et médiatique.

Est-ce que ça en dit long sur les rédactions occidentales ? Elles ne prennent plus de recul en cédant à la précipitation ?

À l’ère d’Internet et des réseaux sociaux, il est difficile de prendre du recul sur des événements aussi dramatiques dans le cadre d’un conflit aussi passionnel. Cela ne concerne pas seulement les rédactions occidentales : Al Jazeera, pour ne citer qu’elle, s’est également très vite positionnée sur le sujet. Et d’ailleurs, au sein des rédactions occidentales, le traitement du conflit diffère selon le média et sa ligne éditoriale.

En réalité, cette affaire nous en dit plus sur le rapport des médias et des politiques au conflit israélo-palestinien, qui suscite encore de très vives passions, que sur les méthodes des journalistes. 

Concernant la frappe sur l’hôpital de Gaza, Joe Biden l’impute à une roquette hors de contrôle tirée par un groupe terroriste dans le territoire palestinien. Un tir, selon Israël, qui proviendrait de l’organisation palestinienne Djihad islamique, allié du Hamas. ça va calmer les opinions arabes ? Que disent les opinions arabes de cette frappe ? Elles sont exacerbées ?

Joe Biden a expliqué que, selon les informations des services israéliens confirmés par ses propres services, il privilégiait la thèse d’Israël. Mais cela ne contribuera certainement pas à calmer les opinions arabes, au contraire. Depuis des décennies, les États-Unis sont perçus – à raison – comme des alliés inconditionnels d’Israël : les déclarations de J. Biden confortent cette représentation et ne sont pas pour autant un gage de vérité. N’oublions pas, en effet, que la voix des États-Unis a été grandement dévalorisée dans la région en raison des mensonges de l’administration Bush pour justifier la guerre en Irak (2003) ou de la promesse non tenue de l’administration Obama d’intervenir militairement contre le régime de Bachar s’il utilisait des armes chimiques (2013).

Pour l’opinion publique arabo-musulmanes comme la plupart de ses dirigeants (au moins officiellement), la frappe provient forcément d’Israël. Je pense que tout élément factuel, aussi sérieux soit-il, qui permettrait d’affirmer le contraire, en particulier s’il vient d’Israël ou des États-Unis, sera considéré comme un mensonge ou une falsification.

Comment renverser cette tendance ? 

C’est précisément le travail journalistique qui doit permettre d’éviter cet emballement par un travail minutieux d’enquête, de vérification des sources, de consolidation des données. Mais même lorsque ce travail sérieux est fait, il est aujourd’hui en concurrence avec des prises de position partisanes où l’information relayée est souvent biaisée et parfois malhonnête alors qu’elle se diffuse très largement sur les réseaux sociaux. Dans le cas de l’hôpital Al-Ahli de Gaza, les partisans de chaque camp ont contribué à brouiller les pistes à des fins politiques en relayant, par exemple, des déclarations de faux comptes de journalistes d’Al Jazeera ou des images accablantes, mais ne datant pas de ce conflit.

JForum.fr et Atlantico.

Voir aussi le Monde face à l’autopsie d’un mensonge planétaire

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2 Commentaires
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Léon

Cet article est consternant car il avalise l’idée que l’hôpital a été bombardé . Il est facile de voir sur toutes les images publiées qu’aucune structure de l’hôpital lui même n’a été atteinte, et d’ailleurs tous les articles soulignent que c’est le parking de l’hôpital qui a été dévasté par une explosion suivie d’un incendie. Écrire que « l’hôpital a été bombardé » est une erreur journalistique et factuelle.

Il est aussi possible de constater qu’il n’y a sur le parking aucun cratère caractéristique d’impact par munition aérienne (bombe) et qu’il s’agit donc bien d’un tir de roquette raté.

Asher Cohen

Je n’ai, sauf erreur, jamais vu de journaliste français parler de Judée-Samarie, j’ai toujours entendu parler de ‘Cisjordanie occupée’. Cela révèle d’emblée un parti pris et je zappe immédiatement car l’information subjective ne m’intéresse pas. Que dire des journalistes qui parlent d’ ‘entité sioniste’, alors qu’ils ne savent même pas définir une entité, pour désigner un pays de 10 millions d’habitants, produisant plus de 550 milliards de PIB? Les gens qui ne savent pas de quoi ils parlent ne m’intéressent pas non plus. Tout cela empeste l’antisémitisme des ratés, sans intérêt !