La 2ème bataille de Manbij entre Turcs et Kurdes se profile ©

5
248

 

Erdogan aux Etats-Unis : cessez de soutenir les Kurdes

 

La discorde américano-turque, à propos de l’assaut de l’armée turque contre les Kurdes, au Nord de la Syrie a atteint un nouveau pic, mercredi 30 août, quand le porte-parole du Palais présidentiel, Ibrahim Kalin a déclaré à Ankara : Les Etats-Unis doivent réviser de fond en comble leur politique de soutien aux forces kurdes”.

Cette exigence survient à la suite de l’appel d’un responsable américain à “tous les acteurs armés pour le combat contre l’Etat Islamique dans le Nord de la Syrie, de se retirer”, dans un effort pour contenir le nouveau conflit dans lequel le nord de la Syrie est entraîné vers un chaos supplémentaire.

Cet appel a été également adressé à Ankara pour que la Turquie gèle ses opérations militaires en Syrie qu’aux milices YPG kurdes pour qu’elles cessent l’afflux de renforts fraternels visant à défendre Manbij, la ville syrienne que la milice kurde a âprement arraché des mains de Daesh, au début de ce mois avec l’assistance américaine.

Les sources militaires de Debkafile révèlent que l’armée turque et les forces kurdes se sont déjà alignées nerveusement en vue d’une bataille décisive pour Manbij, qui déterminera l’issue de l’invasion turque du 24 août. Le Président Recep Tayyip Erdogan a calculé qu’une victoire turque contraindrait les Kurdes à battre en retraite vers la rive ouest de l’Euphrate et à s’éloigner de la frontière turque, alors que les dirigeants kurdes sont déterminés à stopper l’armée turque aux portes de la ville et ainsi stigmatiser cette invasion comme un fiasco leur permettant de remporter une victoire épique qui restera dans les annales.

L’Administration Obama réalise d’énormes efforts pour faire avorter cette confrontation. Dans l’espoir de retenir les Turcs,le Vice-Président Joe Biden est arrivé à Ankara le jour même où leur armée a franchi la frontière syrienne et a répondu en partie aux exigences de leurs dirigeants en diffusant un ultimatum à l’intention des Kurdes, pour qu’ils se retirent à l’est de l’Euphrate sans quoi ils perdraient le soutien américain.

Se souciant de l’avertissement américain comme d’une guigne, les Kurdes ont poursuivi le renforcement de leurs troupes au combat pour engager l’armée turque.

Ankara soupçonne les Américains de continuer, quoi qu’il en soit, à fournir en catimini des armes et de l’assistance aux Kurdes.

Washington craint qu’une épreuve de force turco-kurde à Manbij ne ferait que déstabiliser la situation militaire encore plus qu’elle ne l’est déjà, dans le nord de la Syrie (avec la bataille d’Alep) et dans le nord de l’Irak (autour de Mossoul) et que tous les efforts qu’ils ont accompli, pour persuader les Kurdes de prendre la tête des forces terrestres dans les offensives de la coalition contre Daesh, auront été produits en vain.

Au bout du compte, la guerre totale turco-kurde lancée par l’Islamiste Erdogan pourrait impliquer l’Iran et servir ses intérêts en affaiblissant l’influence des Etats-Unis, d’abord, de la Russie ensuite, qui cherche à se mettre Erdogan et Ankara dans la poche, à moindres frais, c’est-à-dire en n’intervenant pas, ni d’un côté ni de l’autre. Massoud Barzani ira à Téhéran, voir s’il peut obtenir un soutien.

 

Une guerre totale est en ébullition dans le nord de la Syrie, depuis que l’armée turque a traversé la frontière, mercredi dernier 24 août, avec le but avoué de combattre l’Etat Islamique, mais surtout de repousser la milice kurde des Unités de Protection du peuple kurde. Mais au lieu de se replier, les Kurdes sont repartis à l’offensive et subissent des pertes; La confrontation qui fait rage a totalement paralysé l’offensive de la coalition menée par les Etats-Unis contre Daesh et suspendu indéfiniment tous les plans américains de lancement d’une campagne visant à chasser les djihadistes hors de leurs capitales de fait de Raqqa et Mossoul.

Les troupes terrestres de la milice kurde, qui étaient, jusque-là, soutenues par les Etats-Unis et qui avaient pris le rôle-vedette dans ces campagnes contre le djihad, sont à présent pleinement engagées dans le combat contre l’hégémonisme turc. Et, dans un nouveau revirement radical, les dirigeants kurdes d’Irak ( de la République Régionale Kurde), sont tentés de répliquer en accueillant l’Iran dans leur capitale, en représailles contre la décision américaine de joindre leurs forces à la Turquie aux dépends des aspirations kurdes.

En outre, les Peshmergas kurdes montent au créneau et certains s’engagent à aller combattre aux côtés de leurs frères syriens. Ensemble, ils projettent d’expulser toute présence américaine aussi bien de Syrie que du nord de l’Irak, en représailles à ce qu’ils perçoivent comme une exigence de capitulation de la cause des Kurdes de la part de l’Administration Obama.

Les analystes militaires de Debkafile retrace de la façon suivante l’évolution de ces complications qui vont aller vers l’escalade, dans la guerre syrienne et leurs conséquences plus larges :

  • Depuis qu’elle a nettoyé Jarabulus de la présence de Daesh, la Turquie a jeté dans la bataille des forces aériennes et blindées supplémentaires, contre les près de 35.000 combattants kurdes. Il ne s’agit donc plus d’un raid militaire limité, comme l’a prétendu Ankara, mais d’une opération de guerre totale. Les forces turques continuent d’avancer dans trois directions et, dimanche 28 août, elles s’étaient déjà taillées une portion de 15 à 17 kms de profondeur à l’intérieur du territoire du nord- syrien, à travers cette large bande de terre d’une largeur de cent kilomètres.
  • Leurs cibles sont clairement définies : l’enclave kurde d’Afrin au Nord-Ouest de la Syrie et l’enclave kurde de Qamishli et Hasakah à l’Est, dans le but de bloquer toute fusion de ces enclaves kurdes visant à constituer un Etat kurde syrien contigu.
  • Un autre objectif serait Al-Bab au nord d’Alep et à portée de cette seconde ville de Syrie, ce qui permettrait à la Turquie et à ses mercenaires de l’Armée Syrienne Libre de jouer un rôle sur un théâtre important du conflit syrien. Pour atteindre Al-Bab, les forces du corps expéditionnaire turc devraient alors combattre tout le long du chemin à travers un territoire actuellement contrôlé par les Kurdes.
  • Les Turcs utilisent des forces supplétives de l’Armée Libre Syrienne, appelée “Armée du Levant” et des Brigades Al-Mutassim importées de la région d’Idlib et de Marea, qu’ils ont entraînés et auxquels ils ont distribué des armes, d’abord pour combattre Bachar al Assad et l’Etat Islamique, souvent aux côtés d’autres groupes islamistes financés par le régime islamiste de l’AKP turc, et dont les objectifs sont maintenant détournés pour prendre les Kurdes pour cibles, sous le commandement d’officiers kurdes, auxquels sont rattachés des forces spéciales d’élite turques.
  • Un corps de combat du Génie de l’armée turque est équipé de matériel lui permettant de traverser le fleuve de l’Euphrate et de pousser en direction de l’Est afin de repousser les Kurdes toujours plus loin. Mais, contrairement aux rapports, les Turcs n’ont pas encore franchi le fleuve lui-même ni commencé à tenter d’en chasser les Kurdes – mais juste passé à gué un petit cours d’eau juste à l’Est de Jarabulus. L’essentiel des forces kurdes est déployé au Sud et no à l’Est de l’ancien bastion de Daesh.
  • KurdishWar
  • Les forces syriennes soutenues par les Turcs sont, de plus, encore loin de pouvoir reprendre Manbij, la ville à 35 kms au sud de Jarabulus que les Kurdes ont conquise sur Daesh avec le soutien aérien américain au début du mois. Contrairement à ce que prétendent les porte-parole d’Ankara, ces forces n’ont encore fait à peine que 10 à 15 kms sur cette route vers Manbij, où les Kurdes leur promettent une défaite équivalente à celle infligée à l’armée d’Assad, il y a plus d’une semaine à Hasakah (ville entièrement libérée de l’influence du régime syrien et du Hezbollah).
  • Dimanche, de lourds combats ont fait rage autour d’un regroupement de villages et hameaux kurdes, à Beir Khoussa et Amarneh, où les Turcs ont été contraints de battre en retraite à plusieurs reprises sous le coup des contre-attaques kurdes. Certains de ces villages ont été rasés complètement par les forces aériennes et les tanks turcs. [Des vidéos de torture imputées à cette frange turque de l’Armée Libre Syrienne, un ramassis de soudards islamistes qui n’ont rien à envier à Daesh, circulent également sur les réseaux sociaux. D’autre part, dix commandants de la même Armée Syrienne Libre font sécession et rejoignent les Kurdes dans le combat contre les Turcs pour les chasser de Jarabulus]. 
  • Selon certaines informations qui méritent encore d’être vérifiées, en quatre jours, les Kurdes auraient subi 150 morts combattants, le camp des Turcs cumulrait une soixantaine de tués.
  • Les sources militaires de Debkafile révèlent également des préparatifs, dimanche, visant à évacuer les unités et les hélicoptères des Forces américaines des Opérations Spéciales de la base aérienne de Rmeilan près de la ville kurde d’Hassakah. Si les combats s’intensifient autour de la base, ils seront relogés dans le nord de l’Irak.
  • On a aperçu des combattants des Peshmergas du Kurdistan irakien en train de retirer leurs uniformes et d’adopter un équipement des Unités des YPG syriennes avant de traverser la frontière, dimanche et de se diriger vers l’Ouest pour rejoindre leurs frères syriens dans la bataille contre les Turcs.
  • Le Président du GRK, Massoud Barzani a prévu de se rendre à Téhéran, dans les tous prochains jours, muni d’un SOS pour que les Iraniens aident les Kurdes contre les Etats-Unis d’Amérique d’Obama et leur allié turc Erdogan. En vue d’un arrangement, des cartes ont été abattues sur la table, comme la permission de la part d’Erbil que les Gardiens de la Révolution Iranienne puissent disposer de leurs premières bases militaires dans la République autonome du Kurdistan irakien, ainsi que d’une voie de transit pour les forces armées iraniennes pour atteindre le territoire syrien à travers le territoire kurde.

DEBKAfile Reportage Spécial 29 août 2016, 8:47 AM (IDT)

Adaptation : Marc Brzustowski

5 COMMENTS

  1. Israel doit armer les kurdes en douce, leur fournir des missiles sol air et antichar par l’intermédiaires de vendeurs russes.
    Ce serait tellement bon que les turcs se prennent une raclée kurde.
    En tout cas Obama a montré son incompétence totale à régler les problèmes

  2. La politique de gribouille des Américains est en train de porter ses fruits : chaos généralisé et retournements d’alliances. Décidément, l’Orient est bien compliqué. Israël devrait mesurer les nouveaux rapports de force et tenter de se rapprocher de la Russie plus qu’il ne l’a fait jusqu’à présent ne serait-ce que pour contenir l’Iran. Iran dont on peut espérer que dans quelques années, le pays se sera libéré des mollahs et (re)deviendra alors un vrai partenaire pour Israël et non plus un ennemi. En attendant, soutenir les Kurdes contre Erdogan, Daesh et les autres groupes islamistes est impératif. Là encore le rapprochement avec les Russes serait un atout pour Israël.

  3. Le president Obama a voulu un retournement des alliances dans la region; les consequences sont allees
    beaucoup plus loin, surement, que ce qu’il escomptait (mettre Israel en difficulte, et rapprocher les Etats-Unis des Freres Musulmans). Malheureusement, l’election probable de Ms Clinton n’aura vraisemblablement comme suite que de confirmer cette politique absurde; pour le cas fort improbable ou D.Trump serait elu, sa
    diplomatie reste bien imprevisible. Le dirigeant mondial qui apparait le plus responsable en ce moment est certainement Poutine: mais lui faire confiance serait un pari bien risque.

    • Andre: concernant votre propos sur D. Trump, ne soyez pas si certain qu’il ne sera pas élu…Qui aurait misé ne serait-ce qu’un penny que le BREXIT passerait? (we) Wait and see…

  4. Ca sent vraiment le début d’une 3iem Guerre Mondiale…

    Car après le tour de la Syrie, et du Président Bachar el-Assad,
    on devines qu’Israël sera « automatiquement » dans le collimateur…

    Et dans le plus, il y a de « fous » et plus on rit,
    ça commence vraiment à craindre…

    Iran, Turquie, Syrie, Arabie Saoudite, Qatar…
    sans compter les États Unis et la Russie !!!
    On appelle ça une foire d’empoigne…
    qui va devenir totalement imprévisible et incontrôlable !

    Il va faire chaud, “mal” et “bien”venue en “enfer”…
    On sait quand on commence un conflit…
    Mais ni quand ! Ni comment, il va s’arrêter…

    La 2iem guerre mondiale fut “terrible”,
    mais l’évolution de la science permet aujourd’hui,
    même l’extinction de l’humanité, armes nucléaires,
    biologiques, chimiques…

    Il serai peu-être temps de prier ?!

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.