Un port à Gaza et un second Etat palestinien? ©

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Création prochaine d’un port à Gaza et consécration du second Etat palestinien?

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Le 21 août 2015, le chef du Hamas Khaled Mechaal en exil à Doha, a reconnu l’existence de pourparlers directs avec Israël en vue de parvenir à une trêve de longue durée.

En contrepartie d’un arrêt des hostilités palestiniennes, il serait envisagé le désenclavement de la bande côtière, la reconstruction de la bande côtière et la création d’un port à Gaza. L’accord ne concernerait toutefois que la relation entre Israël et le Hamas, et serait limité, sur un plan géographique, à la bande de Gaza. Aussi, les discussions israélo Hamas déboucheraient sur une réalité occultée depuis plus d’une décennie, à savoir, l’existence d’un second Etat palestinien situé dans la bande de Gaza, aux côtés de l’entité palestinienne organisée autour de Ramallah (1).

Dans le cadre de l’accord, le blocus maritime serait levé et les modalités d’accès sur la bande de Gaza réorganisées, avec le financement d’un port à Gaza par le Qatar et la Turquie, et le contrôle, par l’Etat d’Israël, des marchandises qui y seraient acheminées (vraisemblablement dans le port de Chypre faute d’accord du Hamas sur le principe d’une inspection dans le port d’Ashkelon). Aussi, et selon le quotidien israélien Haaretz, Khaled Mechaal et le président turc, Recep Tayyip Erdogan, se seraient entendus, le 12 août 2015, sur le principe d’un passage maritime entre Gaza et la partie nord de Chypre, sous contrôle turc.

Ces discussions informelles se déroulent dans la capitale du Qatar, depuis plusieurs semaines, entre le Hamas et Tony Blair mandaté par Israël, (représentant démissionnaire du quartette composé des Etats-Unis, de la Russie, de l’Union Européenne et de l’ONU). Naturellement, l’existence de ces pourparlers est pour l’heure démentie par le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou, mais bien confirmée par  un conseiller du Premier Ministre turc Ahmet Davutoglu, selon lequel un accord « est à espérer prochainement », ce qui permettrait de « lever le blocus de Gaza et de mettre en place un cessez-le-feu durable entre Israël et le Hamas ».

L’Etat juif reste naturellement circonspect, eu égard à la doctrine historique du Hamas qui appelle à l’éradication de l’entité sioniste, alors que le projet de trêve de longue durée avec Israël est en parfaite contradiction avec les objectifs du mouvement terroriste (il est toujours délicat de négocier avec celui qui appelle à la disparition du cocontractant). Pour autant, l’absence de résultat du Hamas dans les promesses faites au peuple palestinien concernant la destruction d’Israël confine à la lassitude et oblige le Hamas à rectifier ses prévisions initiales. Dès lors, et après une phase d’égarement intellectuel construite sur une projection fantasmée construite en 1987 (lors de la naissance du mouvement terroriste), il faut redevenir pragmatique.

Compte tenu de ce qu’il n’entend pas abandonner les rennes du pouvoir, le Hamas est donc contraint, par la force des choses, à renoncer à la violence contre Israël afin de conserver son prestige aux yeux de la population locale, plongée dans le plus grand dénuement depuis la mise en place du blocus israélien, en 2007, en réponse à la prise du contrôle de la bande côtière par le mouvement islamique. Le taux de chômage y atteint un niveau record, avec plus de 40% de la population active sans emploi, les conditions sanitaires sont catastrophiques, et l’encave côtière sera bientôt privée d’eau douce en raison de la pollution des nappes phréatiques, qui risque de provoquer un exode massif des palestiniens. La Hamas n’a donc pas vraiment le choix.

Pour sa part, Israël doit veiller à la protection et à la sécurité de sa population et ne saurait négliger les pistes d’une trêve de longue durée qui serait profitable à chaque camp.

En outre, il est préférable pour Israël de négocier avec le Hamas et permettre aux palestiniens de disposer de conditions de vie plus confortables, plutôt que laisser l’Etat islamique prendre le contrôle idéologique de la population locale et l’orienter vers un nouveau combat contre Israël. Rappelons pour mémoire, que la situation actuelle est voisine de celle qui prévalait à la fin des années 1990, lorsque l’Olp commençait à se rapprocher timidement d’Israël qu’il avait pourtant juré de détruire sur un fondement national (avec ses Chartes de 1964 et 1967). Les négociations indirectes entre Israël et l’Olp ont débouché sur les accords d’Oslo mais favorisé la naissance du Hamas qui a repris le flambeau de la destruction d’Israël sur un fondement désormais religieux. Si maintenant le Hamas négocie avec Israël, l’Etat islamique risque de faire des émules au sein de la population palestinienne sur un fondement radical, c’est-à-dire en vue de diffuser le Wahhabisme dans le monde, le plus largement possible, avec au préalable une nécessité de détruire Israël, puisque  la cause aura été successivement abandonnée par l’Olp et le Hamas.

Israël est donc grandement intéressé par cette perspective de négociation avec le Hamas, qui permettrait de pacifier, une bonne fois pour toutes, les relations avec les palestiniens de la bande de Gaza, de leur donner les perspectives d’un futur encourageant, et de couper court aux velléités de l’Etat islamique qui entend s’implanter dans le secteur.

Du côté arabe, et notamment de l’Arabie saoudite, l’accord israélo Hamas présente l’avantage de couper les liens de l’organisation islamiste de la Bande côtière avec l’Iran, isolant de ce fait Téhéran, dont la finalisation de l’accord sur le nucléaire donne des ailes.

Ces négociations indirectes ne font toutefois pas que des heureux. Ahmed Assaf, l’un des portes paroles de l’Olp (Fatah en arabe) s’est insurgé contre cet accord en cours de finalisation : « l’accord Hamas – Blair » ouvre la voie à la division, et « sert les objectifs du gouvernement d’occupation » (Israël). L’Olp craint, en somme, que l’accord ne provoque sa marginalisation définitive.

En effet, ces discussions consacreraient la naissance, informelle, d’un second Etat palestinien (aux côtés de Ramallah), qui en dépit de sa petite taille, pourrait exploser économiquement : sa plage magnifique, longue de 40 kilomètres, pourrait se couvrir d’hôtels ouverts au tourisme, et le pétrole trouvé dans les eaux méditerranéennes deviendrait palestinien, en cas de finalisation d’un accord global avec Israël. L’Autorité palestinienne perdrait alors le peu de poids politique dont elle dispose, et serait contrainte de renoncer à ses prétentions territoriales sur Jérusalem, se retrouvant avec un petit territoire organisé autour des grande villes des zone A et B (soit 40 % du territoire) de Cisjordanie. La Charte OLP de Yasser Arafat serait alors abrogée et les palestiniens perdrait définitivement l’espoir de détruire Israël.

De même, l’Union Européenne n’est pas satisfaite de cette perspective, dans la mesure où elle a toujours misé sur l’Autorité palestinienne. L’accord illustrerait une nouvelle fois son erreur de jugement dans l’analyse de la situation. C’est donc une bonne nouvelle : le loup et l’agneau mangeront bientôt côte à côte et le lion pourra dormir tranquillement à côté de l’enfant.

(1) cf notre article « pourquoi créer un état arabe palestinien alors qu’il en faudrait deux-  Désinfos 14 janvier 2008)

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

 

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