En 1250, le dernier sultan ayyubide (de la famille de Saladin) fut assassiné, les Mamelouks prirent le pouvoir en Egypte et firent du Caire leur capitale. Ces anciens esclaves affranchis, dominèrent Jérusalem jusqu’en 1488.

Le contexte général

D’abord ils écartèrent la menace d’une invasion mongole et s’emparèrent d’Acre, dernier bastion des Croisés en Terre Sainte. Les autres installations portuaires furent démantelées. En 1291 les Mamelouks abattirent le dernier royaume des Croisés.

Pendant cette période, Jérusalem connut un déclin: population réduite par les pillages et massacres successifs – d’autant qu’une nouvelle invasion mongole, en 1260, avait entraîné la fuite des habitants – et la Palestine n’occupait pas une place importante au sein du vaste empire de l’Islam.

Les vols et les razzias ravageaient également les terres agricoles, laissées à l’abandon.

La société mamelouke imposait le port de signes distinctifs à chaque communauté: turbans jaunes pour les Juifs, turbans rouges pour les Samaritains, turbans bleus pour les Chrétiens, turbans blancs pour les Musulmans.

Ainsi aux XIVe et XVe siècles, Jérusalem redevint une ville de province qui conserva toutefois un rayonnement intellectuel et culturel important ; ville de pèlerins et d’érudits (2), elle accueillait également les exilés politiques.

L’arrivée de Nahmanide

Quant à la présence juive à Jérusalem , elle n’avait jamais disparu et prit une nouvelle vigueur au XIIIème siècle après l’arrivée du rabbin espagnol Nahmanide surnommé Ramban.


Ramban qui  fuit les persécutions des rois d’Espagne arriva à Jérusalem en 1267 à l’âge de 73 ans.

Dans une lettre adressée à son fils, il raconta qu’il ne trouva que deux juifs, frères et teinturiers de métier. Tous trois virent une maison en ruine avec des piliers en marbre et un beau dôme, ils en firent une synagogue. Ils firent venir de Sichem, Naplouse, les rouleaux de la Loi, transportés là-bas lors de l’invasion tartare.

Pendant les trois dernières années de la vie de Ramban, sa synagogue fut le lieu de rencontre de la communauté juive, décimée depuis le massacre croisé de 1099.

Nahmanide prônait pour les juifs l’obligation d’habiter en terre d’Israël (la Palestine de l’époque). C’était pour réveiller l’intérêt pour les textes bibliques chez les quelques Juifs qui y habitaient que Nahmanide écrivitt le commentaire sur la Torah.

La communauté juive commença à se concentrer dans le quartier juif actuel, établi au sud-ouest du Mont du Temple.

De 1267 à 1483, la population juive passa à 500 personnes pour une population globale estimée à trois mille habitants.

La communauté juive comprit désormais des exilés espagnols et des immigrants d’Europe centrale.

Elle prospéra jusqu’à la fin du XVème siècle, malgré les frictions avec les autorités ottomanes sur les taxes de péage, la capitation et l’usage des synagogues.

 

Rabbi Obadia de Bertinoro

En 1488, Rabbi Obadia de Bertinoro (1450-1510), le célèbre exégète de la Mishna arriva à Jérusalem, il en devint le chef spirituel et laisse cette description : « Mais que dois-je vous dire sur ce pays ? Grande est la solitude et grandes sont les pertes et, pour décrire cela brièvement, plus les lieux sont sacrés, plus grande est leur désolation ! Jérusalem est plus désolée que le reste du pays[1]. »

Les Juifs en Eretz Israël étaient d’une pauvreté extrême et il sut s’imposer dans la communauté juive qui venait d’être augmentée de Juifs espagnols fuyant l’Inquisition et dont certains s’arrêtèrent en Palestine de l’époque tandis que d’autres poursuivirent leur chemin vers la Turquie et la Grèce. Bertinero devint la plus haute autorité rabbinique de l’époque.

Obadiah est obligé de creuser lui-même de creuser la tombe d’un Juif. C’est à ce moment que le Mont des Oliviers devient un lieu de sépulture juive.

Il mit à profit la grande estime dans laquelle le tenaient les autorités gouvernementales d’alors pour faire baisser les redevances énormes qui étaient imposées aux Juifs.

Son honnêteté le rendit célèbre même chez les non-Juifs qui le respectaient énormément. Bertinero commenta aussi la Torah dans un livre intitulé : amarnaki : עמר נקי.

Félix Fabri, frère dominicain allemand et pèlerin à Jérusalem, expliquait ainsi à la fin du XVe siècle que les différends portaient bien davantage sur les espaces consacrés – le site du Temple et le Saint-Sépulcre, notamment – que sur la question de la souveraineté sur la ville.

Dans cette ville désormais majoritairement musulmane – sur dix mille habitants, on estime que Jérusalem compte au XVe siècle environ mille chrétiens et cinq cents Juifs – les persécutions et les vexations n’étaient pas rares envers les non-musulmans, et les lieux de culte étaient régulièrement saccagés. Tous les témoignages d’époque s’accordaient sur l’aspect « désolé » qu’offrait la Ville Sainte à l’époque mamelouke.

L’historien Mujir al-Din qui vécut dans la Ville Sainte presque toute sa vie, laissa une description au 15e siècle, il expliquait que, comme d’autres cités islamiques, Jérusalem étaient divisée en quartiers. Les neuf quartiers principaux étaient le quartier maghrébin, le quartier du Sharaf appelé auparavant le quartier des Kurdes, le quartier d’Alam dénommé ensuite le quartier de la Haydarira, le quartier des habitants d’Al-Salt, le quartier juif, le quartier de la Plume, le quartier de Sion à l’intérieur des remparts, le quartier de Dawaiyya, et enfin le quartier des Banu Hârith à l’extérieur des remparts et à côté de la citadelle.

Les théologiens musulmans créèrent de nombreuses écoles religieuses, appelées madrasas. Al-Aksa et le Dôme du Rocher furent restaurés et embellis. L’architecture chrétienne déclina, parce que soumise à de coûteux permis. Les non-Musulmans furent fréquemment persécutés.

Adaptation par Jforum

[1] Kobler (F.), ed. Letters of Jews Through the Ages From Biblical Times to the Middle of the Eighteenth Century. New York, East & West Library, 1978, vol. 1

 (2) En 1342, les Mamelouks autorisèrent les Frères mineurs à s’y réinstaller. Les pèlerinages purent reprendre. Ce fut  à cette époque que de nombreuses traditions chrétiennes liées à la vie de Jésus furent établies, notamment celle de la Via Dolorosa qui était jalonnée par quatorze stations, à l’emplacement de l’actuel couvent de la Flagellation où Jésus a été fouetté par les soldats et on lui a couronné la tête d’épines.

Le Chemin de Croix du Christ devint sacré pour les Chrétiens.

Lire aussi

Neher-Bernheim Renée, Jérusalem trois millénaires d’histoire, Albin Michel 1996.

Simon Sebag Montefiore, Jérusalem Biographie, Calmann-Lévy 2011

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