(LP/Jérôme Bernatas.)

La présentation du conflit israélo-palestinien dans les médias occidentaux est, on le sait, fortement obérée par les mensonges ou inexactitudes liés au parti pris pour les palestiniens, au détriment d’Israël, éternel agresseur.

Le journal InfoEquitable s’est donné comme mission de rectifier les faits, au travers de quelques exemples – Dieu sait que la masse du travail en ce domaine est infinie.

Aujourd’hui, il s’intéresse aux propos très ambigus de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui a voulu attirer l’attention sur le risque de vols de moutons et de poules à l’approche des fêtes religieuses de l’Aïd al Adha, et de Yom Kippour, laissant ainsi insinuer que les Musulmans et les Juifs sont des voleurs.

Le journal Le Parisien, qui a repris ces propos, n’est pas en reste dans cette présentation très partiale.

A noter que le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme (BNVCA) vient de publier le communiqué suivant :

Le BNVCA a reçu un grand nombre de protestations provenant de membres de la communauté juive choqués, scandalisés voire blessés et humiliés par une directive du Préfet des hauts de Seine, publiée par le Parisien le 22 août 2017 soupçonnant les juifs d’être « des voleurs de poules ».

L’article intitulé « Moutons et poules confinés avant les fêtes religieuses » rapporte qu’un courrier a été adressé aux fermes pédagogiques dans le but de prévenir les vols de moutons et de poules, à l’approche des fêtes religieuses (musulmane) de l’Aid et (juive) du Yom Kippour, et l’abattage clandestin de ces animaux.

A notre connaissance aucun de ces délits n’a été commis par les membres de la communauté juive.

Le BNVCA a saisi par écrit le Préfet des Hauts de Seine pour lui demander de rectifier les graves accusations portées par cette circulaire, d’autant que ni la police, ni les services vétérinaires n’ont jamais eu à reprocher ces infractions à la communauté juive.

Perçues comme discriminatoires et insultantes, ces directives ont généré un réel malaise et un préjugé inacceptable, d’autant qu’il provient d’un représentant officiel de l’Etat.

Pour tenter de répondre aux nombreuses réactions, le Préfet a publié le 24 août un nouveau communique dans lequel il indique qu’en 2013 une enquête avait été ouverte pour un vol de bétail commis à l’approche des fêtes musulmanes de l’AID.

Le BNVCA souligne que le Judaïsme a toujours scrupuleusement  respecté les lois de la République et les règles de la laïcité.

Le BNVCA exprime aujourd’hui l’agacement et la colère de la majorité des juifs de France qui en ont assez d’être amalgamés et de servir de paravent, d’alibi, ou de couverture, tant aux politiques, qu’aux médias et aux administrations, chaque fois qu’une observation, une critique, une réprobation, une mise en garde sont destinées à la communauté musulmane.

Considérant ces faits comme graves et le dernier communiqué du 24/08/17 ni satisfaisant ni suffisant pour calmer l’amertume et l’humiliation qui ont été engendrées, le BNVCA demande au Ministre de l’Intérieur d’intervenir auprès du Préfet afin de l’inviter à réparer cette faute plus nettement et sans détour, et mettre un terme à cette très fâcheuse polémique.

Le Président, Sammy GHOZLAN, Drancy le 28 Août 2017

 

 


Musulmans, Juifs – voleurs ! C’est l’insinuation véhiculée dans un courrier envoyé aux éleveurs par la préfecture des Hauts-de-Seine tel qu’il a été présenté par Le Parisien. Le journal estime que le risque est « bien réel » en s’appuyant sur un article… qui traitait en 2013 d’une affaire de trafic de moutons par des Roms. Quant au préfet, il se défend de toute stigmatisation.
Source : INFO EQUITABLE

Le Parisien annonçait dans un article du 21 août qu’un courrier avait « été envoyé le 7 août à tous les propriétaires d’ovins, de caprins et de volailles dans les Hauts-de-Seine. La direction départementale de la protection des populations (DDPP) leur demande « la plus grande vigilance » vis-à-vis du risque de vols d’animaux avant les fêtes religieuses de l’Aïd al Adha, et de Yom Kippour, en septembre. » (en gras, les mots du journal non entourés de guillemets qui auraient indiqué une citation fidèle de la lettre).

Il aurait été utile de donner accès aux lecteurs à une copie de cette lettre pour en connaître les termes exacts. Le directeur de la direction départementale de la protection des populations des Hauts-de-Seine en confirmait l’existence en expliquant :

« C’est de la prévention. On demande aux propriétaires de ne pas laisser divaguer les bêtes, car des personnes malintentionnées pourraient essayer de les capturer en vue de pratiquer des abattages clandestins. »

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) fait partie des organisations qui se sont offusquées de cette démarche. Selon Francis Kalifat, son président, « l’amalgame entre Juifs et Musulmans fait systématiquement par le monde politique et médiatique et cette fois par l’autorité administrative est devenu intolérable et insupportable ».

En réaction au malaise suscité, le préfet des Hauts-de-Seine a émis un communiqué de presse, repris dans un article de mise au point paru dans Le Parisien le 24 août :

« Un tel courrier est adressé aux fermes pédagogiques chaque année depuis 2013. La sûreté départementale avait enquêté cette année-là sur une affaire de vol de bétail qui s’était produit dans la période précédant les fêtes de l’Aïd ». Le préfet se défend ainsi de « stigmatiser les différents rites religieux »…

Des explications loin de convaincre tout le monde, à l’image du président du Consistoire central, Joël Mergui, qui a dénoncé dans une tribune publiée par Le Monde le 25 août la stigmatisation de la communauté juive, « jetée en pâture à l’opprobre public pour des faits imaginaires qui ne la concernent ni de près ni de loin ».

A quels rites est-il fait référence ? Les rites de l’Aïd al-Adha et de Yom Kippour ne sont liés ni par le sens, ni par la pratique.

  • L’Aïd al-Adha est littéralement la « fête du sacrifice », lors de laquelle des moutons sont égorgés en souvenir du sacrifice par Abraham de son fils, remplacé au dernier moment par un mouton (Ismaël selon les textes musulmans au lieu d’Isaac, le fils proposé en sacrifice selon la vision juive de cet événement) ; pour les musulmans, le sacrifice serait le signe de la soumission d’Ibrahim (Abraham) et de tous les croyants à Allah.
  • Yom Kippour est aussi connu sous le nom de « jour du Grand Pardon » en référence au pardon demandé à Dieu par les Juifs pour leurs fautes de l’année écoulée. La principale coutume est un jeûne de 25 heures.

Une fête est donc centrée autour du sacrifice en signe de soumission, l’autre autour de l’introspection pour espérer le pardon. Même leur occurrence en 2017 à la même période de l’année est un hasard, puisque les calendriers juifs et musulmans ne sont pas synchronisés. Elle facilite cependant les amalgames.

Les Kapparot

A Yom Kippour, la plupart des Juifs un tant soit peu pratiquants ont pour principales coutumes de jeûner et de se rendre à la synagogue pour y prier. Une petite minorité de Juifs très religieux procède cependant à l’approche de ce jour à une coutume dite des « kapparot » (« expiation »), à laquelle l’article fait allusion sans la nommer comme si elle se confondait avec le jeûne de Yom Kippour. Ce rite consiste pour le pratiquant à « transférer » ses pêchés sur un poulet, qui est ensuite égorgé et donné à des pauvres ou mangé.

Ce rite n’est pas considéré par ses pratiquants comme un sacrifice, puisque les offrandes rituelles ont été supprimées et essentiellement remplacées par la prière en l’an 70 lorsque le Temple de Jérusalem a été détruit par les Romains. Encore une petite nuance qui a échappé à l’auteur de l’article – mais cela, on peut le comprendre, car il est vrai que le résultat est le même pur les poulets…

Par ailleurs, même parmi les Juifs ultra-orthodoxes, cette coutume ne fait pas l’unanimité puisque de nombreux rabbins s’y sont opposés. Elle est très minoritaire et non représentative de la pratique juive majoritaire. Certains Juifs la trouvent même choquante. Il reste qu’elle existe bel et bien.

Accusations surréalistes et manquant de fondements

L’article insinue que le problème de ces larcins judéo-musulmans est sérieux. Un responsable de la ville de Colombes donne du crédit à cette thèse : « C’est une bonne initiative. Mais nous avons été prudents en amont, en choisissant d’acquérir des chèvres plutôt que des moutons, qui sont plus souvent la cible de vols. »

Pourtant, ni le préfet ni le journal ne mentionnent le moindre larcin commis par des Juifs pour le rite religieux de Yom Kippour. Il n’est nullement question de poulets ici : c’est bien simple, l’article ne fournit pas la moindre évidence de vols de volaille commis par des Juifs.

L’accusation est d’ailleurs totalement surréaliste. Les dix commandements font partie des règles les plus importantes du judaïsme. Le septième commandement ordonne : « Tu ne voleras pas ». Il aurait fallu que le journaliste du Parisien explique comment des Juifs pratiquants souhaitant expier leurs pêchés, dont la violation de ces commandements figure parmi les plus importants, pourraient penser le faire en allant voler des poulets !

Un trafic de poulets par des tierces personnes pour les revendre à des Juifs ne semble pas plus crédible. On peut trouver en abondance des poulets vivants pour 4 ou 5 euros et il existe sans doute une bien plus large clientèle pour les dindes au moment de Noël, mais si le phénomène existe on n’a pas entendu parlé d’un très large trafic à cette période…

Les vols de moutons destinés à l’Aïd seraient-ils pour autant monnaie courante en France ? A part un article du Figaro datant de 2012 et titré au conditionnel (Aïd: les vols d’agneaux augmenteraient) et un reportage de la même année sur France 3 illustrant ce phénomène, nous en avons trouvé peu de traces dans la presse française. Est-ce suffisant pour justifier une mise en alerte officielle des éleveurs ? Le Parisien a préféré s’appuyer sur ses propres archives pour illustrer la supposée gravité du problème avec une conclusion alarmiste à son article initial :

Car le risque est bien réel. En 2013, les enquêteurs de la sûreté départementale avaient mis au jour un trafic de moutons volés dans un campement rom de Châtenay-Malabry. Quelque 200 bêtes avaient été dérobées et étaient revendues illégalement, entre 100 et 150 € la tête. C’est-à-dire moitié moins que les prix qu’ils peuvent atteindre dans le commerce au moment de l’Aïd al-Adha.

A l’appui de ces dires, un article de 2013 (rien de plus récent ?) sur le vol de deux cents moutons, « parfois égorgés sur place » et autrement tués dans un « abattoir sauvage » par… des Roms, pour être revendus. « A qui? Des bouchers véreux? Des particuliers? Des intermédiaires? Les enquêteurs de la sûreté territoriale des Hauts-de-Seine chercheront à le découvrir. » C’est à la même affaire ancienne que se réfère visiblement le communiqué de la préfecture pour justifier ses courriers.

Comme le remarque Joël Mergui, « on remarquera que les Roms, comme les musulmans, font l’objet d’un discrédit collectif qui ne manque pas non plus de les discriminer en raison de leurs origines ou de leur culte et ne contribue évidemment pas à leur intégration harmonieuse. »

Le Parisien accuse donc des musulmans (associés aux Juifs pour faire bonne mesure et ne pas être accusé « d’islamophobie ») d’être à l’origine de vols d’animaux pour les sacrifier en glissant un lien, sur lequel il sait que peu de lecteurs cliqueront mais qui donne l’apparence d’une information factuelle, vers un article traitant d’une affaire de trafic d’animaux dont rien n’indique qu’elle ait été liée au marché de l’Aïd plutôt qu’à la boucherie !

Un deuxième lien renvoie vers un article vieux de 5 ans, où un habitant anonyme du Val d’Oise assurait (sans citer de sources…) que « certains profitent du manque de mouton pour gonfler les prix jusqu’à 300 € »; la comparaison avec les prix mentionnés dans l’autre article vieux de 4 ans est censée démontrer que le trafic de moutons avant l’Aïd est lucratif.

Et si le vrai risque était ailleurs ?

Donc, pour Le Parisien – et pour la préfecture du 92, « le risque est bien réel ». Juifs et musulmans, ou leurs complices, rôderaient autour des fermes pour kidnapper et égorger les animaux des éleveurs franciliens.

Le risque, à notre avis, est plutôt d’allumer avec ce genre d’accusations globales et insuffisamment étayées la haine à l’encontre des membres de ces minorités, jetés avec leurs pratiques religieuses dans le même sac.

9 Commentaires

  1. Bien sûr qu’il s’agit d’une calomnie honteuse; on nage en plein moyen-âge !!
    Les kaparot de kippour avec les poulets ne concernent qu’une toute petite minorité de juifs ultra-religieux d’une part, et on les voit mal aller voler des poulets pour cette cérémonie et enfreindre à cette occasion le 8ème commandement alors précisément qu’ils observent strictement les mitsvot !
    Cette accusation totalement arbitraire est non seulement ignoble mais particulièrement crétine ….

  2. Ne pas confondre le Judaïsme à l’aune du « Monde des lumières » et de la création, d’où est issue le Christianisme et le Monde Occidental…. Ne pas le confondre avec le monde musulman qui est le monde de l’obscurantisme, de la soumission et de la régression.

    Le Monde Occidental prend sa source à Jérusalem, … Peu de gens s’en souviennent !

    Le Concile Vatican II qui s’est réuni de 1962 à 1965 a rétabli la vérité. Depuis cette date, on parle de Monde Judéo-Chrétien.

  3. Le Collectif des Rabbins Américains à refuse de recevoir les vœux pour les fêtes de Tichri de la Maison Blanche comme cela est de coutume suite aux réactions mitigées de Trump aux manifestations racistes .
    En France Le Ministre De l’Interieur ou Le Premier Ministre paraissent étrangement silencieux ….

    Les Juifs américains seraient ils plus responsables que nous ? Allons nous continuer de « cirer les bottes  »
    de la classe politique qui delegitime non seulement Israel dans l’arène internationale mais aussi Les Juifs en France et les calomnie lamentablement ,en adoptant un discours antisemite pour « se protéger  » d’être accusé d’islamophobie comme l’a Bien souligné Joël MERGUI et Samy GOZLAN

  4. Le Collectif des Rabbins Américains à refuser de recevoir les vœux pour les fêtes de Tichri de la Maison Blanche comme cela est de coutume
    En France Le Ministre De l’Interieur ou Le Premier Ministre paraissent étrangement silencieux ….

    Les Juifs américains s’étaient ils plus responsables que nous ?

  5. Moi, j’ai confiance en l’institution française. Leur affirmation est certainement basée sur des faits. Maintenant, je veux que ces faits soient publiés. C’est simple, non?

    Publiez ! Sinon je vous considérerai comme des menteurs manipulateurs antisemites…

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.