De l’influence du Sage sur l’âne ou le chameau

Attention aux idées reçues sur l’âne

L’âne qui porte le nom de HAMOR vient de la racine Heth-Mem-Resh d’où vient le mot Homer ou matière  soit, avec l’âne, on est proche de la matérialité.

En revanche le chameau s’appelle GAMAL qui vient de la racine Guimel-Mem-Lamed  d’où l’expression guemilout hassadim = charité ou ligmol = récompenser  et bien d’autres mots  qui comportent tous une connotation de bien, de bonté ou d’équité.

Dans les Pirké Avoth ou Maximes des Pères,  nous apprenons que le Créateur, juste avant que ne commence le premier shabbat sur le monde, a créé  10 choses que nous retrouvons au long du récit de la Torah telles que le bélier qui s’est pris les cornes dans les broussailles lors de la ligature d’Isaac, ou,  la déchirure de la Mer Rouge pour laisser passer les Bené Israël à sa sortie d’Egypte, ou, le fait que l’ânesse de Bil’âm ait pu trouver la parole au moment opportun, ou que la terre se soit entr’ouverte pour engloutir les insurgés qu’étaient Coré (Korah), Dathan et Aviram et tous les  leurs et bien d’autres exemples.

Quel enseignement pouvons-nous en tirer ? Tout d’abord nous disent les Sages du Talmud, lorsque D. a créé le monde et l’ordre naturel des choses, IL a imposé à certains éléments/animaux et autres de réagir contrairement à leur nature dans des situations données : ainsi la fournaise n’atteignit pas Abraham, Joseph ne fut pas blessé dans le puits infesté de serpents et de scorpions, Daniel le prophète ne subit aucun dommage en étant jeté dans la fosse aux lions et bien d’autres exemples tel le soleil qui n’évolua pas pendant que Josué tenait front aux Gabaonites ou dans d’autres exemples…

Tout au long du récit biblique, nous voyons les héros bibliques se déplacer sur de courtes ou de longues distances à dos d’âne. Les seuls personnages bibliques se déplaçant à dos de chameaux sont Léa, Rahel et Bilha et Zilpa.

Rivka, tant qu’elle n’est pas l’épouse du patriarche se déplace à dos de chameau mais, dès qu’elle aperçoit son futur époux, elle descend du chameau.

Les commentateurs à toutes les époques se sont posé des questions à ce sujet. Nous sommes en possession de certaines données : Le Talmud statue que l’homme possède une influence sur la bête qu’il chevauche. Le chameau est un animal « impur à moitié » car il est ruminant mais  il n’a pas de sabot fendu.[1] L’âne est un animal  impur totalement car il n’est pas ruminant et n’a pas de sabot fendu.

Sur le plan des fonctions de reproduction, D. a donné trois possibilités :

Face à face tel l’homme ou les poissons

Face à nuque tels tous les animaux

Nuque à nuque comme les chameaux.

De tous ces genres, aucun ne s’émeut  d’être vu ou observé pendant « l’acte », sauf le chameau qui est capable de tuer celui qu’il voit l’observer en cet instant.

Pourtant, c’est l’âne qui a servi de moyen de locomotion aux patriarches et qui reviendra à la fin des temps[2] escorté du Prophète Elie.  En conséquence, que peut-on en conclure ?

Le commandement concernant l’observation du shabbat s’applique non seulement à l’homme et ses enfants (garçons et filles) aux serviteurs/servantes, esclaves, mais aussi au bœuf et à l’âne…

Les agadoth au sujet de bêtes telles que les vaches ou les ânes sont remarquables car ils prouvent ceci : que la bête soit pure (comme une vache) ou impure (comme un âne et nous verrons plus loin aussi pour le chameau), l’influence et l’atmosphère conférées au domicile où sont attachées ces bêtes sont importantes non seulement pour les hommes mais pour les animaux également, on raconte ainsi dans le Talmud qu’un homme pieux et très pauvre possédait une vache déjà vieille et, l’homme vivotait et la vache lui fournissait un peu de lait et il labourait son petit champ avec elle.

Mais, il advint qu’un jour, cet homme n’avait plus assez de forces pour labourer son champ et, il vendit sa vache à un non-Juif qui se servit de la vache tous les jours de la semaine. Le Shabbat, il voulut sortir travailler dans les champs comme à son habitude, mais, la vache ne voulut pas sortir. Elle meugla de toutes ses forces, le paysan  rossa la vache sauvagement mais rien n’y fit et elle resta à l’intérieur de l’étable.

Le  paysan  rendit visite au Juif pieux qui lui avait vendu la bête et lui reprocha de l’avoir trompé en lui faisant le récit de ce qui s’était passé le matin. Le Hassid s’en émut et lui dit : Je comprends ce qui s’est passé et je vais venir avec toi pour voir la vache : lorsqu’il fut près d’elle il lui murmura à l’oreille les paroles suivantes : « oh vache ! Lorsque tu étais chez moi, tu te  reposais le shabbat mais, à présent que tu appartiens à cet homme, il faut que tu fasses ton travail comme il te le demande ! » Le Juif pieux s’éloigna et la vache sortit de l’étable pour se rendre dans le champ et effectuer le travail demandé.

Cette agada n’est pas la seule : on raconte au sujet de l’âne  du beau-père de Rabbi Shimon Bar Yohay qu’il avait un comportement très particulier : il ne consommait que ce qui avait été « méôussar » (c’est-)-dire dont on avait prélevé la dîme ou « maâsser » ainsi, un jour, Rabbi Pinhas ben Yaïr,  propriétaire d’un âne, interrompit sa route un instant en s’arrêtant dans une auberge.

Les employés de l’auberge voulurent prendre soin de l’âne de leur hôte et ils mesurèrent de l’orge et lui donnèrent de l’eau à boire mais l’âne refusa de manger, ils tamisèrent l’orge, il refusa toujours de s’alimenter, constatant ce refus, ils informèrent R’ Pinhas ben Yaïr du fait que l’âne refusait de prendre quelque nourriture que ce soit. Le célèbre Tana leur conseilla de prélever la dîme sur ce qu’ils offraient à l’âne et c’est alors que se produisit un fait incroyable, dès que la dîme fut prélevée, l’âne s’alimenta et but pour réparer ses forces car l’âne de R’ Pinhas ben Yaïr ne mangeait qu’après que la dîme fût prélevée !!!

Ceci vient illustrer le fait que le comportement du maître d’un animal influe sur le comportement de la bête……

De l’influence du Sage sur le chameau

A partir de la parasha Hayé Sara, l’attention de nos sages a été attirée par deux faits particuliers le premier étant que la Torah qui, nous le savons bien, n’utilise pas de mots inutiles, prend la peine de signaler qu’Eliezer, l’homme chargé par Abraham d’aller à Haran quérir une épouse de la maison de ses pères pour Isaac, a pris avec lui dix chameaux et, ces chameaux étaient attachés les uns aux autres et portaient une sorte de muselière pour les empêcher de musarder en chemin puisqu’il y avait un but précis à cette expédition et qu’Eliezer tenait à s’en acquitter promptement.

 

Cependant, à la lumière des commenta ires apportés à la rencontre d’Eliezer avec la famille de Rebecca, nous comprendrons que l’essence de ces chameaux était supérieure car, Abraham ne pouvait posséder des chameaux ordinaires tout comme nous l’avons vu pour la nature de l’âne de R’ Pinhas ben Yaïr….

Mais, avant tout, il nous faut souligner la différence qui existe entre l’âne en général et le chameau : les deux animaux sont « impurs » néanmoins, l’âne est totalement impur alors que le chameau ne l’est qu’à moitié ! Comment se peut-il ?
La Torah distingue les animaux « purs » ou consommables par nous (kasher) par le fait qu’ils sont ruminants et que leur sabot soit fendu et, l’âne n’est pas ruminant et n’a pas de sabot fendu il est donc totalement impur cependant que nos Sages ont statué sur 4 animaux qu’ils sont à moitié impurs : à savoir le lapin, le lièvre et le chameau car ils sont ruminants et ont un sabot qui n’est pas fendu et le quatrième animal est le cochon/porc qui n’est pas ruminant mais possède des sabots fendus.
Les Sages pensent que ces 4 animaux se rattachent aux 4 exils du peuple juif : sous la domination de Babylone, de la Perse, des Grecs et de Rome. Ainsi, le rav Yossef Irgass trace le parallèle suivant : le chameau celui de Babel, le lapin représente l’exil de Perse, le lièvre la domination des Grecs et le porc celui d’Edom.
A la question de savoir pourquoi Eliezer prit la précaution d’emmener avec lui dix chameaux alors qu’il lui en fallait bien moins pour son transport et celui de la « dot » et des bijoux, les exégètes répondent que le serviteur d’Abraham s’était entouré d’un minyane (10 hommes) pour pouvoir conclure immédiatement les « kidoushine » -fiançailles – de Rivka pour Isaac. Selon d’autres opinions, ce fut pour créer une forte impression sur la famille de Rebecca.
Pour quelle raison les patriarches utilisèrent un âne comme moyen de locomotion alors qu’existaient des chameaux ? Seule Rebecca chevaucha un chameau jusqu’à sa rencontre avec Isaac et alors, elle descendit du chameau. Puis les femmes de Jacob voyagèrent à dos de chameau. Dans le Pirké dé Rabbi Eliezer, on trouve d’autres significations : lorsqu’Abraham rendait visite à Ishmaël, Sara l’exhortait de revenir très vite en insistant sur le fait qu’il ne devrait pas descendre de son chameau et, d’autre part, Joseph, involontairement fut transporté à dos de chameaux lorsque les Ismaélites le conduisirent en Egypte. Quelle est la cause de tout ceci ? Un midrash rapporte que lors de la faute d’Adam et Eve au Gan Eden, D. maudit la terre et de cette terre s’envolèrent des mouches, des puces et des moustiques mais aussi des chameaux. Il en ressort donc une certaine répulsion pour ce genre d’animal.
En mystique juive, néanmoins on insiste sur le fait que l’enseignement des patriarches influe sur les animaux : ainsi, le fait que les chameaux d’Abraham étaient muselés signifie que l’enseignement de la Torah était si important que l’on éduquait aussi les chameaux à ne pas manger n’importe où et, Lavan certifia à Eliezer qu’il avait ôté de la maison toutes les idoles et c’est alors que les chameaux furent délestés de leurs harnais de manière à leur permettre de se restaurer et de s’abreuver.
La mystique juive dit que le chameau est attaché par dix points différents à Isaac, Rebecca, Jacob, Rahel, au Beith Hamikdash, aux rêves, à l’Egypte etc…. Lorsqu’Abraham lie Isaac sur l’autel improvisé, il attache son fils en nouant ensemble jambe et bras comme on le fait généralement pour les animaux. Cette position s’appelle עקוד de la racine ligaturer ayin-kouf-daleth. Les Sages voient ainsi une connexion entre Isaac et le chameau : (מעלה גרה) le mot « guéra » en hébreu totalise 208 tout comme Isaac (Ytshak) 208 de même que l’on découvre un lien entre Moïse et l’âne qui transporta sa famille : ainsi Moshé = 345 tout comme le sabot non fendu de la bête (parsa)= 345.
Le chameau est présent dans des scènes bibliques telle la scène où Jacob envoie des cadeaux à son frère Esaü, ou lorsque Rahel a pris les pénates de chez son père et les cache dans la selle du chameau sur lequel elle est assise.
La présence du chameau inspire la miséricorde et la bonté ainsi lorsque Jacob envoie des chameaux à Esaü c’est dans le but de voir le regard de son frère se charger de bonté. Les Sages disent ainsi que si quelqu’un voit des chameaux dans ses rêves c’est qu’il a été jugé favorablement.
Il existe un recueil de citations bibliques concernant toutes les créatures que D a faites lors de la Création du Monde. Ce recueil se nomme « Perek Shira ». Il est bien connu car le réciter chaque jour pendant 40 jours est une « segoula » . Il est écrit dans le perek shira au sujet du chameau un verset tiré des prophéties de Jérémie (XXV, 30) :
יְהוָה מִמָּרוֹם יִשְׁאָג וּמִמְּעוֹן קָדְשׁוֹ יִתֵּן קוֹלוֹ–שָׁאֹג יִשְׁאַג עַל-נָוֵהוּ
L’Eternel rugit du haut des cieux, du fond de Sa demeure sainte IL fait retentir Sa voix; IL pousse de violents rugissements contre le lieu de Sa résidence, tel que les fouleurs au pressoir, IL lance des clameurs contre tous les habitants de la terre.
Dans cette partie de verset, le mot « rugir » se trouve trois fois ce qui fait dire aux exégètes que ces trois verbes font allusion aux deux temples détruit et au troisième à venir.
Lors de l’alliance faite avec Abraham entre les pièces de bétail (brith beyn habetarim), HaShem dévoile un peu de Son plan au patriarche : Le pays de Canaan vers lequel Abraham a dirigé ses pas n’appartiendra pas au peuple juif sans discontinuer, A chaque égard de conduite envers D., le peuple sera chassé, exilé mais après le dernier exil, le peuple regagnera sa terre et D. fera descendre des cieux le troisième temple entièrement reconstruit et c’est alors que le peuple pourra jouir de son pays.
Autre point positif concernant le chameau : il est la seule bête à avertir par un cri sa proie avant de la dévorer (Guemara Baba Bathra).
Par opposition à des milliers de différences (להבדיל אלף הבדלות), avant de faire sortir les Bené Israël d’Egypte, HaShem a donné – par les 10 plaies d’Egypte – des avertissements à Pharaon et son peuple…. De même, avant la destruction des Temples, D. a envoyé des Prophètes pour avertir les souverains et le peuple de faire Teshouva.

Caroline Elishéva REBOUH

[1] Le porc n’est pas ruminant et a les sabots fendus.

[2] C’est le même âne qui fut monté par Abraham et c’est encore le même qui fut l(âne de Moïse et sera celui du Messie !

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