Réalisé par Anaïs Barbeau-Lavalette, le film Inch’Allah est sorti en salles. Ne l’ayant pas vu, aucune critique, aucun éloge n’en sera fait ici. Information certaine: l’engagement pro-palestinien de sa réalisatrice, signataire d’un appel destiné à condamner ce qu’il est convenu d’appeler «l’apartheid israélien.» Chacun est libre d’avoir son idée sur le sujet, privilège des démocraties occidentales. Alléluia ! L’objectif de ce texte consiste alors à apporter un éclairage moins critique sur l’État d’Israël.
La clé USB, le processeur Intel 8088, l’irrigation par goutte-à-goutte, la tomate-cerise, l’épilateur électrique, la fenêtre solaire ou encore les grilles de voitures électriques sont, pour ne citer que celles-ci, des créations israéliennes. Les prix décernés aux chercheurs et artistes confèrent à cet État, vingt-huit fois plus petit que la France, un rayonnement international incomparable.

Le fondement et la légitimité d’Israël furent pourtant remis en cause par les Nations Unies : en 1975, la résolution 3379, votée par l’Assemblée générale puis révoquée en 1991, comparait alors le sionisme à une forme de racisme.
Tandis que le conflit israélo-arabe retient l’attention de l’ONU et des médias, la question de «l’apartheid arabe» reste, pour sa part, dans l’ombre. Ce vide médiatique avait d’ailleurs conduit le journaliste Khaled A. Toameh à s’interroger sur le silence qui entoure le sort des réfugiés palestiniens des pays arabes. Pour mémoire, au Liban, près de 400 000 réfugiés sont encore apatrides, géographiquement et socialement limités à des emplois déterminés. En Jordanie, ils furent déchus de la citoyenneté jordanienne lors du désengagement de la Cisjordanie. En Syrie et en Égypte, leur sort n’est guère plus réjouissant. 1″>Article original À l’automne 2011, Mahmoud Abbas avait même déclaré que les réfugiés des pays arabes ne pourraient prétendre au «droit au retour» en Palestine si l’État palestinien était reconnu. Ironie de la situation : il est plus facile pour un réfugié d’acquérir la citoyenneté israélienne, canadienne ou américaine que d’obtenir le passeport d’un pays arabe. Quant aux Israéliens arabes, ils n’abandonnaient certainement pas leur citoyenneté pour vivre dans un État frontalier. Israël serait-il finalement le seul «allié» régional des Palestiniens?
Si l’essor de la technologie militaire israélienne fit naître dans l’imaginaire social une représentation guerrière de cette nation, les dirigeants arabes occupèrent aussi un rôle central dans la modification de la représentation du conflit israélo-arabe. Sur la scène internationale, celui-ci ne devait plus être vu entre l’État d’Israël et les pays arabes : une certaine sympathie pouvait alors être accordée à Israël puisque son territoire ne pouvait rivaliser avec la vaste étendue du monde arabo-musulman. La lutte devait opposer les Israéliens aux Palestiniens pour en changer la perspective. On pouvait ainsi considérer Israël comme une puissance bien établie alors que les Palestiniens apparaissaient insatisfaits et démunis. Toujours actuelle, cette approche joua largement en faveur des Palestiniens et leur attira une sympathie mondiale, transcendant bien souvent les clivages qui séparent les hommes et les nations : ni le terrorisme, ni la corruption gangrenant le Hamas et l’Autorité palestinienne, ni les crimes d’honneur, ni les lois antisociales prises par le Hamas ne diminuent la détermination de ceux qui font du soutien aux Palestiniens une nécessité quasi absolue.
À la lumière de ces quelques faits, un peu moins de militantisme à sens unique de la part de cette réalisatrice serait appréciable. Rappelons enfin que critiqués aujourd’hui pour avoir établi un État, les Juifs étaient persécutés hier au sein des nations pour n’en posséder aucun : Israël serait-il devenu le Juif des nations ? Mektoub ?
1″>Article original Khaled A. Toameh, « Les Palestiniens dans le monde arabe : Pourquoi le silence ? », juillet 2010 et Esther Benfredj, « Connaissez-vous le conflit arabo-palestinien ? », en ligne sur le site Causeur, septembre 2012.
ESTHER BENFREDJ Article original
Titulaire d’une maîtrise en droit international (Université de Montréal) et en science politique (Université Jean Moulin, France)
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