Démissions en cascade à Debout la France ou comment Nicolas Dupont-Aignan a tué son propre mouvement

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/ Jeudi 26 novembre 2020 à 17:0022

Image d’illustration. Photo © ISA HARSIN/SIPA

Quelques jours après le départ de plusieurs cadres de Debout la France, Kévin Bossuet, professeur d’histoire et chroniqueur, déplore la gestion du parti par Nicolas Dupont-Aignan, coupable de ne pas avoir saisi certaines mains tendues.

Jean-Philippe Tanguy (bras droit de Nicolas Dupont-Aignan et porte-parole du parti), Anne-Sophie Frigout (vice-présidente et déléguée nationale à la dignité animale), Alexandre Loubet (directeur de la communication et ex-président des Jeunes du parti) et Damien Toumi (délégué national): on ne compte plus au cours de ces derniers jours les défections au sein de Debout la France tant ces dernières se sont multipliées et menacent à terme l’existence même d’un parti à la dérive qui n’a jamais vraiment su s’imposer comme une force politique capable de rassembler au-delà de son petit cénacle électoral.

Il faut dire, qu’au cours de ces derniers mois, Nicolas Dupont-Aignan n’a eu de cesse de multiplier les erreurs souvent grossières laissant souvent circonspects ses plus proches collaborateurs qui n’ont progressivement plus vu en lui un homme capable de rassembler les Français mais un triste luron vacillant qui n’aura réussi qu’une seule chose sur la scène politique nationale : diviser la droite tout en se ridiculisant allègrement.

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En reniant ses propres engagements et en sabrant par pur égotisme et nombrilisme la stratégie de l’union des droites qu’il prétendait pourtant défendre, le leader de Debout la France a torpillé son image d’homme probe, fiable et rassembleur

Les élections européennes qui se sont déroulées en mai 2019 sont, de ce point de vue, assez éloquentes. En effet, alors que la liste de Debout la France était, en décembre 2018, créditée de 7 à 8 % des intentions de vote, beaucoup plus que les 4,7 % réalisés à la dernière présidentielle, c’est finalement avec le score de 3,51 % que s’est retrouvé le parti gaulliste. Avec aucun élu et un score lui permettant tout juste d’être remboursé de ses frais de campagne, c’est bien un véritable fiasco qu’a dû essuyer Nicolas Dupont-Aignan. Celui qui voulait rassembler les droites s’est, en fin de compte, retrouvé à la tête d’une liste n’arborant quasiment que des candidats de son propre mouvement. Il aura largement payé le fait qu’il n’a jamais vraiment voulu accueillir au sein de sa liste pour les européennes des personnalités extérieures de poids de peur ne plus être au centre de toutes les attentions.

C’est dans ce contexte que Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate (PCD), a été évincé à la dernière minute de la liste de Debout la France sur laquelle il devait initialement figurer. Là est sans nul doute l’erreur fatale qui aura contribué à discréditer celui qui prétendait vouloir unir les droites. En reniant ses propres engagements et en sabrant par pur égotisme et nombrilisme la stratégie de l’union des droites qu’il prétendait pourtant défendre, le leader de Debout la France a torpillé son image d’homme probe, fiable et rassembleur, capable d’oublier ses petits intérêts partisans au service d’une stratégie dépassant sa propre personne.

Dégringolant dans les sondages au moment où il a pris cette décision et étant de plus en plus distancé par la liste LR portée par le très catholique François-Xavier Bellamy, c’est par la force des choses qu’il a été contraint de changer de stratégie. L’électorat conservateur n’avait alors plus ses faveurs ; c’est vers la frange la plus sociale du peuple de droite qu’il a alors décidé de se tourner en mettant notamment en selle le Gilet jaune Benjamin Cauchy. Debout la France a alors à ce moment précis perdu ses valeurs et sa saveur en tentant d’apparaître comme un parti de la contestation sociale ; là où il a toujours obtenu ses meilleurs scores en défendant la nation et en luttant activement contre l’insécurité et l’immigration. Tout a alors sonné faux ! Nicolas Dupont-Aignan qui avait fondé toute sa légitimité et sa crédibilité sur la défense des valeurs traditionnelles du gaullisme est alors apparu comme un arriviste de pacotille instrumentalisant la contestation sociale pour mieux accroître son assise électorale.

Beaucoup ont compris que la seule chose qui intéressait Nicolas Dupont-Aignan est Nicolas Dupont-Aignan lui-même

Outre son manque de cohérence au niveau tactique et idéologique, c’est aussi sa stratégie de la victimisation outrancière et de l’esclandre systématique qui a conduit Nicolas Dupont-Aignan droit dans le mur. En multipliant les émissions au cours desquelles il n’a eu de cesse de mépriser et d’agresser verbalement les journalistes, notamment en pointant du doigt leur manque d’objectivité, d’honnêteté et de professionnalisme tout en leur reprochant de ne jamais l’inviter alors qu’il était invité partout, il est apparu comme un homme antipathique, aigri et inconvenant préférant satisfaire son égo démesuré plutôt que de défendre intelligemment ses idées. En recherchant la provocation et le clash à tout prix, là où il aurait dû utiliser le temps qu’on lui offrait pour défendre de manière apaisée ses idées, il s’est complètement délégitimé en passant pour un homme incapable de se contrôler et de conserver son sang-froid.

Dans ces conditions, il ne faut alors pas s’étonner que ses plus fidèles soutiens, et notamment des cadres de son parti, ont décidé de lui tourner le dos. Beaucoup ont compris que la seule chose qui intéressait Nicolas Dupont-Aignan est Nicolas Dupont-Aignan lui-même et que l’union des droites que ce dernier prétendait défendre n’était en fait que l’union des droites autour de Nicolas Dupont-Aignan et de personne d’autre ! En outre, sa propension à manipuler les militants de son parti pour mieux en tirer profit quitte à leur promettre des postes à tire-larigot n’a pu que dégoutter encore un peu plus ceux qui ne partagent aucunement avec lui cette façon détestable de faire de la politique.

Nicolas Dupont-Aignan a tué Nicolas Dupont-Aignan, c’est malheureux mais c’est ainsi !

D’ailleurs, contrairement à ce qu’il avait annoncé à ses proches en 2018, Nicolas Dupont-Aignan a finalement encore une fois changé de stratégie en renonçant à faire des alliances aux prochaines élections régionales; ce qui a encore une fois beaucoup déçu au sein du mouvement. Or, faire des alliances est le seul moyen pour Debout la France d’avoir des élus et un parti sans élus est un parti mort. Nicolas Dupont-Aignan ne semble pas vouloir le comprendre, éloignant encore un peu plus les cadres et les militants de son parti qui en ont marre d’être les dindons de la farce de ses petits revirements tactico-égocentriques.
La fuite des cerveaux dont est aujourd’hui victime Debout la France devrait peut-être faire réfléchir Nicolas Dupont-Aignan. La très haute estime qu’il a de lui-même semble assurément avoir détruit toutes ses chances en vue de la prochaine présidentielle. Celui qui prétend avoir un destin national nous aura finalement démontré qu’il n’a la stature que d’un d’élu local. Ce qu’il a fait pour sa ville de Yerres est sans aucun doute remarquable, mais malheureusement pour lui, Yerres n’est pas la France et Nicolas Dupont-Aignan n’est pas le général de Gaulle. Nous continuerons néanmoins à l’écouter car même s’il n’a strictement aucune chance de fédérer les Français, sa parole souvent libre et sans langue de bois est toujours intéressante à prendre en compte.

Nicolas Dupont-Aignan a tué Nicolas Dupont-Aignan, c’est malheureux mais c’est ainsi ! Il ne nous reste plus qu’à souhaiter une bonne continuation à Jean-Philippe Tanguy, à Anne-Sophie Frigout,  à Alexandre Loubet et à Damien Toumi et aux autres qui suivront qui, à défaut d’avoir perdu leur temps dans un mouvement sans avenir, auront au moins essayé pendant des années de faire changer un homme pétri d’incohérences et de certitudes. Le défi était de taille et il n’a d’ailleurs pas été relevé. Il ne reste plus qu’aux « Amoureux de la France » leurs deux yeux pour pleurer.

 

1 COMMENTAIRE

  1. Aussi peu fiable que Bayrou.
    D’ailleurs, aucun de tous ces hommes (et femmes) politiques que l’on voit entrer sortir et re-rentrer par la porte de derrière ne sont fiables ! Ils n’ont jamais rien fait foutu de leurs dix doigts, Ils se tiennent tous par les c…….. et sont complices de ce système de merde qui ruine notre pays et notre civilisation !

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