Emor: un avant-goût de Chavouot? Vidéo

Cette péricope du troisième livre du Pentateuque : Lévitique ou Torat Cohanim, est riche en commandements dont les premières citées concernent les Cohanim avec la différence qui existe entre le Cohen Gadol et le Cohen Hédyote, et tout ce qui les concerne : tant sur le plan de la défense de se rendre impur que la façon de se marier, qui a le droit de consommer la nourriture sacrée qui leur est attribuée et bien d’autres sujets tels que celui du blasphémateur, ou de celui qui enfreindra les commandements et la façon dont il faudra le traiter.
Cependant, étant donné que ce shabbat EMOR se rapproche de Shavouoth puisqu’il ne restera plus que 22 jours d’Omer à compter, nous allons nous arrêter sur une mitsva – qui en elle-même évoque Shavouoth – il s’agit de la mitsva de la moisson avec le « commandement » de moissonner, et de laisser aux pauvres et aux étrangers, aux veuves et aux orphelins2, les épis tombés, les gerbes oubliées et surtout les coins des champs qu’il sera interdit au propriétaire agricole de moissonner3.
De la manière d’abandonner son champ et de la largesse avec laquelle il considèrera son offrande aux pauvres (d’un bon œil), dépendra la récompense qu’il recevra du Créateur.
Le Midrash rapporte une « discussion » entre HaShem et des anges qui demandent pour quelle raison l’Éternel décide des récompenses à attribuer aux Nations diverses et le Saint béni soit-IL S’exprime ainsi : la disparition de certains peuples dépend de leur façon de vivre mais, pour ce qui concerne Israël ; Je ne le détruirai pas parce qu’Israël a accepté et applique la mitsva de la moisson des champs (mitsvat haléketh, Shikhekha ouPéa).
Certains exégètes ont bien entendu commenté et confié leur avis à propos de cette mitsva et certains points méritent d’être cités car ils contribuent à faire comprendre cette disposition sociale vis-à-vis de gens que l’existence n’a pas favorisés.
Parmi les interrogations diverses nous en signalerons quelques-unes : le Rav Sorotskine dans Oznaïm la Torah pense que cette mitsva du léketh (moisson) est une façon supplémentaire de favoriser la tsédaka (charité) et aussi le lien entre cette mitsva et la fête de Shavouoth ne peut être plus clair : en effet, dès le lendemain de Pessah, on suppute l’Omer et on doit présenter nos offrandes de céréales moissonnées au Temple ; de plus, c’est à partir de ce deuxième soir de Pessah qu’il nous est demandé de pratiquer le compte de l’Omer et de compter ainsi 50 jours d’Omer, pour célébrer la fête de Shavouoth. Le rapport entre cette nouvelle moisson et le roi David est clair et il est double : en effet David est le descendant de Ruth la Moabite qui épousa Boâz, lequel permit à cette étrangère et pauvre de surcroît de glaner dans son champ.
Le Rav Sorotskine souligne que dans le verset de la mitsva de leketh shikhekha oupéa, les noms de Boâz et de Ruth se trouvent car il est écrit : Taâzov (abandonne) תעזוב et dans ce mot se trouvent les lettres du nom בועז précédées de la lettre ת qui, jointe aux lettres initiales des mots ו לגר va former le nom de Ruth רות. De plus, David est, comme beaucoup de sages, né et mort le même jour : celui de Shavouoth !!!
Après la fête de Shavouoth, nous ne comptons célébration festive jusqu’à Rosh HaShana en dehors des deux jeûnes du 17 Tamouz et du 9 Av.
Shavouoth, de par la promesse faite à Ruth de voir apparaître le Messie dans sa descendance, est une fête « messianique » et, parmi les exégètes se dessine une merveilleuse perspective pour la « fin des temps »….. et, celui qui réalisera la mitsva de laisser les pauvres et les étrangers glaner dans son champ avec toute la largesse et la bienveillance voulues, se hissera à un niveau si élevé qu’il sera considéré comme s’il avait par lui-même construit le Beith HaMikdash et comme s’il avait présente par lui-même tous les sacrifices, tant HaShem considère ce commandement comme essentiel. Le Kli Yakar comme d’autres commentateurs s’interrogent sur le fait qu’à deux reprises il est question de cette mitsva avant Shavouoth mais aussi avant Rosh Hashana.et pas seulement entre Pessah et Shavouoth ?
On trouve une indication dans le fait qu’en nous souvenant le 14 Iyar de Pessah (lors de Pessah Shéni) nous avons prononcé une bénédiction sur la libération d’Israël du pays d’Egypte et, dans cette longue phrase, un mot interpelle notre réflexion : en effet, nous remercions alors l’Eternel de nous avoir libérés d’Egypte nous et nos ancêtres pour nous retrouver ce soir-là de Pessah à manger des matsoth et des herbes amères et que nous souhaitons ardemment qu’IL nous fera parvenir à d’AUTRES FÊTÉS en paix.

La symbolique des fêtes

AUTRES FÊTES se dit en hébreu moâdim ahérim מועדים אחרים. La question est simple : pour quelle raison a-t-on employé le mot ahérim ou autre (אחר) au lieu d’avoir employé le mot habaim הבאים soit prochaines (fêtes). S’il est écrit ahérim c’est insiste le Rav Schwab Shim’on ben Yéhouda Leib dans son ouvrage מעין בית השואבה, parce qu’il est ici fait allusion aux 4 prochaines fêtes4 dont se parera le calendrier hébraïque après la Guéoula sheléma lorsque le Mashiah se sera dévoilé à nous et qu’alors tous les jours de jeûne se transformeront en jours de fête : de cette manière, le 17 tamouz sera l’anniversaire des premières tables de pierre, le 9 av sera un jour de liesse qui remplacera Kippour (puisqu’aujourd’hui les mêmes interdictions frappent le 9 av et yom kippour qui sont tous deux des jeûnes de 25h) en Eloul aura lieu la fête de Souccoth et celle de Simhat Torah (SHEMINI ATSERETH) aura lieu en Tishri…
Plusieurs commentateurs se rejoignent dans le fait qu’il existe des liens réels et très forts entre les trois patriarches et les Temples :
Le 1er Temple de Jérusalem (Abraham l’homme fort comme un roc dans sa foi) fut détruit et il n’en resta aucun souvenir.
Le 2ème Temple de Jérusalem (Isaac l’homme des champs et donc en rapport avec la mitsva du glanage) fut détruit et il en reste un souvenir : le kotel un peu comme l’angle des champs que l’on ne moissonne pas.
Le 3ème Temple de Jérusalem (Jacob qui considéra que le Temple sera une « MAISON » ou Beit Kel qui sera pour l’Éternité car il prendra pour base ce mur qui est resté debout et tout reprendra racine.

Cette mitsva du glanage et de la moisson est si importante qu’elle est pour le peuple tout entier un gage de beauté de bonté de sérénité et d’Éternité en recevant sur nous le joug du Royaume des Cieux.

Le mariage des cohanim

La Torah expose dans ses détails les règles concernant les mariages des pontifes qu’il s’agisse du Cohen « hédiote » ou du Cohen gadol. Le cohen n’a pas le droit d’épouser une femme autre qu’une vierge, ni une veuve ni une divorcée ni une fille aux mœurs dissolues car, le Cohen dans l’exercice de ses fonctions doit sauvegarder la pureté et la sainteté des lieux, des objets et des choses. Le verset 7 énonce :
« אישה זונה וחללה לא יקחו »Une femme prostituée ou déshonorée ils n’épouseront point.

Ainsi sont exclues du mariage aux Cohanim les femmes veuves ou divorcées et/ou converties à moins qu’il ne s’agisse d’une fille de convertis. Cependant une veuve est permise à un cohen « hédiote » alors que seule une veuve d’un cohen peut être permise à un cohen gadol. La parasha précédente : Kedoshim montre à quel point il est important de sauvegarder la pureté et la sainteté des actes faits dans le Temple et, pour HaKadosh baroukh Hou et pour préserver cette pureté morale et matérielle il convient par conséquent d’édicter des lois ayant trait aux mariages comme cela a déjà été exposé et a fortiori pour ceux qui sont les gardiens du Temple et du culte.

Si un cohen veut absolument se marier avec une femme qui est incompatible à son rang et à ses fonctions, les rabbins avaient décidé de déchoir le cohen de ses fonctions en rappelant toutefois ses anciennes fonctions par un patronyme composé des cinq lettres initiales des cinq mots compris dans les cinq premiers mots de ce verset : א-ז-ו-ל-י . Selon les contrées dans lesquelles ces unions ont été consacrées, les noms adoptés pour signaler ces cohanim déchus de leur pontificat sont variables cela peut-être : Barkan (fils de cohen) ou Kessous ou encore Allal ou Hallal, Abitan, Azoulay, etc..
Il n’empêche qu’un cohen déchu et Talmid Hakham sera considéré pour ses connaissances mais ne pourra servir au Temple.

Le Blasphaméteur:

Un problème se pose vers la fin de la péricope il va s’agir des pains de proposition qui doivent être disposés sur la table de proposition et ne seront renouvelés que neuf jours plus tard. Le commentaire s’étonne : le Roi ne consommera-t-Il pas du pain frais ? C’est alors que survint un cas : un homme sort d’entre les autres……. Le texte nous précise que sa mère est juive mais pas son père, qui est égyptien et cela pose un très gros problème : car lorsqu’une fille se marie elle abandonne sa famille et la tribu dont elle est issue et y abandonne ses droits d’héritage. En conséquence, les droits d’héritage sont patrilinéaires et, cet homme, fils de Shlomit, fille de Dibri de la famille de Dan n’a aucun droit sur les territoires de Dan ni dans le camp de Dan.
Dans le livre des Nombres, nous avons assisté à « l’affaire » des filles de Tselofhad qui n’eut que des filles et qui ont su présenter leur argumentation et ont eu gain de cause et ont donc eu le droit d’avoir et partager leur héritage (en terres) appartenant à leur père mais ici, cet homme n’a pas su présenter les choses et, de force, il s’est installé dans le camp de Dan auquel intrinsèquement parlant Shlomit sa mère n’avait plus droit. S’il y avait mis la forme il est fort possible que le tribunal ait statué en sa faveur et il n’eût pas été chassé. En conséquence, il a été exclus du camp mais il s’est automatiquement senti exclus et en tant que tel il s’est permis de railler. Autre explication  de R’ Lévy selon Vayikra Rabba, « il est sorti » signifie qu’il est sorti de son monde en tirant un parallèle avec le verset ayant trait à Goliath (Samuel I – chap. XVII, 4) et, d’après le Sifra : Cet homme serait sorti du tribunal de Moïse.
Le commentaire de R’ Lévy est intéressant : Il part du principe que l’homme est un microcosme et le fait d’être sorti cela revient à dire qu’il est sorti de son microcosme, de son monde à lui et, pour R’ Lévy, puisqu’il n’est Juif que de mère il n’a peut-être pas compris les mitsvoth de la Torah ni concernant les pains de proposition ni concernant les lois de l’héritage et, ne sachant pas être son propre avocat, il s’est enflammé et a blasphémé. En tant que coléreux, il est « sorti » de sa condition d’homme et s’est rendu abject comme un animal sauvage qui n’a ni foi ni loi.
Caroline Elishéva REBOUH

1 Car cette année nous lirons les deux dernières sections ensemble : BeHar Behoukotay.

2 En résumé aux personnes n’ayant aucun recours familial, légal ou autre que la bienfaisance.

3 En règle générale, le propriétaire moissonnera, liera ses gerbes, mais, il laissera le bout de son champ non moissonné pour le laisser à ceux qui n’ont pas de quoi vivre ni nourrir leurs familles.

4 A la place des jeûnes du 17 tamouz, du 9 av, du 3 tishré et du 10 teveth;

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