Cette garde rapprochée très politique qui s’installe à Matignon avec Gabriel Attal.
Fraîchement investi, le nouveau premier ministre emmène avec lui ses quatre principaux conseillers, des fidèles dont il ne se sépare jamais.
Ils sont à la fois surnommés ses «Power Rangers», ses «Quatre Fantastiques» et sa « meute ». Nommé mardi à Matignon, Gabriel Attal fait venir avec lui ses quatre collaborateurs les plus proches. Des trentenaires pour la plupart d’entre eux, qui ont contribué à son ascension politique et qui intégreront son cabinet dirigé par Emmanuel Moulin, ancien directeur général du Trésor.

Fanny Anor, le bras droit
Parmi eux, Fanny Anor est celle qui s’est montrée la plus visible en arrivant à Matignon. Lors de la passation de pouvoirs avec Élisabeth Borne, mardi, sa silhouette est immanquable à l’arrière-plan, dans l’encadrement de l’entrée. Depuis l’Élysée, tout le monde a compris que le nouveau premier ministre voulait la placer. Elle l’épaulera en tant qu’adjointe du directeur de cabinet.
Bras droit de Gabriel Attal, cette diplômée de l’École normale supérieure de Lyon l’a accompagné dans toutes ses fonctions depuis son arrivée au gouvernement, en 2018: du secrétariat d’État à la Jeunesse au porte-parolat, puis aux Comptes publics et à l’Éducation nationale, où il l’a nommée directrice de cabinet. Elle avait déjà travaillé dans ce ministère comme conseillère spéciale de Jean-Michel Blanquer, après un passage à l’Institut Montaigne et dans l’enseignement secondaire, comme professeur d’histoire-géographie.
Maxime Cordier, l’organisateur
Chef de cabinet de Gabriel Attal, Maxime Cordier est connu comme étant son organisateur numéro un. Charge à lui de s’assurer du bon déroulé de ses déplacements et de la coordination de ses équipes. Comme il s’y est employé quand il l’a rejoint, en 2020, au porte-parolat du gouvernement, avant de devenir son conseiller spécial.
Venu de la droite, dont il connaît bien les élus – il a été assistant parlementaire de l’eurodéputée Nora Berra -, il apprécie Gabriel Attal depuis leur scolarité commune à Sciences Po. Avant de se retrouver à défendre le «dépassement» droite-gauche en macronie, les deux étudiants ont ferraillé dans la grande école parisienne, l’un à la présidence de la section UMP et l’autre dans les rangs du Parti socialiste.
Louis Jublin, le communicant
Il est celui avec lequel Gabriel Attal prépare ses opérations de communication et sculpte cette image qui l’obsède. Reconnaissable à son allure de dandy, dans l’ombre de son patron, Louis Jublin est l’artisan de sa montée en puissance médiatique, à grand renfort d’interviews travaillées au millimètre – dont son récent passage dans «Sept à huit», dans lequel il confie avoir été harcelé au collège.
Conseiller spécial du premier ministre, cet homme de réseaux originaire des Deux-Sèvres a fait ses armes à droite, auprès de l’ex-député UMP Bernard Carayon, puis de Jean-François Copé, à l’époque où il dirigeait le groupe majoritaire à l’Assemblée. Volontiers adepte des coups d’éclat, au risque d’agacer les ministres auxquels Gabriel Attal a fait de l’ombre, il sera désormais contraint de veiller à la coordination de la communication gouvernementale et d’éviter les faux pas.
Antoine Lesieur, le «Monsieur élus»
Plus jeune du quatuor – il n’a pas 30 ans -, Antoine Lesieur se consacre à étoffer le réseau de Gabriel Attal. Parlementaires, maires, conseillers régionaux et départementaux… Nommé conseiller chargé des élus à Matignon, ce diplômé de l’Institut d’études politiques de Lille, ancien socialiste tendance Strauss-Kahn, aide son patron depuis 2018.
Il l’a accompagné dans son mandat de député Marcheur, en tant qu’assistant parlementaire, puis au gouvernement comme conseiller politique, chef de cabinet puis chef de cabinet adjoint. Il faut le voir œuvrer derrière Gabriel Attal lors de ses déplacements auprès des édiles, dont il recueille les doléances et les demandes de rendez-vous. Militant de Renaissance engagé à Paris, il sait que sa tâche à Matignon est cruciale sur fond de majorité relative à l’Assemblée.
Qui est Emmanuel Moulin, nouveau bras droit de Gabriel Attal à Matignon?
Le directeur du Trésor, proche de Bruno Le Maire et d’Alexis Kohler, va devenir le directeur de cabinet du nouveau premier ministre. Un fin connaisseur des rouages de l’État.
Il a arpenté les couloirs ministériels, ceux de l’Élysée et de la haute fonction publique, mais également ceux des grandes entreprises. Actuel directeur du Trésor, Emmanuel Moulin doit devenir le bras droit de Gabriel Attal à Matignon, et s’installer dans le fauteuil de directeur de cabinet du nouveau premier ministre. Un défi pour cet homme de 55 ans, brillant et toujours souriant, mais davantage expert des sujets économiques que des grands enjeux régaliens.
Parce que c’est bien l’économie et la finance qui ont jalonné la carrière de celui qui, avant de rejoindre l’Essec, a démarré chez les jeunes rocardiens de Sciences Po. « Il était social-libéral à l’époque, mais si j’étais taquin, je dirais que son curseur s’est plutôt déplacé depuis vers le libéral que le social », sourit Jérôme Guedj, qui l’a côtoyé sur les bancs de l’ENA. C’est un technocrate qui préfère l’influence au pouvoir, un pince-sans-rire très sympa », ajoute le socialiste. Au sein de la promotion Victor Schœlcher, Emmanuel Moulin a notamment croisé Laurent Solly, aujourd’hui patron de Meta France, Emmanuel Goldstein, devenu directeur général de Morgan Stanley France, et Frédéric Mion, ancien directeur de Sciences Po emporté par l’affaire Duhamel.
Travailler avec lui a été un énorme plaisir. C’est un grand serviteur de l’État, avec des principes qui gouvernent le bien public. Christine Lagarde au «Figaro»
Après avoir fait ses premières armes au sein de la direction générale du Trésor en 1996, Emmanuel Moulin est nommé administrateur suppléant de la Banque mondiale à Washington où il vivra le 11 septembre 2001. Il devient ensuite secrétaire général du Club de Paris – qui gère la dette des pays en développement – de 2003 à 2005. En 2006, il devient banquier chez Citigroup, en charge du secteur public pour la France et la Belgique.
Après ce rapide passage dans la banque privée, il rejoint un an plus tard Christine Lagarde à Bercy, comme directeur adjoint de cabinet, en charge des dossiers macroéconomiques, des dossiers financiers et des affaires européennes et internationales. « Travailler avec lui a été un énorme plaisir. C’est un grand serviteur de l’État, avec des principes qui gouvernent le bien public. C’est aussi un garçon plein d’humour, avec de l’empathie, capable d’animer une équipe », loue auprès du Figaro l’ancienne ministre de l’Économie et des Finances, désormais patronne de la BCE.
Proche d’Alexis Kohler
Autant de qualités mises au service de l’Élysée, lorsque Emmanuel Moulin devient conseiller économique de Nicolas Sarkozy en juin 2009. Les années sont difficiles, marquées par les crises économiques dans le monde et en Europe – subprimes et euro. Il les gérera avec beaucoup de sang-froid, dit-on unanimement autour de lui. Cette expérience aiguisera son sens de la négociation, sa gestion de l’urgence ou sa connaissance fine des rouages de l’Union européenne comme des institutions internationales. « C’est un infatigable bosseur, dont la connaissance intime des mécanismes de concertation et de négociation européens est très importante », résume Christine Lagarde.
Vous aurez du mal à trouver une feuille de papier à cigarette entre les deux
Un proche d’Emmanuel Moulin et d’Alexis Kohler à propos des deux hommes
En mai 2012, François Hollande élu, Emmanuel Moulin fait un nouveau détour par le privé en rejoignant le groupe Eurotunnel en tant que directeur général adjoint, puis directeur général délégué. En février 2015, il devient directeur général de la banque Mediobanca. Attiré de nouveau par le service de l’État, il est nommé directeur de cabinet du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire en mai 2017. Lequel le place donc à la tête de l’administration la plus puissante de Bercy en le nommant directeur du Trésor en 2020.
Acharné de travail, Emmanuel Moulin coche aussi une case essentielle dans le dispositif macronien : être proche du secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler. Tous les deux se sont connus à Sciences Po, sémillants étudiants qui finissaient leurs soirées dans un restaurant proche de la rue Saint-Guillaume à Paris, pour disserter sur la deuxième gauche. Et les innombrables qualités de Michel Rocard, qu’Emmanuel Moulin imite à la perfection, tout comme Valéry Giscard d’Estaing. Chacun a fait son chemin – Moulin à droite, Kohler à gauche – tout en restant amis. « Vous aurez du mal à trouver une feuille de papier à cigarette entre les deux », confie un proche des deux hommes.
JForum.fr et le Figaro
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