Covid-19 : comment la Chine mène une guerre de l’information pour réécrire les origines de la pandémie. Une fois de plus Trump avait raison, et nos idiots utiles n’ont rien compris après plus de 2.800.000 morts dans le monde.

Sur les réseaux sociaux ou auprès de l’OMS, la Chine fait parler sa propagande pour écrire un nouveau récit et convaincre le monde que le point de départ de la pandémie se trouve aux Etats-Unis.

Des agents de sécurité contrôlent l’entrée de l’Institut de virologie de Wuhan, dans la province de Hubei, en Chine, le 3 février.

Quand Xi Jinping parle pour la première fois du nouveau coronavirus aux Chinois, le 20 janvier 2020, après un mois de silence, sa stratégie est fixée. Le dirigeant communiste part en guerre pour « résolument enrayer » l’épidémie. Il doit contrôler le désordre sanitaire qui a surgi au début de décembre 2019 à Wuhan, une ville de 11 millions d’habitants, et touche désormais Pékin et Shanghaï. Xi veut placer la Chine à l’avant-garde de la lutte planétaire qui s’engage. Il décide, surtout, de tout faire pour que le monde doute de l’origine du SARS-CoV-2. L’histoire doit oublier le « virus chinois ».

Une puissante campagne de propagande d’Etat s’engage, dont tous les contours ne sont pas encore connus. Elle débute dans la sidération causée par le nouveau virus, en ce début d’année 2020. Pour les autorités chinoises, il convient d’abord de ne pas raviver le traumatisme du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), la première épidémie mondiale du XXIe siècle, qu’elles avaient mal gérée et qui avait paniqué l’Asie en 2002-2003 (774 morts dans le monde).

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A Wuhan, depuis plusieurs semaines, sévit une pneumonie. « Pour le moment, la police de Wuhan a arrêté huit personnes qui ont répandu des rumeurs liant la pneumonie au SARS », écrit le Global Times le 6 janvier 2020. Heureusement, « le virus trouvé à Wuhan apparaît beaucoup moins grave que celui qui a causé le SRAS », rassure, dans le journal d’Etat, Liu Youning, un épidémiologiste travaillant dans un hôpital militaire.

La chaîne australienne ABC établira que, dès octobre 2019, des douzaines de personnes étaient hospitalisées avec des symptômes de fièvre et de toux dans la capitale régionale du Hubei. De leur côté, le New York Times et ProPublica révéleront que, pour dissimuler l’étendue de l’épidémie à ses débuts, la propagande chinoise s’est appuyée sur 3 200 directives et 1 800 mémos envoyés à des agents locaux dans tout le pays.

Les louanges de l’OMS

A Genève, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) va attendre trois mois pour annoncer que la planète affronte une nouvelle pandémie, le 11 mars. Pour Pékin, qui y a renforcé son influence ces dernières années, l’institution est sous contrôle. Dès 2017, son directeur, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a chanté les louanges du « modèle de santé chinois », en laissant entendre qu’il faudrait une « route de la soie de la santé » dans le cadre du projet « Belt and Road Initiative » que Pékin développe dans le monde.

Les treize experts finalement conduits à Wuhan pour enquêter en janvier 2021 se trouveront encadrés dans leurs réunions de 30 à 60 responsables chinois, certains n’étant ni scientifiques ni médecins. « La politique était toujours dans la pièce, de l’autre côté de la table », a poliment résumé le chef de la délégation internationale, Peter Ben Embarek.

Les Chinois connaissent-ils eux-mêmes l’origine du virus ? « Qui sait ? Ils ont envoyé une mission à Wuhan dès le 7 janvier 2020. Ils ont essayé, en tout cas », indique Sara Davis, chercheuse américaine au Centre de santé globale du Graduate Institute à Genève, et spécialiste de la Chine. C’est le 7 janvier, en effet, que Pékin déclare avoir identifié le nouveau coronavirus. Il se répand à toute vitesse. Le 21 janvier, les Etats-Unis confirment leur premier cas près de Seattle (Etat de Washington). En quelques jours, la maladie respiratoire que l’OMS baptise Covid-19 apparaît dans seize pays.

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom, serre la main du président chinois Xi Jinping avant une réunion au Grand Hall du Peuple à Pékin, le 28 janvier 2020. 

Parmi les toutes premières du genre, une vidéo postée par un Chinois de Mongolie-Intérieure assure dès le 26 janvier que le virus est une arme américaine, ce que la presse officielle s’empresse de dénoncer – l’homme fera dix jours de prison. Le même jour, c’est pourtant bien cette idée complotiste que diffuse le site d’information militaire Xilu : le coronavirus aurait été créé artificiellement par les Etats-Unis « pour cibler précisément le peuple chinois ».

En parfait écho, un média du ministère russe de la défense, Zvezda, évoque à son tour dès le 29 janvier une arme biologique américaine, conçue « contre la Russie et la Chine ». Le lendemain, un premier article de la presse d’Etat chinoise valide la thèse qui accuse les Américains ayant participé aux Jeux mondiaux militaires de Wuhan, du 18 au 27 octobre 2019, d’avoir importé le virus. Argument simple : ils logeaient près du marché aux fruits de mer et animaux vivants de la ville où ont été identifiés les premiers cas. Preuve irréfutable : ces athlètes américains auraient anormalement « sous-performé ».

La piste du pangolin

De la rencontre entre le directeur de l’OMS et le président Xi, le 28 janvier, aucune explication n’est sortie. « Dès que possible, des experts internationaux collaboreront avec leurs homologues chinois afin de mieux cerner les caractéristiques de la flambée », a-t-on promis à Genève. Mais en Chine, la communauté scientifique s’est vue aussitôt placée au service de la stratégie du régime.

Le 7 février 2020, l’influente revue scientifique Nature reprend les révélations d’une conférence de presse fracassante organisée par l’université d’agronomie de Chine méridionale à Canton : un virus identique à 99 % au SARS-CoV-2 aurait été identifié sur des pangolins. L’information n’a pas encore fait l’objet d’une publication scientifique, mais elle fait rapidement le tour du monde, portée par les images du petit mammifère à écailles. Un an plus tard, la piste aura fait long feu dans les milieux scientifiques.

La théorie du pangolin contribue à dédouaner symboliquement la Chine : les animaux testés avaient été saisis par les douanes chinoises, au printemps et à l’été 2019, et provenaient de Malaisie. Pékin serait, en somme, la première victime d’un virus arrivé sur son territoire depuis les forêts de l’archipel malaisien, par le biais de la contrebande.

Une équipe de biologistes et de vétérinaires malaisiens établira à l’automne 2020 qu’après analyse d’échantillons prélevés sur plus de 330 pangolins, aucune trace du moindre coronavirus n’a été mise en évidence.

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La recherche chinoise en coupe réglée

Les chercheurs chinois ont dû se taire, comme les médecins ou citoyens lanceurs d’alerte des premières semaines à Wuhan, vite arrêtés, ou disparus. Datée du 25 février 2020, une circulaire, révélée par l’agence Associated Press (AP), achève de mettre en coupe réglée la science chinoise consacrée au Covid-19. Elle impose aux chercheurs de « faire viser et approuver » tout nouveau projet de recherche au niveau central, par la Commission nationale de la santé, à laquelle ils doivent rendre compte chaque mois. La directive leur interdit de transmettre « à d’autres institutions ou individus des informations relatives à l’épidémie de Covid-19, des données, des échantillons biologiques, des agents pathogènes, des cultures, etc. » Rétroactive, elle exige même que « les articles déjà soumis [à des revues scientifiques ou postés comme prépublications] sans avoir été autorisés [soient] retirés aussi vite que possible et réécrits selon la nouvelle réglementation ».

L’effet ne se fait pas attendre. Publié à peine quelques jours plus tôt sur le site de prépublication ResearchGate, un article de Botao Xiao et Lei Xiao, chercheurs à l’Université technologique de Chine méridionale, est retiré. « Nous relevons, à Wuhan, la présence de deux laboratoires menant des recherches sur les coronavirus de chauves-souris, dont l’un se trouve à seulement 280 mètres du marché humide [de Huanan], y écrivaient les deux biologistes. Nous avons brièvement examiné l’historique des laboratoires et nous faisons l’hypothèse que le coronavirus provient probablement de l’un d’eux. » L’article, dont il ne reste trace que sur des sites d’archivage du Web, disparaît vite de tous les sites de prépublication, tout comme les profils des deux chercheurs sur ResearchGate. L’avant-dernier point de la circulaire mettait en garde : « Quiconque enfreint les directives sera traité sévèrement. »

Par ses aspects composites et ses modes opératoires, la campagne de propagande qui a tenté de convaincre le monde que l’origine du virus se trouve aux Etats-Unis est « une des plus emblématiques » menées récemment par la Chine, a expliqué, le 19 novembre 2020, Paul Charon, de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem), à Paris. S’exprimant dans le cadre du colloque Médias en Seine, ce chercheur a établi que « ce fut un exercice de manipulation de l’information relativement sophistiqué pour renverser la stigmatisation, s’inspirant des méthodes soviétiques des années 1970 et 1980 qui avaient été appliquées au virus du sida ».

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Incriminer les Etats-Unis

Un volet de cette opération globale, identifié par M. Charon, a eu lieu du 21 février au 23 mars 2020. Son message – « L’armée américaine a fabriqué le coronavirus à Fort Detrick et a contaminé la Chine lors des Jeux militaires de Wuhan en octobre » – s’est répandu après avoir été relayé par le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères en personne, Zhao Lijian.

En cette fin février 2020, le centre de gravité de la pandémie se déplace. Les nouveaux cas sont désormais plus nombreux hors d’Asie, révèle l’OMS, le 26. La contre-offensive du pouvoir chinois prend alors toute son ampleur. Une autre infox devient virale en Chine quand le 23 février, le très officiel Quotidien du Peuple dit reprendre l’information d’une chaîne de télévision japonaise selon laquelle 14 000 Américains décédés de la grippe seraient en fait morts du coronavirus. Le quotidien officiel relaie ce qu’il a appelé lui-même une « théorie du complot », citant un internaute pour qui le prétendu virus américain a « peut-être muté, devenant encore plus mortel et contagieux ».

Les comptes des diplomates chinois sur les plates-formes occidentales ont plus que triplé sur Twitter, et plus que doublé sur Facebook, entre fin 2019 et mi-février 2020, a établi l’agence AP. De leur côté, les experts du cabinet Graphika identifieront en mai 2020 un réseau particulier de 1 200 comptes Twitter, YouTube ou Facebook dont les profils sont parfois générés par l’intelligence artificielle pour imposer le récit chinois de l’émergence de l’épidémie. Une opération qualifiée de « spamouflage », lancée d’abord contre les militants de Hongkong, « s’est orientée vers le Covid-19 en février », indique ce groupe d’analystes. Elle a « réussi à élargir son audience en touchant de vrais relais, tel que le ministre vénézuélien des affaires étrangères, puis en étant reprise par des diplomates chinois. » Pour les spécialistes de Graphika, alors, pas de doute : « Le spamouflage ressemble de plus en plus à un réseau de propagande aligné sur l’Etat chinois. »

Théories du complot

Au moment où les scientifiques identifient, de façon quasi-certaine, le réservoir naturel du coronavirus – une espèce de chauve-souris –, la première semaine de mars 2020 est celle de « l’envahissement des réseaux par la rhétorique anti-américaine », note le Washington Post. Le quotidien américain démontre, le 5 mars, après un examen des médias d’Etat et des réseaux sociaux, que les théories du complot anti-américaines circulant parmi les utilisateurs chinois « ont pris de l’ampleur par un mélange de déclarations officielles inexpliquées, amplifiées par les réseaux sociaux, la censure et les doutes, et attisées par les médias d’Etat et les représentants du gouvernement ».

A l’appui de leur campagne, les services chinois ont créé un expert virtuel, « Larry Romanoff », titulaire de comptes sur les réseaux occidentaux. Cet avatar crée une centaine d’articles pseudo-scientifiques en huit mois, diffusés partout dans le monde, depuis un site complotiste canadien (Globalresearch.ca), jusqu’à un faux quotidien japonais, en passant par le canal d’un virologue taïwanais… Le 13 mars, le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Zhao Lijian, endosse franchement la manipulation en citant le faux Romanoff. « Lisez son article, lance alors l’officiel, il apporte plus de preuves selon lesquelles le virus vient des Etats-Unis. »

Le porte-parole de Pékin n’a pas choisi son jour au hasard. A Washington, la veille, le 12 mars, Robert Redfield, directeur des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, était auditionné par la Chambre des représentants, où il a admis qu’il manquait d’informations pour être certain que des morts américains de la grippe n’avaient pas contracté le coronavirus. « A quand remonte le patient zéro aux Etats-Unis ? Combien de personnes sont infectées ? Quels sont les noms des hôpitaux ? C’est peut-être l’armée américaine qui a apporté l’épidémie à Wuhan. Soyez transparents ! Rendez publiques vos données. Les Etats-Unis nous doivent une explication », peut se déchaîner le porte-parole chinois sur Twitter.

En Chine même, les déclarations de Zhao sont marquées 314 millions de fois sur le réseau national Weibo, selon une enquête du Digital Forensic Research Lab de l’Atlantic Council, citée par l’agence AP. Encore aujourd’hui, nombre de Chinois sont convaincus de l’origine américaine du virus. Ailleurs, les onze tweets de Zhao publiés les 12 et 13 mars sont cités près de 100 000 fois dans les six semaines qui suivent, en cinquante-quatre langues. Ce qui donne à Zhao une audience énorme : les comptes étrangers qui l’ont repris totalisent alors 275 millions de followers sur Twitter.

Guerre informationnelle

Pékin a trouvé un allié objectif dans cette opération : Donald Trump, avec ses 80 millions d’abonnés du moment, a sérieusement contribué au brouillard informationnel qui envahit le monde. Rendu furieux par le tweet de Zhao, le président américain utilise le terme « virus chinois » au moins à vingt reprises entre le 16 et 30 mars.

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Les républicains américains nagent entre complotisme et désinformation, eux aussi, depuis que le sénateur Tom Cotton a proclamé mi-février sur la chaîne Fox News que le Covid-19 était une arme biologique chinoise. Le conseiller stratégique d’extrême droite de la Maison Blanche, Steve Bannon, s’appuie sur des membres de la diaspora chinoise à cette fin. Il propulse sur la scène une « scientifique » venue de Hongkong, Yan Li-Meng, qu’il fait publier avant de l’envoyer dans le talk-show de Tucker Carlson, sur Fox News, proclamer que le virus est une arme biologique – une interview devenue virale. « Li-Meng a personnellement attaqué des scientifiques engagés à combattre cette désinformation avec des preuves, moi y compris », a témoigné Angela Rasmussen, virologue de l’université Georgetown à Washington, qui affirme avoir été menacée physiquement.

Enquête : L’épidémie de Covid-19 et la popularité des théories complotistes en France

D’autres gouvernements, en Iran et au Venezuela, ont servi de relais à Pékin. Mais c’est avec Moscou, dont le ministère de la défense diffusait dès janvier 2020 la thèse du virus américain, que la conjonction des intérêts fut la plus organisée. La crise a servi de catalyseur, en donnant toute leur portée à des accords bilatéraux récents passés entre médias russes et chinois, portant sur des échanges de contenus, la promotion réciproque d’informations sociétales, ou le développement en ligne : accords de Sputnik avec l’agence officielle Xinhua, Global Times et Alibaba en 2017 ; entre l’agence extérieure russe Rossiya Segodnia et China Media Group en 2018 ; entre Rossiya Segodnia et Huawei en 2019.

Pékin s’est inspiré des méthodes soviétiques pour adapter récemment ses modes opératoires dans la guerre informationnelle, affirme le chercheur Paul Charon. A l’ère soviétique, l’opération « Infection » de 1983 sur le sida s’était appuyée sur des scientifiques de RDA pour légitimer la fausse information selon laquelle les Américains avaient créé le virus. Le 17 mars 2020, la rubrique « Sino Rus Focus » de Rossijskaïa Gazeta publiait un épidémiologiste russe saluant l’expérience chinoise de gestion du coronavirus. La veille, le service européen pour l’action extérieure de l’Union européenne (UE) dénonçait dans un rapport la campagne de désinformation russe au sujet du coronavirus, en évoquant 80 cas repérés au cours des deux derniers mois.

Les « idiots utiles » de Pékin

Fin mars 2020, les Etats-Unis sont devenus l’épicentre de l’épidémie et sur toute la planète, les réseaux sociaux s’enflamment. Pékin mobilise un ensemble d’« idiots utiles ».

Parmi eux, l’avocat d’extrême droite français Damien Viguier, condamné pour révisionnisme : les 30 et 31 mars, il dénonce dans deux vidéos « les calomnies contre la Chine » publiées par Le Monde et assure que « les deux premiers mois de la crise, c’est janvier-février ». Sous-titrées en Chine, diffusées par un studio de Shanghaï, Guan Video, ces vidéos ont été diffusées sur Bilibili (une plate-forme consacrée initialement aux jeux et aux vidéos mangas) et Weibo.

Les opérations informationnelles de Pékin se mènent aussi en interne, en complément d’une campagne de censure massive des médias chinois.

Dans ce contexte, le 45e anniversaire des relations entre l’UE et la Chine prend une piteuse tournure, le 6 mai 2020. Le texte publié dans le China Daily par les ambassadeurs des Vingt-Sept est amputé de sa phrase sur « l’émergence du coronavirus en Chine, et sa diffusion subséquente au reste du monde »« Regrettable », s’est contenté de commenter Nicolas Chapuis, l’ambassadeur de l’UE à Pékin.

Un nouveau récit émerge en Chine à partir de juin, à la suite de la découverte de nouveaux cas de Covid-19 à Xinfadi, le « Rungis » de Pékin. Origine supposée : une planche à découper du saumon importé. Décision est prise de renforcer le contrôle des viandes et légumes importés pour qu’ils ne deviennent pas « la route invisible de la transmission du virus ». Depuis, des traces de Covid-19 auraient été détectées sur des emballages de nourriture surgelée importée, infectant notamment des travailleurs de la chaîne du froid, au port de Qingdao.

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Les surgelés accusés

Info ? Intox ? Dès février 2020, la Food and Drug Administration (FDA) et le centre américain pour le contrôle des maladies infectieuses avaient indiqué qu’il n’existait pas de preuve crédible d’une transmission associée à la nourriture ou aux emballages alimentaires.

Plusieurs chercheurs, y compris chinois, ont beau s’étonner que des cas similaires n’apparaissent pas dans les pays d’où ces produits sont exportés, Pékin ne lâche pas l’affaire. Les employés vérifiant les produits congelés importés figurent d’ailleurs en tête de la liste des personnes à vacciner en priorité établie par les autorités chinoises le 31 décembre 2020. Avant le personnel médical. « L’infection à travers la chaîne du froid nourrit les spéculations sur l’épidémie de Wuhan », titrait le Global Times dès octobre 2020.

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Pour soutenir le récit national, là encore, des scientifiques chinois publient dans les revues les plus influentes. En janvier 2021, Science invite deux chercheurs de l’Institut de virologie de Wuhan à mettre en perspective les résultats de nouveaux travaux sur des élevages de visons. Zhou Peng et Shi Zheng-Li vont en profiter pour avancer qu’« étant donné la découverte du SARS-CoV-2 sur les surfaces d’emballages de produits importés, le contact avec des aliments non cuits contaminés pourrait être une source importante de transmission du virus ».

L’occasion est bonne pour nourrir la thèse d’une circulation à bas bruit du SARS-CoV-2 dans un pays étranger avant son introduction en Chine. « Des anticorps contre le SARS-CoV-2 ont été découverts dans des échantillons de sérum humain prélevés en dehors de Chine avant la détection du foyer de Covid-19, écrivent les deux chercheurs. Ce qui suggère que le nouveau coronavirus existait depuis un certain temps avant la description des premiers cas à Wuhan. »

Tandis que Pékin verrouille l’accès à ses propres données, le doute peut prospérer. Des travaux italiens évoquent de fait une circulation du virus dans la péninsule à l’automne 2019. Une autre étude indique qu’il était présent en France dès novembre.

Ordre de mission traduit du chinois

Au fil des mois, la Chine a renouvelé ses contre-feux. Début septembre 2020, ce seront les « 200 mystérieux laboratoires de biosécurité américains » implantés dans le monde et susceptibles d’avoir laissé s’échapper le virus, comme le proclame une vidéo publiée par un média d’Etat chinois sur les réseaux sociaux occidentaux. Entre-temps, Donald Trump a officiellement retiré son pays de l’OMS. La désinformation mondiale atteint un tel niveau que l’organisation lance mi-décembre un appel inédit à lutter contre la dangereuse « infodémie » qui balaie la planète.

Le Brésil vient de passer la barre des 200 000 morts quand l’équipe d’enquête commune de l’OMS et de la Chine arrive à Wuhan le 14 janvier 2021. Son ordre de mission, selon nos informations, a été directement traduit du chinois, comme le montrent certaines de ses expressions, non usitées, en anglais. Il évoque en outre « la partie chinoise d’une enquête globale », alors que le consensus mondial continue de tenir, quant au démarrage de l’épidémie à Wuhan.

Le 9 février, le nombre des morts atteint les 80 000 en France, tandis qu’aux Etats-Unis, le porte-parole du département d’Etat du nouveau président, Joe Biden, prend enfin ses distances avec la thèse trumpienne d’un virus sorti d’un laboratoire chinois. Ce même jour, dans sa conférence de presse, la mission de l’OMS continue de donner du crédit à l’hypothèse de la contamination alimentaire, en recommandant la poursuite des travaux sur le sujet…

Toutes les hypothèses sur les origines de la pandémie de Covid-19 restent sur la table, selon le chef de la mission d’enquête de l’OMS à Wuhan, Peter Ben Embarek, ici lors d’une conférence de presse, le 12 février 2021 à Genève. 

La question de savoir depuis quand, précisément, le virus circulait dans la capitale du Hubei est celle qui a généré le plus de tensions parmi les experts de la mission, à en croire les rares témoignages ayant transpiré de leur voyage à Wuhan. « Plusieurs dizaines de milliers de cas de maladies respiratoires, de pneumonies ou de syndromes grippaux ont été identifiés par les scientifiques chinois dans les centres médicaux de Wuhan, avant l’arrivée sur place de la mission, raconte un des ses membres, Dominic Dwyer, virologue et immunologiste à l’université de Sydney (Australie). Sur ces dossiers médicaux, une centaine ont été sélectionnés comme étant le plus ressemblant à des cas de Covid-19. Sur cette centaine de personnes, les deux tiers environ ont été retrouvées et ont accepté de subir un test sanguin : toutes ont été négatives. »

Analyse des banques de sang

Est-ce la preuve définitive que le virus ne sévissait pas à Wuhan avant décembre 2019 ? Loin s’en faut. Peter Ben Embarek, le chef de la délégation de l’OMS, a lui-même expliqué que les critères appliqués pour sélectionner moins d’une centaine de cas sur plusieurs dizaines de milliers suspects avaient « peut-être été un peu trop sélectifs ». Décider des analyses à conduire, des critères de sélection des données : ce pouvoir-là n’a pas été partagé par les autorités chinoises. « Il ne fait aucun doute que le nouveau coronavirus a explosé à Wuhan en décembre 2019, mais la question de la manière dont il est arrivé dans la ville demeure ouverte », résume Dominic Dwyer. Techniquement, un doute subsiste donc, même si les coronavirus les plus proches de SARS-CoV-2 ont également été retrouvés… en Chine.

Un moyen simple existe pour avancer, mais les autorités chinoises l’ont jusqu’à présent évité : l’analyse des banques de sang. La méthode a été mise à profit par des chercheurs français pour attester de la circulation du coronavirus en France dès novembre 2019. A Wuhan, il appartient aux autorités d’ouvrir l’accès au centre de transfusion sanguine qui gère 200 000 dons du sang chaque année.

« Je ne pense plus qu’il soit possible aujourd’hui de mener une quelconque mission onusienne sur un sujet sensible en Chine, conclut toutefois Sara Davis, du Graduate Institute à Genève. Un an après, il est trop tard. » La barre des 500 000 morts a été franchie aux Etats-Unis le 21 février. Le monde compte aujourd’hui 2,7 millions de victimes. La Chine affirme toujours ne déplorer que 4 839 décès.

Le MONDE

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