Chabbat Bô: Des ténèbres à la Lumière (vidéo)

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La semaine précédente la Torah a rappelé le déroulement des plaies d’Egypte de la première à la septième. Quelle est la raison pour laquelle les dix plaies ne se trouvent pas rassemblées en une seule lecture ?

Dans un précédent exposé la question s’est posée également de savoir pour quel motif, Abraham, le Patriarche, lorsqu’il apprit que le peuple juif serait exilé, ne s’est-il pas fixé un but à atteindre en sauvant ses futurs descendants de cet exil effrayant qu’HaShem a annoncé.

Pourquoi, Abraham, lui si miséricordieux ne s’est-il pas proposé de réduire ces 400 années ? Pourquoi a-t-il accepté d’emblée ?

Le début de la réponse à ces questions se trouve (en filigrane) dans la sidra de Bereshit dans laquelle il est écrit que les ténèbres et le désordre régnaient sur le monde et qu’HaShem créa la lumière :
וְהָאָרֶץ, הָייְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ, וְחֹשֶׁךְ, עַל-פְּנֵי תְהוֹם; וְרוּחַ אֱלֹוקים, מְרַחֶפֶת עַל-פְּנֵי הַמָּיִם.
Or la terre n’était que solitude et chaos ; des ténèbres couvraient la face de l’abîme, et le souffle de Dieu planait à la surface des eaux.
Puis : וַיֹּאמֶר אֱלֹוקים, יְהִי אוֹר וַיְהִי-אוֹר.
HaShem dit : “Que la lumière soit !” Et la lumière fut.

De ces versets il est très aisé de comprendre par déduction que les ténèbres représentent une situation qui ne peut rien générer de bon.

Car, enseignent les grands exégètes, il faut être plongé dans l’obscurité pour pouvoir apprécier la lumière et font ils remarquer, si l’on fait une récapitulation des différentes données en notre possession, l’Egypte est un creuset d’impureté, d’impiété, d’idolâtrie………

Joseph envoie à Jacob un bien mystérieux présent : il envoie à son père dix ânes supportant une charge de vin fort. La symbolique de ce drôle de convoi est très forte à la fois dans la bête qui porte la marchandise que dans le vin.

Pour cela il faut se livrer à une analyse : quelles sont les allusions contenues dans l’âne et dans le vin ?

Le vin tout d’abord se traduit en araméen par “hamera” (Rabbénou Behayé) mot dont la racine est heth-mem-resh ces trois lettres désignent le homer ou matériel et en ajoutant le suffixe “iyouth” des substantifs, homeriyout ou matérialité à l’opposé de rouhaniyouth ou spiritualité.

Ce qui signifie, en quelque sorte, que le vin lorsqu’il en boit entraîne l’homme à désirer encore plus de matérialité et abandonne toute notion de spiritualité. L’âne est tout pareil : il ne connaît nullement les limites et ne sait que se plaire dans le matériel (en particulier la nourriture).

L’Egypte est la représentation des mœurs dissolues, de l’impureté à un stade extrême, de l’idolâtrie à tel point que tout était prétexte à un culte….

Ainsi que le déclare le Maharal : il n’existe aucun endroit dans le monde plus infecté/pollué que l’Egypte où aucun être ne sait lutter contre les désirs de quelque nature qu’ils soient et voici pour illustration : à peine Abraham et Sara sont-ils arrivés en Egypte que Sara est enlevée à son époux, à peine Joseph arrive-t-il en Egypte qu’il a aussitôt des démêlés avec la femme de Putiphar qui ne sait réfréner ses désirs…

Dans la hassidouth on retire de ceci un enseignement très puissant : pour parvenir à un stade de pureté infini, il faut nécessairement traverser des ténèbres (entendre par là un couloir d’impuretés).

Ainsi, Abraham est-il devenu Patriarche du Peuple Juif en étant issu d’un fabricant d’idoles, et, pour avoir le mérite de recevoir la Torah, les Enfants de Jacob durent-ils passer par cet exil, en Egypte pour souffrir et se purifier afin de recevoir la Torah et là réside la réponse à la question de savoir pourquoi Abraham n’a pas marchandé sur cet exil à venir……..

Dans cette péricope il est question de trois plaies : les sauterelles, les ténèbres et la mort des premiers-nés. Pour quelle raison n’ont-elles pas été traitées avec les autres ?

Tout simplement parce qu’un lien unique les relie l’une à l’autre : ainsi, lorsque les sauterelles se sont abattues sur l’Egypte, le ciel s’est obscurci et la lumière disparut.

Les ténèbres, cela s’entend. La mort des premiers-nés : parce que l’Ange de la Mort passa en Egypte pour frapper tous les premiers-nés la nuit. Le point commun des trois dernières plaies est donc l’absence de lumière…. (Abravanel).

Une autre question apparaît sur laquelle le Maharal donne un éclaircissement : dans la sidra BO, il est question de deux mitsvoth liées elles aussi par un facteur commun : le sang.

Il s’agit de la brith mila et du sacrifice pascal. En effet, au cours de cet exil en Egypte où l’assimilation fut hors de proportion, il fallut, avant de sortir d’Egypte et avant de consommer le sacrifice pascal, procéder à la circoncision de chaque mâle.

La circoncision devait, en particulier, provoquer une transformation spirituelle profonde dans l’être soumis à cette “opération”. Pour ce qui concerne l’agneau pascal, nul n’ignore que l’agneau était une idole égyptienne, avant de sortir de ce pays de souffrance, il était nécessaire de démystifier l’agneau aux yeux des esclavagistes et non seulement tuer l’idole mais, qui plus est, manger sa chair !

Abraham et Moïse n’étaient pas en possession de la Torah mais leur dimension spirituelle était telle que leur conduite fut exemplaire et d’ailleurs, ce sont les deux seuls personnages qui sont “montés” au ciel vivants et redescendus vivants (d’autres sont “montés” vivants aussi mais ne sont pas redescendus).

Le Maharal met l’accent sur un phénomène qui se produisit à la veille du 1er shabbat de l’humanité.

La Mishna énumère 10 choses ou événements qui furent créées “beyn hashemashoth” du 1er shabbat.

Cet instant, appelé “beyn hashemashoth”, est un court laps de temps, profane, qui se trouve être vraiment très proche de la sainteté du shabbat.

Tout se passe comme si la matérialité servait à supporter la spiritualité : par exemple lorsque la mishna cite “l’ouverture de la gueule de l’ânesse” parmi ces dix prodiges c’est parce que le don de la parole est quelque chose que seul HaShem peut octroyer à une bête, et c’est par cette faculté de parole que Bil’âm sera dénoncé pour ses actes.

Le don de parole est donc un effet de la spiritualité sur un support complètement matériel.

Tout comme les tables de pierre communément désignées comme “Tables de la Loi” car elles n’étaient qu’un support matériel destiné à recevoir les saintes paroles de la Torah.

D’après le midrash, Adam nomma chaque animal d’après ses propres caractéristiques ainsi, l’âne fut nommé hamor pour son affinité particulière avec ce qui est matériel (homer).

Le Midrash enseigne également que l’ânesse de Bil’âm dont il est question ci-dessus fut la mère de l’âne qui réapparaît régulièrement au cours de l’histoire puisqu’il fut l’âne d’Abraham, celui de Moïse et il sera la même monture qui conduira le Messie à la fin des temps.

Il existe d’autres choses dans la nature qui se trouvent à mi-chemin entre deux états comme par exemple les coraux qui sont une sorte de plante marine moitié plante et moitié minéral…

De même, sur le plan humain : seuls deux êtres humains : Abraham et Moïse, au courant de leur existence, sont “montés” vivants au Ciel et en sont redescendus pour la seule et unique raison que tous deux ont su dominer la nature et se couper de la matérialité et ne se consacrer qu’à la spiritualité.

Lorsqu’il est écrit dans la Torah, par exemple, que Moïse monte l’âne cela indique qu’il a su sublimer et surpasser la matérialité.

Lorsque viendra le Messie, lui aussi saura gouverner les instincts et placer la matérialité au-dessous.

Les exégètes ont souvent comparé l’épisode où Abraham se prépare à exécuter l’ordre d’HaShem concernant Isaac et celui où Balak envoie mander Bil’âm pour maudire Israël.

A l’époque, Abraham n’avait pas encore reçu la Torah mais il avait des scrupules. Bil’âm vivait sans Torah et sans beaucoup de scrupules.

Parashat Bo traite de la sortie d’Egypte.

Lors de la plaie des ténèbres, ceux qui ne voulaient pas sortir d’Egypte, ceux qui ne voulaient pas faire la circoncision sont morts. Les Égyptiens ne s’en sont pas rendu compte !

Avant de consommer le sacrifice pascal, tous ont subi la circoncision. Tous ceux qui sortent d’Egypte ont été purifiés en vue de recevoir la Torah.

Caroline Elishéva REBOUH

MA Hebrew and Judaic Studies
Administrative Director of Eden Ohaley Yaacov

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