Israël, le Qatar et la Turquie s’affrontent sur l’avenir des armes du Hamas
Alors que la première phase du plan américain en 20 points pour Gaza touche à sa fin, la bataille diplomatique se déplace vers une question explosive : le sort de l’arsenal du Hamas. Au cœur de ce bras de fer, Israël d’un côté, et le tandem Qatar–Turquie de l’autre, défendent deux visions opposées du « lendemain de guerre » dans la bande de Gaza.
Le plan élaboré par Washington et Jérusalem prévoit explicitement le désarmement complet du Hamas, condition clé du passage à la phase 2, qui doit combiner retrait progressif de Tsahal, déploiement d’une Force internationale de stabilisation (ISF) et mise en place d’une administration palestinienne non affiliée au mouvement islamiste.
Israël s’inquiète désormais ouvertement de la stratégie de Doha et d’Ankara. Selon les évaluations de la Défense, les deux pays s’emploieraient à empêcher que la clause de désarmement ne soit appliquée dans toute sa rigueur, au profit d’arrangements intermédiaires permettant au Hamas de conserver une partie de son influence à Gaza.
Lors d’une conférence de presse à Jérusalem aux côtés du chancelier allemand Friedrich Merz, Benyamin Netanyahou a déclaré : « Nous avons quasiment achevé la première phase, il reste un dernier otage à ramener. » Il a ajouté que la force internationale envisagée « ne pourra pas accomplir l’essentiel », c’est-à-dire, selon lui, le désarmement effectif du Hamas. La question sera au centre de sa rencontre avec Donald Trump, prévue le 29 décembre, dédiée justement au lancement de la phase 2.
Doha et Ankara misent sur un désarmement graduel
Dans les discussions menées avec les États-Unis et d’autres médiateurs, le Qatar et la Turquie promeuvent un modèle de désarmement étalé dans le temps et moins frontal. Plusieurs options ont été avancées : transfert des armes à l’Autorité palestinienne, stockage sous supervision internationale ou « gel » de l’arsenal sous contrôle d’une future autorité palestinienne souveraine. Des responsables du Hamas ont déjà laissé entendre qu’ils seraient prêts à envisager un « stockage » ou une remise des armes si l’occupation israélienne de Gaza prenait fin.
Pour Ankara, le désarmement ne doit pas être la première mission de la Force de stabilisation. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, plaide pour une approche par étapes : d’abord séparer les forces sur le terrain et installer une administration civile palestinienne crédible, puis seulement aborder le démantèlement des capacités militaires du Hamas. La Turquie se dit prête à participer à l’ISF, malgré l’opposition israélienne à toute présence turque dans Gaza.
Le Qatar, de son côté, insiste sur le fait qu’un cessez-le-feu « réel » n’existe pas tant que l’armée israélienne reste déployée dans l’enclave et que la mobilité des Palestiniens est entravée. Doha met en garde : sans horizon politique clair et sans perspective d’État palestinien, un désarmement forcé risque de ne produire qu’un calme temporaire.
« Disarmament » ou simple « decommission » ?
Une divergence sémantique illustre ces tensions. Israël exige un « désarmement » total, au sens strict : plus aucune arme opérationnelle entre les mains du Hamas, et aucun accès à un arsenal stocké sous supervision. Washington et certains médiateurs parlent davantage de « mise hors service » (« decommissioning »), concept déjà utilisé pour l’IRA en Irlande du Nord, où les armes avaient été remises, scellées ou entreposées sous contrôle international.
Pour Jérusalem, ce type de mécanisme risque de devenir un simple exercice de façade, laissant au Hamas la possibilité de reconstituer rapidement une force armée en cas de crise. Les responsables israéliens insistent donc auprès de Washington : si la Force internationale ne reçoit pas un mandat clair et robuste pour désarmer le Hamas, Israël se réserve le droit d’intervenir lui-même pour « achever le travail ».
Une Force internationale introuvable tant que le désarmement bloque
En parallèle, les États-Unis peinent à assembler l’ISF prévue dans le plan. Plusieurs pays arabes et musulmans ont manifesté une disponibilité de principe, mais se montrent réticents à engager des troupes tant que le mandat exact de la force – et surtout la séquence du désarmement – n’est pas clarifié. L’Indonésie, l’Azerbaïdjan et d’autres capitales se disent prêtes à participer, mais pas à se retrouver en première ligne d’un affrontement direct avec le Hamas.
Dans ce jeu complexe, un acteur supplémentaire s’invite : Tom Barrack, ambassadeur américain en Turquie et envoyé spécial pour la Syrie. Il fait partie des voix à Washington qui voient dans Ankara un partenaire indispensable, tant pour l’architecture de sécurité à Gaza que pour l’équilibre régional avec la Syrie et l’Iran. Une approche que de nombreux responsables israéliens jugent déconnectée de leurs préoccupations sécuritaires immédiates.
À l’heure où la deuxième phase du plan pour Gaza reste suspendue à la question des armes du Hamas, l’enjeu dépasse le seul rapport de force militaire. C’est l’équilibre entre sécurité d’Israël, stabilité régionale et horizon politique pour les Palestiniens qui se joue, dans un dialogue où chaque mot – « désarmement », « stockage », « supervision » – pèse désormais autant qu’un bataillon.
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