Hélène et ses fils à Jérusalem (Richard Rossin)

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Hélène et ses fils à Jérusalem

le 07.01.2020  www.lemondejuif.info

 

Lorsqu’Hélène régnait à Adiabène, la Judée vivait des temps difficiles sous administration romaine. Des guerres internes avaient fait venir en -63 Pompée qui avait pris Jérusalem puis Hérode le bâtisseur, le roi paranoïaque, avait été roi par la grâce de Rome.

Hérode mourut et les envahisseurs romains étaient devenus le seul pouvoir. Il n’y eut que les trois années du règne (41-44) d’Agrippa 1er, petit-fils d’Hérode et de Mariamne l’Hasmonéenne, pour apporter quelques espoirs aux Judéens d’alors.

L’Adiabène qui avait été, comme la Judée, une satrapie de l’empire perse, réapparaît avec la disparition de l’empire séleucide et correspond aux territoires kurdes d’aujourd’hui.

Elle était officiellement un royaume vassal de l’empire parthe dans un équilibre politique difficile aux confins des trois puissances impériales de l’époque: la Parthie, l’Arménie et Rome.

Sa capitale Arbalès près de l’actuelle capitale du Kurdistan irakien, Irbil, est entre deux affluents du Tigre, les Petit et Grand Zab ; on appelait aussi la région le pays des deux Zab.

Hélène eut sept enfants de son époux, le roi Monobase 1er qui joua habilement des difficultés géopolitiques faisant de son royaume un Etat puissant, largement autonome et agrandi.

Monobase choisit son deuxième fils Izatès pour successeur et l’envoie au royaume de Mesene où il épouse Symacho, la fille du roi, et reçoit des terres riches. Il y rencontre Ananias qui l’enseigne sur le judaïsme et Izatès se convertit ; Symacho aussi s’était convertie.

Monobase 1er vieillissant fait offre à son fils et futur successeur du territoire de Carrhes (au sud d’Edesse) là où le roi parthe avait vaincu Rome en-53

A la mort de Monobase 1er, Hélène doit gérer la succession. Si les nobles du royaume acceptent Izatès II pour roi, ils demandent, comme c’est l’usage pour éviter les guerres de succession, l’exécution des autres fils du roi. Hélène obtient que cette décision soit laissée à Izatès qui vivait alors dans le pays de Carrhes et réussit même à y faire nommer régent Monobaze bar Monobaze, son fils ainé.

Quand Izatès ceint la couronne, en juif, il trouve la situation de ses frères impie et les fait donc libérer. Mais il les envoie chez Artabane le Parthe et à Rome où règne Claude.

  A l’acclamation de l’empereur, le futur roi de Judée, Agrippa 1er, avait joué un rôle central. C’est alors qu’Izatès annonce publiquement sa conversion au judaïsme et apprend que sa mère s’était aussi convertie. Il se fait circoncire… Sa famille et nombre de nobles le suivent dans cette voie.

Son fils installé sur le trône, Hélène part pour Jérusalem vraisemblablement avec son fils Monobaze. Elle connut sûrement l’espoir suscité par les trois ans de règne d’Agrippa 1er puis l’effondrement des rêves des Judéens.

Elle y est rapidement célèbre pour sa générosité dans tout le pays, en Galilée comme en Judée et chez les Samaritains. Lors d’une famine à Jérusalem (entre 46 et 48 ; Julius Alexander, neveu de Philon d’Alexandrie, est procurateur), elle affrète des navires pour l’Egypte chercher des céréales et pour Chypre pour rapporter des figues sèches ; tout est distribué aux affamés hiérosolymitains.

Elle est aidée par Monobaze bar Monobaze et Izatès envoie une forte somme d’argent. L’évergétisme d’Hélène parait sans limite.

Très pieuse, elle suit les enseignements de l’école de Hillel et fait des dons au Temple. Son chandelier d’airain (certains disent d’or) sur la porte du sanctuaire est célèbre ; il reflète les rayons du soleil levant à l’heure de dire le Chema.

On connait aussi la plaque en or gravée du passage de la Thora[1] que le grand prêtre devait lire face à une femme soupçonnée d’infidélité.

Pendant ce temps, en Adiabène, Izatès II doit faire face à des conflits avec ses voisins, certains ourdis par des nobles opposés au judaïsme du roi (contre le roi arabe Abia et Vologèse 1er roi des Parthes) ; sa mère fait le vœu, s’il revient sain et sauf de la guerre, d’observer le nazirat pendant sept ans.

Elle le respecte plus longtemps encore. Izatès est fin politique dans le conflit interne parthe et mène habilement sa neutralité entre les empires arménien, parthe et romain. Son pays est prospère et s’étend. Le roi envoie cinq de ses fils à Jérusalem pour leur instruction judaïque (Graetz).

Hélène se fait bâtir un palais en Galilée et un autre à Jérusalem. Ce dernier, entre l’Ophel et le mont du Temple, au milieu de l’Akra, est incendié par les Romains lors de la mise à sac de Jérusalem en 70. Il a été redécouvert en 2007. La famille a en outre une résidence à Lod où elle a installé une immense Soucca de plus de dix mètres de haut.

Elle fait construire un mausolée visitable aujourd’hui, bien qu’avec difficulté parce que faisant partie du patrimoine de la France en Terre Sainte. On y descend par un escalier monumental typiquement hérodien vers le plus grand miqvé connu. L’ouverture du l’hypogée, dans la cour à gauche de l’escalier est sous une plate-forme métallique à claires-voies cadenassée.

On aperçoit la pierre roulante qui l’obstrue et que Pausanias (115-180) a décrit la porte qui ne s’ouvrait qu’une seule fois par an, tel un automate et il en a fait l’une des merveilles du monde. Les trois pyramides décrites par les auteurs antiques ont disparu depuis longtemps.

Dans le vestibule une plaque appliquée par Henri Pereire sur la destination des lieux, l’engagement de la France : pour le conserver à la science et à la vénération des fidèles enfants d’Israël. Ceci rend inexplicable la mise à disposition en 1997 par le consul  de France Stanislas de Laboulaye à une association culturelle palestinienne, Yabous[2] pour un festival annuel de musique…

Quoi de mieux qu’un concert palestino-français pour protéger un lieu saint juif et kurde de toute profanation ? En prenant possession en 1886 du mausolée monolithe, la France s’était pourtant engagée par contrat à n’effectuer, dans l’avenir, aucun changement dans la destination actuelle de ce monument ? Le scandale a fait fermer le site en 2010 jusqu’en octobre 2019 pour travaux.  Coût total des travaux de dix ans : un million cent mille euros…

Rentrée en Adiabène, Hélène survit peu à son fils Izatès II. Son fils ainé, Monobaze II, monté sur le trône, fait selon leurs désirs, transporter à Jérusalem les dépouilles de sa mère et de son frère ; il fait déposer leurs sarcophages dans l’hypogée du mausolée, sous les pyramides.

Monobase II fut particulièrement généreux, lui aussi, avec le Temple, offrant notamment toute la vaisselle en or. Aux reproches, il argue : Mon père a économisé pour ici-bas et je suis en train d’économiser pour là-haut… Mon père a économisé dans un endroit qui peut être corrompu, mais j’ai conservé dans un endroit qui ne peut être altéré… Il possédait aussi à Jérusalem un palais près de celui de sa mère.

Monobase II s’est allié avec succès au roi parthe Vologèse face aux manigances romaines en Arménie dont il est vassal. Lors de la révolte juive contre Rome (66-70), il envoya des provisions et des troupes en soutien aux Judéens. Il est probable que lui et plusieurs membres de sa famille aient participé aux combats ; il y aurait perdu la vie (vers 68). Sa dépouille rejoint celles de sa mère et de son frère dans ce qu’il est convenu d’appeler le Tombeau des rois.

Izatès III lui succède de 68 à 71 puis l’Adiabène disparait de l’Histoire, cependant plusieurs rois de principautés au Moyen Orient, notamment à Edesse, sont de la famille des Monobases.

Richard Rossin      www.lemondejuif.info

Ancien secrétaire général de MSF, cofondateur de MdM,

Ancien vice-président de l’académie européenne de géopolitique.

[1] Nombres IV, 21 àVII, 89. ParachaNasso.

[2]Prétendu nom de la cité jébuséenne un kilomètre plus au sud.

3 COMMENTS

  1. belarticle et d’ actualité avec cette prétention bien française dese proclamer propriétaire du Tombeau des Rois juifs

    et dont j’ ai cru comprendre que le sarcophage de cette reine est au louvre ? et ses restes dans une quelconque cave de ce musée entrepôt

    • Parfaitement historique…
      Seule la graphie de Myriam en Mariamne, une nouveauté ou une coquille, résonnant avec la graphie musulmane, alors que l’islam n’apparaîtra que 6 siècles plus tard…

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